|
|
|
|
LOURMEL |
||
![]() |
|
|
Rubriques Les personnalités et cérémonies officielles
| |
|
Les vins des Lourméliens
Arlette et Jean-Marie CAMBILLAU 16 Le Vergey 33410 CADILLAC Tél : 05.56.62.92.48 Fax : 05.56.62.65.18 http://www.vins-graves.com
Bernard BOUCHE et fils Viticulteurs à PODENSAC (33) Tél : 05.56.27.17.05 Fax : 05.56.27.24.19
Nicole&Frédéric DOERMANN à LATRESNE (33) Tél : 05.56.20.78.19
Immobilier
Tél: (33) 04.93.93.08.74
|
|
|
Un peu d'histoire Création du village C'est au lieu dit Bou-Rechach, que Si Ahmed Ould Kadi, Agha de Frenda abandonne à l'Etat français 3560 hectares de terre. La source d'El Amria donnera une raison majeure d'établir en ce lieu un centre de colonisation qui prendra d'abord le nom de Bourchach pour devenir le village de Lourmel. Chronologie des évènements : Le 12 janvier 1853, un courrier de l'autorité militaire de la Province d'Oran portant en marge création d'un centre routier indique : "D'après la proposition que j'ai soumise à Monsieur le Général relative aux différents points du territoire militaire qui doivent plus tard recevoir, un Centre de Population, un village doit être créé à Bou Rechach. Les eaux abondants dans la source d'Alméria seront amenées au village et comme en ce moment le Génie est en mesure d'étudier cette conduite d'eau et d'en commencer l'exécution, il est indispensable que la position précise de ce village puisse en être déterminée" Cette proposition sera avalisée courant 1853 et il sera donc créé en cette partie de l'Algérie un centre de colonisation. Le 22 Mai 1854, ce centre deviendra "village européen de Bou Rchach" sur l'emplacement proposé par le Général Commandant la Division. A cette date, l'extrait du Registre de Délibération du Conseil du Gouvernement, instance du Gouvernement Général de l'Algérie mentionne (sic) "Réduire à 30 le nombre des familles à installer Donner à chaque lot urbain 7 à 8 ares Réserver pour l'Eglise la partie haute de la place. Etablir la fontaine et abreuvoir dans la partie basse. Les lavoirs sur le boulevard en arrière de la fontaine. Porter à 25 m la largeur de la grande rue en prévision d'une rangée d'arbres de chaque côté de la chaussée. Supprimer la rue Baroudi et du puits. Remplacer le mur de soutènement de la place par un talus à la pente de 1m de hauteur sur deux de base. Faire la marche de l'escalier en pavés. Réserver en dehors de la ville un terrain de deux hectares environ de superficie pour le bivouac des troupes. Indiquer l'emplacement du Cimetière. Relativement à l'allotissement des terres admettant qu'il a 700 hectares de terres labourables attribuer à chaque famille 11 à 12 hectares de terres labourables sur lesquels autant que possible deux hectares environ devront être situé sur le bord de l'oued Baroudi ou sur un canal de dérivation." Le 13 mars 1855, 3384 hectares seront affectés à la création du territoire de Bourchache comme stipulé "au Nord Ouest du Grand Lac et du territoire de Bou Tlélis". En 1856, par décret de l'Empereur Napoléon III*, le village européen prendra officiellement le nom de Lourmel.
" Napoléon par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français A tous présents et à venir, saluts Vu les ordonnances du 21 Juillet 1845, 5 Juin et 1er Septembre 1847 Vu les délibérations du Conseil du Gouvernement en date du 22 Mai et 11 Septembre 1854 Sur le rapport de notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de la Guerre Avons décrété et décrétons ce qui suit Article 1er Il est créé dans la Subdivision d'Oran sur la route d'Oran à Tlemcen, au lieu dit Bourchach un centre de population de 70 feux qui prendra le nom de Lourmel. Article 2 Un territoire agricole de trois mille six cents quatre vingt quatre hectares est affecté à ce centre de population, conformément au plan ci-annexé. Article 3 Notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de la Guerre est chargé de l'exécution du présent décret. Fait au Palais des Tuileries le 15 Janvier 1856 Signé Napoléon * document recopié au Centre des Archives d'Outre-mer à Aix en Provence (13). www.archivesnationales.culture.gouv.fr
Le 1er Septembre 1856, 75 arrêtés de Concessions sont proposés sur le territoire de Bou Rchach par la Commission consultative. Le 11 décembre 1856, un projet de construction d'une conduite destinée à amener dans le village les eaux d'Aïn Amria est avancé. En 1880, on dénombre 225 habitations. L'église sera construite en 1892 pour la somme de 34 116,41 francs.
Plan du centre du village en 1855 avant approbation par décret de Napoléon III (cliquer sur image pour agrandir fichier pdf Adobe Reader)
13 janvier 1883
* Documents et renseignements recueillis au CAOM à Aix en Provence (13)
Quelques chiffres Population A l'origine Lourmel comptait 70 feux (Européens et Indigènes confondus). En 1926, on dénombrait 1956 Européenns et 5253 Indigènes soit 7209 habitants. Superficie A l'origine 3684 hectares. En 1926, 23321 hectares.
Le nom de Lourmel Frédéric Henri Lenormand de Lourmel est né en 1811 à Pontivy (Morbihan). Entré en 1828 à Saint-Cyr, il sert en Afrique à partir de 1841 et obtient le grade de colonel en 1849. Plusieurs fois cité dans les rapports de ses supérieurs, il s'illustre à la bataille de Zaatcha (Algérie) et lors de la campagne de Kabylie, en 1850. En 1825, il est nommé aide de camp du prince président Napoléon III et général de brigade. En 1854, il rejoint l'armée d'orient. Poursuivant les Russes à la bataille d'Inkerman (Crimée), il est atteint d'une balle mortelle. On doit à Lourmel un travail sur la Mise en valeur des landes de Bretagne par le défrichement et l'ensemencement des bois (Paris, 1853). La bataille d'Inkerman - A l'aube du 5 novembre 1854, profitant du brouillard,
une puissante armée russe - 40 000 hommes - attaquait la position
anglaise - défendue par 8 000 hommes, en partie surpris dans leur
sommeil. Si les Russes parviennent à occuper la hauteur ciblée, les
Anglais ne tardent pas à se ressaisir et opposer une résistance
opiniâtre, pendant près de deux heures.
Pour rendre hommage à ce valeureux Général de France, Napoléon III baptisa cette ville nouvelle d'Algérie du nom de Lourmel. Une statue de bronze du général, en tenue de campagne, était érigée sur la place, jouxtant le marché, jusqu'à l'Indépendance. Elle a été rapatriée par l'armée française en 1962 à l'initiative de l'amiral Louis Le Tarnec, Pontivyen lui-même. Elle se trouve désormais à Pontivy (ex Napoléonville) dans le Morbihan où elle remplace une autre effigie du général en tenue d'apparat avec bicorne, statue déboulonnée en 1941 par l'occupant allemand pour être fondue et transformée en canon. Une cérémonie officielle a consacré la présence de cette statue dans le village de Lourmel au temps de l'Algérie française. Le 18 septembre 1998, une plaque commémorative a été scellée en présence de Mireille Blanchoin et Paul Chollet, membres de l'amicale "La Lourmélienne" dont le siège social se trouve à Béziers dans l'Hérault. http://perso.wanadoo.fr/cfp1870/monu_pontivy.htmUne rue et une station de métro de Paris porte aussi le nom de Lourmel et, moins connu, une variété de poire.
Les immigrants lourméliens
Les colons qui s'installent dans la région Oranaise sont pour la grande majorité des français (issus plus particulièrement des régions d'Alsace, du Tarn, de l'Ardèche, des Pyrénées Orientales et de la Corse) mais aussi des espagnols, des italiens et des maltais. En 1847, on recense déjà 47 000 français et 62 000 espagnols, italiens et maltais. A partir de 1853 on note des départs importants d'émigrants du Tarn. "Le Tarn est un département qui a fourni le plus grand nombre d'émigrants" (cf un dossier très intéressant sur l'émigration tarnaise en Algérie sous le Second Empire http://membres.lycos.fr/corbiera/emigra.htm). Les Puech, Maillé, Truel, Saysset, Gisclard, Barrau, Filaquier, Buscail, Carayon... furent ces émigrants tarnais de la première heure.De même la Rhénanie (actuelle Alsace), que la Prusse va annexer après la défaite de Napoléon Ier en 1815, va voir une partie de sa population émigrer vers l'Algérie. En 1846, cinq bateaux avec près d'un millier de personnes à bord quitteront Dunkerque pour Oran. Les conditions de transport particulièrement difficiles provoqueront de nombreux décès. Ces émigrants seront ensuite acheminés au dépôt de colons d'Oran pour se répartirent après 1846 à l'ouest d'Oran, en particulier à Misserghin, Er-Rahel, Bou Tlélis et Lourmel. Les Yung, Durr, Liermann, Doërmann, Laugel, Volfersperrier, Volfersberger, Boeglen, Müller, Nehrbass...furent ces émigrants rhénans de la première heure. Lieu d'origine de la famille Cambillau www.jtosti.com/villages/matemale.htm
Conseils aux émigrants en Algérie Pour se faire une idée de ce qu'a été l'émigration en Algérie, voici les conseils donnés aux émigrants et publiés en 1844 dans la revue Le Magasin Pittoresque. On notera la planification et l'organisation de cette installation. """Les familles qui désirent s'établirent en Algérie, comme colons, concessionnaires dans les centres de population et villages agricoles que le gouvernement y fonde, doivent s'adresser au Ministre de la Guerre par l'entremise des préfets. A la demande doivent être annexés des certificats authentiques constatant la moralité des pétitionnaires, leur profession, leur âge, le nombre et l'âge des enfants, la quotité des ressources pécuniaires dont ils pourraient disposer à leur arriver en Algérie. Cette quotité des ressources n'est pas limitée : elle doit être proportionnée à la composition de la famille et suffire aux dépenses de premier établissement et d'entretien, en attendant la première récolte. Pour une famille peu nombreuse, il faut au moins 1200 à 1500 francs au moment de la prise de possession. Si les demandes sont jugées admissibles, le directeur de l'intérieur à Alger, à qui elles sont transmises, comprend les pétitionnaires parmi les concessionnaires d'un village et il leur réserve des lots. Il est alors délivré au concessionnaire, par le département de la guerre, un permis de passage gratuit de Marseille ou de Toulon à Alger pour lui, sa famille et les personnes qu'il veut associer à son entreprise. A son arrivée dans la colonie, le concessionnaire est mis immédiatement en possession, par les soins du directeur de l'intérieur, d'un lot à bâtir dans le village qui lui est assigné, et d'un lot à cultiver qui est de 4 à 12 hectares, selon les ressources du colon et le nombre des membres de sa famille. Le concessionnaire trouve un abri provisoire sous les baraques que l'administration fait élever, en attendant que les nouveaux habitants puissent se construire des maisons. Il est de plus aidé dans l'établissement définitif de son habitation, quand il est reconnu qu'il ne dispose pas des ressources pécuniaires suffisantes, par des secours en matériaux à bâtir pouvant s'élever de 3 à 6000 francs. Pour la culture des terres, il peut lui être prêté temporairement des bêtes de labour. Des semences et des instruments aratoires peuvent aussi être mis à sa disposition, tantôt à titre de don gratuit, tantôt à charge de remboursement. Il participe, enfin, à des distributions de plants et de graines provenant des pépinières de la colonie. Aussitôt qu'il s'est établi sur son lot, il lui est délivré par la direction de l'intérieur, un titre provisoire de concession. Quand le colon a satisfait aux conditions imposées pour la construction des bâtiments et la culture, ce titre provisoire est changé en titre définitif, qui le constitue propriétaire incommutable. Les concessions rurales comprises dans le périmètre des villages en cours d'établissement , sont faites à titre gratuit. Elles donnent lieu à une redevance légère après cinq années écoulées. Jusqu'à présent, les terres de toute nature appartenant aux Européens ou exploitées par eux en Algérie ont été exemptes de tout impôt foncier. Les villages sont placés dans des localités salubres et pourvues d'eau. Ils sont entourés d'enceintes défensives, protégés par des brigades de Gendarmerie et les camps. Les habitants sont armés et organisés en milices.""" Un document des archives d'outre-mer daté du 9 février 1857 énumère les trente premiers colons titulaires d'une concession à Lourmel s'étant acquittés de la somme de 7 francs pour couvrir les frais de "transcription" 1 FOURNIL Jean 2 SANGLARD Antoine 3 FISCHER Jean Georges 4 FISCHER Jacques Frédéric 5 VINCENT Joseph Thomas 6 BOYER Joseph 7 COMMERE Pierre 8 Vve WAGNER 9 WILLEMS Jacob 10 GIVER Jean 11 BAUDET Juste Fidèle 12 ANTOINE Jean-Louis Amédée 13 SCHUNERMANN Georges 14 SCHALER Philippe 15 SPOUTZ Evrare 16 MULLER Antoine 17 HASENFRATZ Louis 18 GUMMY François 19 NEIDINGER Nicolas 20 Vve HAAS 21 SCHVAL Adam 22 AMBERT Jean 23 BIAU François 24 MARSILLAC Edouard Gabriel 25 VICAT Jean Antoine 26 GENOT Vincent 27 BIDORFF Joseph 28 NEHARBASS Jean 29 LEBLOND Charles 30 LANGNENSTEIN Jean Mention 31 GROTHUS Isidore Louis à Tafaraoui Un document daté du 28 Mars 1857 fait mention de 13 nouveaux colons : 1 HALLIGNER Edouard 2 ALBERT Pierre 3 THIEBAUT Charles 4 CUSSON et BOURGAREL 5 ESCHMANN Pierre 6 BOISSENIN Théodule 7 BOISSENIN Claude 8 GUIARD Auguste 9 BESSIERE Alexandre 10 DHERRAIN Charles 11 BIRAUD Jean 12 JUNIOT Jean 13 MARGERIE Martin Un document daté du 14 mai 1858 de même nature désigne 8 nouveaux titulaires de concession: 1 BLANC Jean-Michel Saturnin 2 LONGUEVERGNE Antoine 3 Vve SIMON Antoine 4 THIEBAUT Charles 5 BIRAUD Jean 6 COMBES Laurent 7 JUNG Pierre 8 ALBERT Pierre Le 1 octobre 1859, 75 concessionnaires sont recensés.
Un titre de concession
Immigration vers l'Algérie Pascal Diener, Professeur Émérite, ancien Professeur à la Faculté de droit de Bordeaux , originaire de Misserghin et Lourmel, m'a autorisé à publier des extraits de son "Abrégé sur l'histoire des Diener" et je l'en remercie. Un document passionnant sur l'histoire de la Rhénanie (territoire ballotté au fil du temps entre la France et la Prusse), les raisons qui ont conduit nombre de ses habitants à quitter cette région et leur installation difficile en Algérie.Mon choix s'est porté sur le chapitre II que Pascal DIENER a intitulé : Immigration vers Algérie Départ Les agents recruteurs (200 à 300) agissant pour le compte de compagnies d'immigration parcourent le pays, pour recruter des immigrants par villages entiers. Pour chaque recrue ils perçoivent une prime de 10F. Le transport des immigrants est organisé de la manière suivante. Le coton, matière essentiellement encombrante est transportée des États-Unis en Europe par d'immenses clippers américains de 2000 à 3000 tonneaux, obligés le plus souvent de repartir à vide. Aussi le prix du fret du coton est-il calculé de manière à payer les deux voyages et rendre le retour possible. Les passagers peuvent donc être embarqués à bas prix puisqu'il s'agit d'un bénéfice net. Les abus sont notoires, l'intérêt des compagnies étant d'entasser les immigrants. Des journaux spéciaux ont été crées dans l'intérêt exclusif de l'immigration en Amérique. Des maisons de banque, des notaires du pays, font aux familles, contre commission, l'avance de la valeur de leurs biens meubles et immeubles. Il faut ici faire observer que la Prusse encourage cette émigration des habitants d'une province qu'elle ne parvient pas à assimiler. Les Rhénans sont remplacés par des prussiens véritables, originaires de l'Est de l'Allemagne. Les Diener, les Zimmer, mais aussi les Wilhems, Dürr, Yung, Schaller...feront partie d'une vague d'immigrants Rhénans à destination des États-Unis. Victimes d'escrocs, ils échoueront dans leur tentative d'immigration américaine et se retrouveront en Algérie avec quelques milliers de leurs compatriotes. Arrivée à Oran A leur arrivée dans la province d'Oran, les nouveaux colons sont "accueillis" au "Dépôt des Colons d'Oran" créé en 1845, dirigé depuis le 5 Juin 1846 par :
Selon les documents et le plan d'époque étudiés aux Archives d'Outre-Mer à Aix en Provence, ce dépôt ressemble à tous les camps de réfugiés que l'on connait actuellement de part le monde. Il se présente comme une sorte de quadrilatère formé par quinze baraquements en bois :
Au "Dépôt des Colons d'Oran", la subsistance est assurée par l'administration En 1847, les colons, hommes, femmes et enfants de plus de quinze ans doivent recevoir chaque jour une ration complète composée ainsi : "dès à présent je puis vous faire connaître que les ouvriers colons hommes et femmes et enfants de 15 ans au dessus doivent recevoir chaque jour une ration complète composée comme suit :
Les enfants au dessous de 15 ans jusqu' à 5 ans doivent jouir d'une ration. Outre la ration de pain munition il est nécessaire d'acheter du pain de 2ème qualité pour la soupe" Le caractère odieux des instructions administratives reflétées par ce rapport officiel n'échappera à personne. On peut se demander ce qu'il advenait des enfants de moins de cinq ans : administrativement parlant, ils n'avaient pas besoin d'être nourris. En outre, les colons doivent signer un document dans lequel ils certifient que les vivres qu'ils reçoivent sont de bonne qualité et que la viande était très saine.
"Les soussignés certifient que les vivres qu'ils reçoivent du dépôt des colons sont de bonne qualité, que la viande qui a été délivrée le 20 courant était très saine" Nos Rhénans connaissant mal la langue française, on peut juger de la valeur des attestations qu'ils étaient contraints de signer. Installation à Misserghin Les Diener, les Zimmer, avec les Konrad, Erpelding, Schaller,Bernard, Willems, Yung et bien d'autres familles rhénanes, furent parmi les tous premiers colons fondateurs du village de Misserghin, premier centre de colonisation, situé à 15 km à l'Ouest d'Oran. Il suffit pour en apporter la preuve de dénombrer et d'étudier dossiers individuels et états récapitulatifs des concessions attribués à partir de 1846 (in Archives d'Outre-Mer, Aix en Provence) et de dépouiller systématiquement les registres de l'Etat-Civil de Misserghin, ouverts à compter de l'année 1848. Au tout début les Français de souche sont rares à l'exception, notamment, du Commandant Jules Cordonnier, promoteur de l'ouverture de ce centre de colonisation : une tentative de soldats-laboureurs avait échoué, comme toutes les autres, une dizaine d'années plus tôt. Plus tard, les Diener seront apparentés aux Cordonnier par les Wilhems. Les Espagnols ne sont représentés que par la famille Montesinos. Les Arabes ne sont pas encore fixés à la terre; les tribus Smelas et Douairs nomadisent toujours, à l'exception de Si Dahou Ben Ali dont le fils aîné se fit tuer en combattant dans les régiments de Spahis de Misserghin, lors d'un accrochage avec les cavaliers de l'Emir Abd-El-Kader. Toutefois, l'immigration Rhénane vers l'Algérie tarie, les premières familles décimées, la situation change : moins de dix ans plus tard la population de Misserghin (1454 habitants) est ainsi composée : 586 Français, 334 Espagnols, 187 Allemands, 23 Italiens, 4 Belges. Les Arabes apparaissent progressivement dans les registres aux environs de 1860, lors de leur sédentarisation. Ce bref aperçu de l'histoire des Rhénans, colons en Algérie, accentue le sentiment d'absurdité dont on est saisi en découvrant, dans les documents d'archives, le traitement indigne dont ils furent victimes. Marqués comme "Prussiens" par des ignorants de la géographie et de l'histoire, ils se heurteront en Algérie, durant de nombreuses années, à une bureaucratie mesquine et xénophobe. A leur arrivée on ne leur attribue que de minuscules concessions de 4 à 5 hectares de terres, pourtant vierges, qui se révèleront rapidement très insuffisantes pour faire subsister des familles aussi nombreuses. Puis, après qu'ils auront rempli leurs obligations de concessionnaires, -c'est-à-dire défriché les terres attribuées, bâti une maison, - ils multiplieront sans succès les demandes d'extension de leurs concessions d'origine ou d'attribution de concessions nouvelles. Les premiers états administratifs sur lesquels leurs demandes furent enregistrées à l'époque sont édifiants : pendant de nombreuses années l'administration leur oppose un refus systématique au seul motif qu'ils sont étrangers et allemands. Exemple type de mention relevée dans ces archives : "Rejet : demande inadmissible, étranger : Prussien". Autre signe de discrimination figurant dans les actes de l'Etat-Civil : les actes de naissance des enfants mentionnent en marge, sous l'indication du nom et du prénom, "Etranger", "parents prussiens". Aucune de ces mesures à forte connotation raciste et xénophobe ne fut appliquée aux nouveaux immigrants espagnols qui arrivaient en masse, sans qu'on exigeât d'eux le moindre passeport. En vérité, tous les petits colons, Français de souche y compris, ont souffert de l'exiguïté des concessions : c'est là une des aberrations de la colonisation française en Algérie. En effet, les partisans d'une colonisation populaire, fondée sur un accroissement du nombre de colons, qui souhaitaient, notamment à cette époque, détourner vers l'Algérie une partie de l'immigration massives des paysans et artisans allemands vers les États-Unis, n'ont jamais eu l'oreille du pouvoir politique. Triomphaient les tenants d'une colonisation capitaliste fondée sur l'attribution d'immenses domaines à des sociétés créées par des hommes d'affaires ou de jeunes aristocrates désirant se tailler de nouveaux fiefs (la colonisation dite "en gants jaunes"). Certains eurent quelques mérites mais la majorité ne cultivait pas réellement les domaines concédés. A Misserghin, comme ailleurs en Algérie, de véritables escrocs et spéculateurs de tout poil ont également entravé la colonisation de peuplement. C'est ainsi qu'un notaire d'Oran, Laujoulet, aidé par son neveu avait acheté dès 1836, 18 hectares aux héritiers du turc Osman Bey, puis, en 1838, 174 hectares (à 2 francs l'hectare) à la veuve du Caïd Mursuli. Il étend ses propriétés, à tel point qu'en 1850 il possède, seul ou en association, 1378 hectares. L'administration se heurtera à cet homme d'affaires dès 1846. Certes, on considère officiellement que "l'affaire Laujoulet" se termine vers 1852. En réalité, son neveu Théodore Laujoulet, -malgré un séjour effectué à la prison d'Oran -, se maintient sur la quasi totalité des terres accaparées jusqu'en 1858. Dans le même temps, les premiers véritables colons n'ont reçu qu'un lot à bâtir et un lot de terre de 2 hectares 1/2 à 5 hectares, et tentent de survivre. Les difficultés que les Rhénans rencontrèrent en Algérie, face à l'administration française, -sans parler de toutes les promesses faites et jamais tenues, -ne furent pas sans conséquences. Cela explique pourquoi la plupart des familles occultèrent leurs origines allemandes. Rares sont celles où se maintint une tradition orale vivante et, par crainte, des documents familiaux d'une valeur historique inestimable furent volontairement détruits En sorte que, cent ans plus tard, une sorte de croyance s'était implantée : pour les autres communautés européennes d'Algérie, toutes les familles portant des noms à consonance germanique ne pouvaient descendre que des Alsaciens qui avaient immigré en Algérie pour échapper à la domination allemande après la défaite de 1870. Il est vrai que les Alsaciens de 1870 eurent tendance à s'allier aux familles Rhénanes dont ils étaient proches par la culture et la langue. Toutefois, les statistiques officielles de l'époque permettent de mieux apprécier l'importance réelle de cette immigration alsacienne. Après la défaite de 1870, le gouvernement offre gratuitement cent mille hectares (100 000 ha) de terres libres d'Algérie aux alsaciens et lorrains. Mais, en réalité, seule une faible minorité quitte les deux provinces en 1871 : 50 000 personnes au total, dont un faible pourcentage à destination de l'Algérie. Selon les documents officiels publiés par le Gouvernement Général de l'Algérie, en 1899 seules 906 familles Alsaciennes-Lorraines s'étaient fixées en Algérie, dont 236 pour toute l'Oranie, 107 ayant conservé leurs concessions. Cette communauté, composée de citadins et d'ouvriers des fabriques, venus souvent en célibataires, ignorant tout des travaux de la terre, ne dépassait pas 2000 individus. De toute façon, on sait de manière certaine que la colonisation par les Alsaciens-Lorrains fut un échec. Les Rhénans sont morts, par milliers, dans les premières années de la colonisation de l'Algérie. Selon un rapport de l'Inspection de Colonisation, sur l'état sanitaire de Misserghin, en date du 31 décembre 1847 : "il y a eu un assez grand nombre de décès l'été dernier, mais il n'y a que les personnes dépourvues de ressources qui ont été atteintes. Les familles Allemandes ont été celles que la mortalité a le plus frappé". Hommes, femmes enfants seront décimés en défrichant marécages et terres incultes recouvertes de palmiers nains et de lentisques, victimes de toutes les fièvres, -choléra, paludisme-, de malnutrition, du manque de soins, sans même avoir un toit pour s'abriter, contrairement aux promesses prodiguées par les Français. Mais, durs au travail, croyant en Dieu, ils luttèrent pour survivre et s'assurer une descendance.
Ce récit de Pascal Diener montre combien fut difficile l'installation en Algérie de ces populations de tous horizons et, plus particulièrement, celle des Rhénans. Après Misserghin, les familles Diener, Dürr, Yung... acquerront des concessions aux alentours et notamment à Lourmel.
Au temps des pionniers en 1900
Le débarquement américain
Plus récemment, l'histoire de la Seconde Guerre mondiale rend célèbre Lourmel. Le 8 novembre 1942, un bataillon militaire américain, chargé de prendre possession d'Oran, s'illustre par le premier assaut de parachutistes largués sur zone. C'est la commune de Lourmel qui est choisie par l'armée américaine en raison de la topographie des lieux notamment une immense zone plane qui deviendra le terrain d'aviation et la proximité de la mer méditerranée. Car dans le même temps des troupes débarquent sur les plages environnantes notamment celle de Bouzadjar, avec un nombre impressionnant de blindés. Lourmel est cité dans plusieurs récits américains retraçant cet épisode du débarquement des troupes américano-anglaises en Algérie en 1942.
Archives (Fichier PDF Adobe Reader) Cliquer sur le titre pour voir documentation - Liste de la population de Lourmel en 1880 - Liste de la population de Lourmel en 1880 (suite) - Liste de la population de Lourmel en 1880 (suite) - Liste de la population de Lourmel en 1880 (suite) - Décret Napoléon III (page 1) - Décret Napoléon III (page 2)
|
||