LOURMEL

Village de l'Algérie française
La vierge de Santa Cruz
Vign_vierge_santa_cruz
                       D'Oran à Nîmes
Les cloches à midi
mittagsgelaeut
La Paroisse
L'église Saint Nicolas
Vign_163801899889
Vue arrière de l'Eglise
Vign_20-05-2013_16_23_07
Photo prise du domicile de Pierre Chollet. Anna Chollet au pied du mimosa. Anne-Marie Chollet dans le mimosa (Photo Françoise Chollet)  
L'église sous la neige
Vign_20-05-2013_16_23_09
Vue arrière de l'église sous la neige prise du domicile de Pierre Chollet (Photo Françoise Chollet)  
La chorale de Lourmel
Vign_numeriser0012
La chorale de la paroisse Saint-Nicolas de Lourmel menée par l'Abbé Segret. Carmen SUAREZ, rang du bas, 2ième en partant de la gauche(avec un pansement au genou droit). Photo Benoît Rolland

 
Vign_monographie
Monographie de la Paroisse de Lourmel
Rédigée en 1909 par Me André Godet curé de Lourmel (Copie de manuscrits originaux confiés par Pascal Diener et retranscrits par Bernard Robert).
                                       
                                                                                                                    ****
   
Afin de mettre un peu d'ordre dans ce travail, nous le diviserons en deux parties. Dans la première, nous étudierons le centre de Lourmel au point de vue étymologique, topographique et économique. Dans la deuxième, nous suivrons la vie de la paroisse depuis son origine jusqu'à ce jour.

1er

Lourmel tire son nom du Général Frédéric Henri Lenormand de Lourmel, né à Pontivy en 1811. Il fit ses études militaires à St Cyr et fut envoyé en Algérie en 1841. Sa brillante conduite dans différents combats lui valut le grade de Colonel en 1849; c'est en cette qualité qu'il commanda l'une des colonnes d'assaut de Zaatcha. Bientôt après il prit part à l'expédition de Kabylie. Quand la conquête de l'Algérie devint un fait acquis Louis Napoléon, alors Président de la République, se l'attacha comme aide de camp. Nommé Général de division à cause de la part qu'il prit au coup d'Etat, il reçut quelques années plus tard un commandement dans l'Armée de Crimée. Mortellement blessé à la bataille d'Inkerman, il expira le 5 septembre 1854. Le gouvernement ayant offert à la veuve du Général une recette buraliste, cette dernière déclina l'offre qui lui était faite mais sollicita la faveur de voir un des nouveaux centres algériens porter le nom de son mari. Ajoutons que le nom de Lourmel a été aussi donné à plusieurs rues : Paris en possède une et Oran une autre.

Avant que le village actuel fut créé, les Arabes l'appelaient "Bou-Rsass" qui signifie le frère, le maître de la balle parce que, dit-on, le chef du village était un adroit tireur. On le nommait encore "El Amria", la bien peuplée, bien colonisée.

Il nous a été impossible de connaître la date précise de la création du centre de Lourmel. Le premier acte de l'état civil inscrit sur les registres conservés dans les archives municipales remonte au septembre 1858 et porte la signature du capitaine d'artillerie Henri Bézard, juge de paix du territoire militaire de la banlieue d'Oran, y remplissant les fonctions civiles, administratives et judiciaires. Cet officier exerça ces mêmes fonctions à Terga, Rio Salado et Aïn Moudzoudf.

En 1864, Lourmel devint annexe de Bou-Tlélis, et fut enfin érigé en commune de plein exercice, d'après un arrêté préfectoral du 22 juillet 1870, confirmé par un Décret du 17 Janvier 1876.

Lourmel se trouve situé à 94 mètres d'altitude, à 42 kilomètres d'Oran, sur le bord de la Sebka qui le limite au Sud, et dont il n'est distant que de deux kilomètres. Ses limites à l'Ouest sont : Er Rahel à 10 kilomètres; au nord la plage de Boudjezar (père du boucher ou du bourreau on ne sait pourquoi) 17 kilomètres, et enfin à l'ouest Bou-Tlélis (12 kilomètres).

Les relations avec le centre de Lourmel sont d'autant plus faciles qu'il est desservi par une gare située sur la ligne d'Oran à Aïn Temouchent. Il est le siège d'une justice de paix dont dépendent Bou-Tlélis et Er-Rahel, toutes deux communes de plein exercice; d'une recette des contributions diverses qui exerce son action sur Bou-Tlélis, Er-Rahel, Aïn el Arba et Hammam Bou-Hadjar.

La population actuelle est de 4105 habitants qui se répartissent de la façon suivante: 400 français en grande partie originaire du Tarn, 870 étrangers la plupart espagnols venus de Polopos, province de Grenade, 63 israélites et 2772 musulmans habitant la partie du douar de Sidi Bakhti, concédé à Lourmel.

Le territoire de la commune couvre une superficie de 23 321 hectares dont 783 complantés en vignes et 410 produiront des céréales.

Le cimetière situé à 800 mètres du village est un des mieux entretenus que nous connaissions.

Ajoutons pour être complet qu'à 10 kilomètres dans la direction Nord se trouve un vaste terrain réservé aux tirs de l'artillerie et qu'on appelle le Polygone.

Lourmel, comme la plupart des villages d'Algérie, est tiré au cordeau et forme un carré. Au centre se trouve une immense place que traverse la route d'Oran à Tlemcen.

De nouvelles écoles ont été bâties il y a trois ans, elles sont identiques à toutes les nouvelles constructions de ce genre et sont de style mauresque, si cher à Mr Joumart gouverneur arabophile de l'Algérie.

Lourmel étant peu distant de la mer, jouit d'un climat tempéré. Sa réputation de salubrité vient du soin apporté à tenir les rues dans un état convenable de propreté et aussi de pureté de l'eau potable qui est abondante et provient d'une source située à 4 kilomètres nord ouest du village.

Nous passons sous silence, pour le moment, l'édifice qui domine le centre c'est à dire l'église, puisque nous aurons l'occasion d'en parler dans notre seconde partie.

2ème

L'érection de la paroisse de Lourmel remonte au 20 août 1859, époque à laquelle Me l'Abbé Jacquemin en fut nommé le premier curé. Comme Aïn el Arba ne devait avoir un prêtre qu'en 1864, Me Jacquemin assura le service de ce centre pendant cinq ans.

Des débuts de ce ministère, nous ne savons que peu de chose. Toujours est il qu'à l'arrivée du curé de Lourmel, il n'y avait ni église, ni local affecté au culte, de sorte que pendant quelque temps du moins la Messe fut célébrée tantôt dans une maison, tantôt dans une autre; c'était alors le ministère ambulant, qui, si pénible qu'il fût, pouvait à la rigueur avoir certains charmes.

Quelques années avant sa mort, le bon frère Jacquemin nous faisait un tableau très poétique du lac qu'il traversait à cheval pendant l'été, pour se rendre à Aïn el Arba. Quelque fois il se servait d'une mauvaise tartane. "Je m'estimai heureux" nous disait il "lorsque, ayant fait la culbute, j'arrivais à destination accompagné de mes quatre membres et après avoir subi 4 ou 5 heures de cahots capables de donner le frisson".

Mais revenons à Lourmel.

Dès 1860 un local fut destiné au culte par les soins de la commune; c'était une simple chambre de huit mètres de longueur sur quatre de largeur. Ce local servit tant bien que mal d'église jusqu'en 1893, ce qui prouve une fois de plus que le provisoire peut durer longtemps.

Dès qu'on eut un semblant d'église, on chercha un protecteur et St Nicolas fut choisi comme patron.

Déjà en 1866, le conseil de fabrique qui avait été formé l'année précédente avait approuvé l'achat d'une statue du Saint, mais il y avait à se procurer auparavant les objets absolument nécessaires au culte; on en reparla à plusieurs reprises, mais ce fut tout; si bien qu'aujourd'hui 18 février 1909, l'église est vide de la statue de St Nicolas.....et de bien d'autres objets. Peut être serons nous assez heureux pour y arriver.

Il va sans dire que tout manquait dans la nouvelle et pauvre église. En 1866, on avait pas encore de cloche pour appeler les fidèles aux offices; mais cette lacune fut comblée à la fin de cette même année. Cela pourtant paraissait d'autant plus facile alors que la fabrique recevait de la commune une subvention annuelle de six cents francs, subvention qui fut continuée jusqu'en 1870 inclusivement. De 1871 à 1873, elle fut abaissée à quatre cents francs; en 1874, elle n'était plus que de trois cents francs et depuis nous n'en voyons plus trace.

Quant au presbytère qu'habitait le premier curé de Lourmel, il était, proportions gardées, au moins aussi exigu que l'église : 4 petites pièces en mauvais état, avec un semblant de cour. Ce n'est, croyons nous, qu'en 1871 ou en 1872 qu'un autre local fut concédé comme presbytère. Les différents curés qui séjournèrent à Lourmel habitèrent ce dernier jusqu'à l'époque de la construction de la nouvelle église en 1893. C'est vers cette époque, ainsi que nous le verrons plus loin que l'ancienne école devint le presbytère actuel.

Quant à Mr Jacquemin, après un séjour d'environ huit ans, il fut nommé au Tlétat et remplacé le 28 Avril 1867 par Me l'Abbé Léautaud.

Pendant le séjour de ce dernier, nous ne remarquons rien de vaillant. Il mourut le 21 janvier 1872 et fut inhumé dans le cimetière de Lourmel ; on éleva sur sa tombe une colonne surmontée d'une croix, avec cette inscription : " A la mémoire de Me Léautaud, ses paroissiens reconnaissants".

Depuis cette date jusqu'au 9 juin de la même année la paroisse resta sans pasteur et Me l'Abbé Auguste Col, curé de Bou-Tlélis fut chargé par l'Evêché d'assurer le service religieux. Le 16 juin 1872, Me l'Abbé Février prit possession de son poste et il resta jusqu'à fin juillet 1879. Le 14 août suivant, Me l'Abbé Marc Alexandre Godet lui succède.

Nous devons rendre à ce dernier cette justice, c'est qu'ayant laissé des écrits dans les archives, il nous est possible de suivre, pour ainsi dire au jour le jour, la marche, au moins temporelle de la paroisse. Il est regrettable cependant qu'il ne soit fait aucune mention des progrès spirituels de la dite paroisse. Ses prédécesseurs, nous n'en doutons nullement, ne sont pas restés inactifs; mais leur travaux et leurs efforts resteront en partie ignorés des hommes parce qu'ils n'ont pas cru devoir les consigner par écrit.

Me l'Abbé Godet, aussitôt arrivé, commence par mettre un peu d'ordre dans la situation pécuniaire de la Fabrique, situation quelque peu embarrassée au départ de Me Février; ce dernier, en effet laissant plus de quatre cents francs de dettes.

Bientôt après, on décide, au moyen d'une souscription ouverte en 1880, l'achat d'un harmonium de sept cent quatre-vingt francs; tous les paroissiens sont animés de la meilleure volonté; nous relevons parmi les souscripteurs les noms d'un Agha et de plusieurs juifs; bref au mois de Juillet de la même année, l'harmonium arrive et commence à se faire entendre; ce sera pour longtemps puisqu'aujourd'hui encore grâce à une sérieuse réparation faite en 1901, il paraît neuf.

C'est ensuite l'achat d'une bannière, puis d'un dais.

Jusque là tout allait pour le mieux, lorsqu'en Juillet 1882 survinrent des difficultés.

D'après un décret du Président de la République en date du 15 novembre 1880 et transmis par le Gouverneur général, il était fait concession gratuite à la commune de Lourmel, pour être affectée au jardin du presbytère, d'une parcelle de terrain de la contenance de 31 ares. D'après ce décret, la commune était tenue d'assurer et de laisser au dit immeuble la destination en vue de laquelle il était concédé, "sous peine de rétrocession gratuite et immédiate à l'Etat".

Il n'y avait, somme toute, qu'à s'en tenir aux clauses de ce décret. Mais voilà qu'en 1881, un maire grincheux propose au conseil municipal de bâtir des écoles sur le lot concédé par le décret ci-dessus. Protestation justifiée de Me Godet à l'Evêché, puis à la Préfecture.

Bref après des pourparlers interminables, Monseigneur Ardin, de guerre lasse, semble déclarer qu'il y perd son latin, et écrit textuellement à Me Godet : "Nous avons fait pour vous plus de six visites à la Préfecture; nous avons écrit un plus grand nombre de fois; on nous a toujours promis d'arrêter votre maire. Que pouvons nous faire de plus ? Nous n'avons pas de gendarmes à notre disposition".

Le Maire, en effet, ne s'arrêtait pas et était encore moins arrêté. Malgré les avis, malgré même les ordres réitérés de la Préfecture, il fit amener de la pierre en vue de bâtir les écoles sur le terrain destiné au futur presbytère, en disant avec tant soit peu de désinvolture que " ce qu'il commandait il le faisait en toute connaissance de cause; car Mr le Député Etienne lui avait promis, conformément à la demande de la commune la réussite très prochaine d'un décret favorable à ses projets, décret qui couvrirait complètement tout ce que ses contradicteurs pourraient prétendre être irrégulier" (textuel).

Mais le décret, si ardemment désiré, n'arrivait pas. Le maire reçut encore l'ordre formel de la Préfecture d'avoir à arrêter les travaux; il n'en tint nul compte; si bien que Me Godet en vint à conclure que Maire et Préfet étaient au fond de connivence, et que ce dernier approuvait tacitement au moins la façon d'agir du premier. Eut il tort de tirer cette conclusion ? Nous ne le croyons pas car elle résultait évidemment des prémisses.

Il faut croire cependant que, dans la commune de Lourmel, les esprits étaient montés au dernier barreau de l'échelle puisque le 31 décembre 1882, Mr le Maire batailleur, voyant la partie perdue, donnait sa démission et redevenait, ce qu'il aurait dû rester toujours, un simple citoyen.

Avec le successeur de celui-ci, il fut facile de s'entendre. Maintes fois Me Godet avait dit et écrit qu'il serait tout disposé à accepter un échange de terrain, pourvu qu'on lui donnât le local affecté à l'école de garçons. Grâce au changement de municipalité et après approbation ministérielle de 1883, l'échange eut lieu pour les lots affectés aux écoles, église et presbytère, avec certaines conditions acceptées d'un commun accord.

Ainsi donc, cette question qui était pendante depuis le 15 août 1881, reçut enfin une solution favorable. Quant à la date précise de l'entrée de Me Godet dans le nouveau presbytère, nous l'ignorons; tout ce que nous savons, c'est qu'il écrivait à Monseigneur le 18 octobre 1884 qu'il devait sous peu de jours prendre possession du presbytère définitif établi dans l'ancienne école des garçons et dans les terrains spécialement affectés aux écoles.

Le bâtiment fut restauré, modifié, et devint ce qu'il est aujourd'hui. Il se compose de sept pièces ainsi répertoriées : Un corridor de 1m50 de large divisant le bâtiment principal dans sa longueur, débouchant d'un côté par une porte sur la rue et de l'autre par une double porte, l'une donnant sur la cour , l'autre sur la cuisine - Trois chambres au nord, trois au midi, ayant chacune leur porte sur le corridor. Les pièces contiguës ont entre elles une porte de communication et la pièce adossée au bâtiment principal à l'ouest sert de cuisine. Enfin une fontaine avec réservoir, lavoir et rinçoir est adossée contre le mur du jardin.

Aussitôt après avoir pris possession du nouveau presbytère, Me Godet se mit en devoir de créer un jardin de rapport. Défrichement, défonçage, transport de terre pour les remblais, plantations d'arbres d'essences diverses au nombre de soixante ; rien ne fut épargné pour rendre le séjour au presbytère aussi agréable que possible. Du reste, quelques confrères savent par expérience que Me Godet avait les plus beaux légumes de la contrée et ils se souviennent encore de la saveur particulièrement odorante qui se dégageait, des asperges monstres qu'il offrait à ses convives. Mais passons.

Dans le terrain, concédé pour le presbytère, se trouvait l'emplacement destiné à la future église. Dès l'année 1886, on commença à s'occuper de cette dernière question; dans ce but, une souscription avait été ouverte, qui avait produit la somme d'environ 4000 francs. De plus, le 28 janvier de la même année, Me Godet avait écrit officiellement au maire de Lourmel au sujet d'un plan d'église; sa lettre resta sans réponse. L'affaire paraissait définitivement enterrée, lorsque le 7 juillet 1889, le Conseil de Fabrique, ayant eu connaissance que certains crédits avaient été mis à disposition du Gouvernement de l'Algérie, pour permettre aux anciens centres de population de construire des bâtiments communaux qui leur manquait, prit l'initiative d'adresser une lettre collective au Gouverneur Général, en vue d'obtenir une église. Après avoir longuement exposé l'insuffisance du local affecté provisoirement au culte catholique , le Conseil demande une subvention suffisante pour construire et ériger une église, sinon complète en toutes ses parties, du moins assez grande pour subvenir aux besoins de la population qui devint de jour en jour plus nombreuse. Les choses traînèrent en longueur, et, sur ces entrefaites, Me Godet ayant été appelé au mois de Février 1890 à la cure d'Aïn Temouchent, fut remplacé à Lourmel par Me Buc. Ce dernier ne resta qu'un an à la tête de la paroisse et permuta avec Me Ailhaud curé de Bou-Tlélis le 15 février 1891. On n'avait toujours aucune nouvelle de la lettre adressée au Gouverneur Général en 1889 lorsque le 11 février 1891 ce dernier approuva enfin le projet d'une église paroissiale à Lourmel, s'élevant à la somme de 41 000 francs. Le 3 janvier 1892, les travaux n'étant pas encore commencés, le Conseil de Fabrique pria le Gouverneur de donner suite à sa décision du 11 février 1891 en allouant la somme de 41 000 francs. Dans le courant de l'année 1893, la nouvelle église était terminée. Le 30 Septembre on y érigeait le Chemin de Croix et le 17 Octobre elle était bénite par Monseigneur Lafuma.

Cette église, qui domine tous les environs, grâce à son beau clocher, est un monument d'architecture ogivale du 13ème siècle. Étant donné la hauteur de sa voûte qui a 9 à 10 mètres de hauteur, elle devrait être et plus et plus large. Or, de la porte d'entrée au fond de la sacristie, elle n'a que 30 mètres de longueur, et simplement sept de large. La longueur de la nef jusqu'à la table de communion est de 21 mètres et la profondeur du chœur de 4 mètres 50. Une tribune à laquelle on accède par un escalier en colimaçon, se trouve sous le clocher; mais pour diverses raisons, elle n'est pas utilisée. Quant à la cloche qui pèse environ 500 kilos, elle vient de Sidi Bel Abbés. Nous croyons savoir qu'elle fut la première cloche de cette paroisse, si l'on en juge par les renseignements suivants que nous avons pu lire à l'entour, mais non sans difficulté : elle s'appelle Marie Lucie Vincent. Parrain : Marie Louis Henri de la Croix de Chabrières, commandant la subdivision de Sidi Bel Abbés. Marraine Dame Jeanne Elisabeth Désirée Lucie Villetard de Bussières, épouse de Monsieur le Commissaire civil de Sidi Bel Abbés. Bénite par Monsieur Preire, premier curé de Sidi Bel Abbés. Offerte en grande partie par les habitants de la paroisse le 24 septembre 1857. Eugène et Emile Baudoin, fondeurs à Marseille. Lorsque Me Poux, curé de Bel Abbès, fit en 1892 l'acquisition de nouvelles cloches, celle dont nous venons de parler fut payée par une famille de Lourmel. Malheureusement, elle ne peut être mise en branle, son poids entraînerait, parait-il la chute du clocher.

Telle est l'église qui fut bénite à la fin de 1893. Pendant quatre ans, on s'efforce de l'orner quelque peu. C'est ainsi que les statues de la Ste Vierge et de St Joseph, données plusieurs années auparavant par la veuve du Général Lourmel, sont placées sur autels latéraux. Puis une statue du Sacré-Cœur vient dominer l'autel; l'autel lui-même est remis à neuf. Les choses en étaient là, lorsque Me Ailhaud pris sa retraite pour se retirer en France et fut remplacé le 1er Août 1897 par l'Abbé Descours. Sous le ministère de ce dernier, l'église reçoit encore quelques ornements. Ce sont d'abord deux anges portant chacun un candélabre, et qui sont placés de chaque côté de l'autel; puis en 1900 une très belle statue d'Antoine de Padoue, offerte par plusieurs personnes de Lourmel.

Me Descours reste près de six ans dans son poste; se sentant incapable à cause de sa santé, de remplir ses fonctions du ministère paroissial, il se retire en France au mois de Juin 1903 et meurt un an après. Il est remplacé par Me Guinefoleau le 1er Juillet 1903. Celui-ci s'occupe également de l'ornementation de l'église; il fait confectionner pour les jours de fêtes des tentures rouges pour tout le chœur; puis des tentures noires pour les enterrements; enfin un catafalque assez élégant mais trop peu élevé, vu la hauteur de la nef.

Au commencement de l'année 1904, Me Guinefoleau tombe malade. L'êvéché le voyant obligé de prendre du repos, lui adjoint Me Domblides qui remplit les fonctions de pro curé jusqu'à fin Juin 1908, époque à laquelle il est remplacé par celui qui écrit ces lignes.

Peut-être nous reprochera t'on de nous être trop étendu sur le côté temporel de la paroisse et pas assez ou point du tout sur le côté spirituel; il fallait bien pourtant mettre en relief les efforts accomplis par les différents curés de Lourmel pour embellir la maison de Dieu.

Nous voudrions être aussi bien documentés pour décrire jour par jour le bien fait aux âmes; à notre grand regret, nous n'avons presque rien trouvé qui puisse nous éclairer et nous édifier sur les progrès spirituels de la paroisse.

Nous ne croyons pas qu'à Lourmel il ait jamais existé de confréries quelles quelles soient. Au dire des anciens du pays, les offices étaient plus fréquentés autrefois qu'aujourd'hui, surtout par les hommes; mais après tout ceci est malheureusement commun à toutes les paroisses. Ce que nous savons, pour l'avoir entendu dire, c'est que les processions de la Fête Dieu se sont faites avec beaucoup d'éclat de 1860 à 1880. Nous supposons que depuis 1859 des missions ont dû être prêchées, qui ont fait quelque bien, nous ne pouvons, en effet, que faire des suppositions, puisque rien dans les archives, ne nous en donne la certitude. Cependant nous voyons qu'en 1899, une mission française de trois semaines fut prêchée par le Père Astier de la Compagnie de Jésus; un grand nombre de Communions en marqua la clôture. La même année eut lieu la Messe de minuit, qu'on avait cru prudent de supprimer depuis dix ans. En 1900, c'est une mission espagnole donnée par le Père Abella. Beaucoup de monde aux sermons, comme toujours, du reste; mais peu de communions.

Quel est, à l'heure actuelle, l'état de la paroisse ? A vrai dire, nous sommes à lOurmel depuis trop peu de temps pour fournir des données précises. C'est surtout après la période pascale qu'un curé peut connaître et compter ses ouailles. Or nous n'y sommes pas encore.

Bornons nous donc à dire que la population catholique de Lourmel est très sympathique au prêtre, qu'elle considère, non comme un ancien fonctionnaire salarié, mais comme un ministre de Dieu. Elle est indifférente, c'est incontestable, elle a cela de commun avec toutes nos paroisses; mais vous n'y trouverez pas l'hostilité que le prêtre rencontra dans certains autres. Cela est si vrai que tous les paroissiens, français aussi bien qu'espagnols, sauf quatre, comprenant le besoin qu'ils ont du prêtre ont souscrit et donné pour le denier du culte.

Enfin un autre aspect sous lequel nous apparaît la population de Lourmel, c'est qu'elle n'entend pas partir pour l'éternité sans s'être réconciliée avec Dieu; et, de fait, depuis sept mois que nous sommes arrivés dans cette paroisse aucun malade n'est mort sans avoir reçu les derniers sacrements; il nous semble que c'est là une consolation qui en vaut bien d'autres. Plaise à Dieu que celle-ci ne soit pas la seule et que nous ayons la joie de ramener nos paroissiens à des sentiments plus chrétiens, et ailleurs que sur leur lit de mort.

Signé André Godet Curé de Lourmel

 
Vign_monographie2
Croquis et plans de l'Eglise, du Presbytère et de l'Ecole
 
S'en suit sur la même page les propos suivants

Discussion

M. Danès rapporteur secondaire fait quelques observations sur le travail monographique de la Paroisse de Lourmel :

1° M. le Rapporteur Officiel n'a mentionné aucun des faits militaires qui se sont passés sur le territoire de Lourmel.

2° Au point de vue statistique, M. le Rapporteur Officiel aurait du parler de la population de Lourmel et fixer le chiffre des naissances, des décès et mariages aux principales époques de l'histoire de ce centre.

3° M. le Rapporteur Officiel aurait pu donner de plus nombreux détails sur le champ de tir, dit le Polygone, dont il ne fait qu'une simple mention.

4° Le travail n'est pas tout à fait à jour. En effet, M. le Rapporteur Officiel aurait dû parler de l'opération des inventaires et de la mise sous-séquestre des objets inventoriés.

A ces observations M. le Rapporteur Officiel répond qu'il n'a trouvé aucun document lui permettant de narrer les faits militaires dont Lourmel fut le théâtre ni de faire l'historique et la description du champ de tir, dit le Polygone.

Un membre de la Conférence rapporte ensuite la légende suivante : M l'Abbé Ailhaud avait acheté quelques cochons et comme déjà on l'avait menacé de poursuite pour déprédation dans les terrains avoisinant le sien, un jour on vint l'avertir que le garde champêtre de la localité instrumentait contre le gardien de son troupeau et se disposait à mettre en fourrière les habillés de soie. A cette nouvelle ne perdant pas son sang froid, M l'Abbé Ailhaud monte au clocher de son Eglise et muni d'une corne imitant celle du gardien, il appelle ses cochons qui tous, à grande vitesse, se rendent au village et entrent à leur domicile, laissant le garde champêtre seul sur les lieux du dégât. Conclusion : les cochons ne furent pas saisis et mis en fourrière et leur propriétaire n'eut ni procès-verbal, ni amende à payer.

Aucun autre des membres de la Conférence n'ayant rien à ajouter à ces observations la discussion est close.

Ne varietur

Le Président (signé illisible) Le Secrétaire : J.Maraval curé d'Aïn Kial

Vign_caom0074
Le Conseil de Fabrique de la Paroisse de Lourmel
Le Conseil de Fabrique de la Paroisse de Lourmel



Suivant la définition du Larousse "Le Conseil de Fabrique est le groupe de clercs ou de laïcs qui veillent à l'administration des biens d'une église".

Ainsi, comme dans chaque paroisse, le Premier des membres, membre de droit du conseil et du bureau est le curé de la paroisse; vient ensuite le Maire, membre de droit du conseil puis les marguilliers qui sont élus et investis de fonctions bien particulières un président et un secrétaire pour le conseil; un président, un trésorier et un secrétaire pour le bureau.

Nous présentons deux documents à l'intitulé "Budget de la fabrique" de l'Eglise Saint Nicolas de Lourmel des années 1884 et 1889 qui font référence à une population catholique "approximative" de 912 citoyens en 1884 et 900 en 1889.

En 1884 les membres du Conseil de Fabrique sont ainsi énumérés : Me Godet Marie Alexandre curé de Lourmel, Marc Maillé 1er conseiller municipal et cinq marguilliers : Jean Milhavet, Jacob Diener, Louis Verdeil, Jean-Baptiste Giwer et Jean Krike. Le rédacteur a noté que l'Adjoint (Marc Maillé) faisait "fonction de Maire" car le Maire en titre était de confession israélite.



Vign_caom0075
 
Vign_fabrique0309
En 1889 Marie Alexandre Godet est toujours curé et donc membre du Conseil de Fabrique, le Maire Edouard Beyguet en est le second membre de droit. Les marguilliers sont Jacob Diener, Louis Verdeil, Joseph Cambillau, Léon Audi(e)bert et Louis Truel.

Le budget de la Fabrique est ensuite arrêté par l'Evêque tel l'illustre le présent document.
 
Vign_caom0073
L'état comptable transcrit sur le "Compte rendu de la Fabrique" de 1870
Les recettes :

- les recettes ordinaires provenant des quêtes (90 francs), du cimetière (20 francs), des droits de la fabrique sur les mariages, enterrements et autres services religieux (50 francs).

- les recettes extraordinaires provenant exclusivement de la subvention annuelle de la commune (600 francs) sans reste des recettes de l'année précédente ( au contraire dette de 165 francs notée en haut de page)
Vign_fabrique10310
 
soit un total de recettes de
Vign_fabrique10312
 
Les dépenses de la fabrique

Les dépenses ordinaires :

- liées aux objets de consommation portées au budget et effectuées. En ce qui concerne les dépenses réellement effectuées notons pour le pain d'autel (18 francs), pour le vin (40 francs), pour l'huile (80 francs), pour l'encens (8 francs), pour la cire (85 francs)

- liées à l'entretien du mobilier portées au budget et effectuées. En ce qui concerne les dépenses réellement effectuées: le blanchissage et le raccommodage du linge (25 francs), la réparation des meubles ustensiles (15 francs)

- liées aux traitements du personnel portées au budget et effectuées. Toujours en ce qui concerne les dépenses réellement effectuées : les honoraires du sacristain (25 francs), du chantre (25 francs), du sonneur (25 francs) et des enfants de chœur (20 francs)

- liées aux frais d'administration portées au budget et effectuées. En ce qui concerne les dépenses réellement effectuées pour les registres des baptêmes, mariages, etc..(5 francs), pour le papier, les plumes, l'encre, etc.. (3 francs), pour les frais de correspondance à l'occasion des saintes huiles (4 francs), les ports de lettre (1 franc)

- liées aux dépenses diverses portées au budget et effectuées. En ce qui concerne les dépenses réelles pour les menues dépenses de la sacristie (8 francs) et les besoins imprévus (6 francs)

Vign_fabrique10313
 
soit un total de dépenses ordinaires
Vign_fabrique10315
 
Les dépenses extraordinaires :

- liées au solde de la dette (165 francs)

- liées aux acquisitions de linge blanc d'ornements (dépense réelle de 110 francs). Il est noté en marge : costumes d'enfants de chœur.

Vign_fabrique10316
Les Correspondances
Correspondances relatives à la Paroisse de LOURMEL
(documents remis et dactylographiés par Pascal DIENER)


N° 1

Monseigneur 15 octobre 1881

Depuis deux ans deux décrets ont paru, l’un donné en octobre 1879 affectant 4 hectares et quelques ares à la cure de Lourmel, l’autre décret attribue un lot de jardin et un lot de bâtisse pour le presbytère. Non seulement je n’ai pas encore officiellement connaissance de ces décrets mais je n’ai pas encore été mis en possession des terrains. De plus Monsieur l’instituteur (l’ancien), pendant ces deux dernières années et après l’expédition du 1er décret, a joui des terres, les a fait labourer malgré mes avis d’arrêter le travail commencé.

Veuillez je vous prie me faire connaître les moyens d’entrer en possession de ces divers terrains, le lot de terre pour le défricher avant les semences ; le lot de jardin pour y planter de la vigne et des arbres fruitiers, enfin le lot de bâtisse, qui d’ailleurs avait été défriché par un de mes prédécesseurs, pourrait, en me le rendant, me servir soit en le cultivant soit autrement.

Daignez…




N° 2

Evêché d’Oran 18 octobre 1881

Monsieur le Curé

…. Quant au terrain il serait bon de donner la date du décret qui l’affecte à la cure, si vous pouvez avoir cette date. Monseigneur alors écrira à la Préfecture pour demander notre mise en possession.

Daignez… signé Georgel




N° 3

Monseigneur, Lourmel 21 octobre 1881

J’ai l’honneur de vous envoyer les deux décrets concernant les lots de terre affectés à la cure de Lourmel, j’en ai transcris copie sur le registre du conseil de fabrique pour faciliter les recherches dans la suite.

J’étais déjà en possession du lot de jardin où j’avais fait une plantation de vigne. Le lot du presbytère a été défriché par Monsieur Leautand, un de mes prédécesseurs ; mais à peine le décret a-t-il été rendu que la municipalité cherche à le saisir pour y bâtir ses écoles, voulant transférer le presbytère dans un lieu qui n’a que la moitié de la superficie voulue et qui sert d’école aujourd’hui et à l’emplacement même où est marqué le lot des écoles dont il n’occupe que la moitié. Je crois qu’il y aura lieu d’examiner ces propositions qui doivent être incessam-ment mises à exécution et j’aurais, si vous me le permettez, l’honneur d’en entretenir Y.G. le mois prochain.

Pour le lot de 4 h. 17 a. 90 c., depuis deux ans malgré le décret rendu et connu de l’ancien instituteur et malgré mes justes réclamations, celui-ci avait ensemencé ce terrain. Son but était, par le fait accompli de travaux, de l’enlever au presbytère et d’échanger ce lot contre une partie de celui des écoles d’une moindre valeur.

Il y a 18 mois environ, j’en suis certain, des géomètres vinrent établir des bornes. J’avais à deux reprises demandé de vive voix à Monsieur le Maire de me mettre en possession, je n’avais eu que des réponses évasives. Ces jours derniers, j’appris que Monsieur l’instituteur et Madame l’institutrice devaient prendre possession du terrain hier jeudi 20 courant, choisir les lots et les travailler de suite. De tout cela ils ne m’en prévenaient pas. Le curé, disait l’instituteur, n’a pas besoin de terre, il n’est pas père de famille. On parlait même de faire par le conseil municipal une nouvelle répartition de 40 mètres de large à chacun sur toute la longueur du terrain et j’étais mis, d’un côté comme de l’autre, au dernier plan. J’ai arrêté immédiatement tous ces jolis projets en demandant hier matin même à Monsieur le Maire de votre part les décrets, la mise en possession immédiate et qu’il ne fut fait par personne autre aucun travail dans le lot de la cure. Monsieur le Maire me répondit, ce qui est incroyable, qu’il ne savait pas si les géomètres étaient venus (c’est chez lui qu’ils logèrent et ils opérèrent avec l’ancien instituteur Monsieur Vessière, secrétaire de Mairie). Cependant, nous étant rendus sur les lieux, Monsieur le Maire, Madame l’institutrice, son mari et moi (Monsieur l’instituteur qui jusqu’alors avait été décidé d’y aller avec Madame l’institutrice seule, ne voulut plus y venir sachant que j’y étais). Nous trouvâmes pour marquer le lot de la cure deux bornes mises par qui ? et c’est Monsieur le Maire lui même qui le trouva !

Ces deux bornes ne me paraissent pas suffisantes, deux autres manquent à ce terrain. On pourrait, je crois, en trouver le plan géométral au bureau des Domaines et avoir ainsi des limites fixes : vous conserveriez ce plan avec les décrets et j’en prendrai le double. Je n’ai marqué les limites sur le plan de ce terrain que par des lignes supposées, la démarcation manque dans le plan cadastral où je l’ai pris.

Je suis donc aujourd’hui, sauf limites exactes, possesseur du terrain, il est excellent, il faut le défricher de suite pour empêcher de nouvelles revendications. Votre Grandeur pourrait-elle fournir les ressources nécessaires, environ 1 à 1 200 fr. (peut-être moins) remboursables en un certain nombre d’années par voie d’amortissements, intérêts compris. L’acte engagerait le titulaire jusqu’au complet remboursement. Si Votre Grandeur ne pourrait faire ce prêt à la cure, à quel établissement pourrions-nous nous adresser, toujours dans ces mêmes conditions d’amortissements par annuités égales.

Daignez agréer….


N° 4

1er Décret

Le Président de la République Française,

vu les articles 4 et 5 de l’arrêté du chef du pouvoir exécutif du 4 novembre 1848,

vu l’article 25 du décret du 25 juillet 1860,

vu l’article 13 du décret du 13 décembre 1864,

vu la délibération du conseil municipal de la commune de Lourmel du 13 février 1879,

vu l’avis du conseil du gouvernement du 9 octobre 1879 sur le rapport du Ministre des Finances d’après les propositions du Gouverneur Général de l’Algérie,

Décrète

Art 1° : Il est fait concession gratuite à la commune de Lourmel, arrondissement et département d’Oran, pour être affectés à l’installation des services municipaux et à la constitution de terres de parcours de 19 lots d’immeubles domaniaux d’une contenance totale de douze cent huit hectares, vingt-quatre ares, dix centiares (1 208 h 24 a 70 c) et à son annexe d’Er Bahel, de quatre lots d’immeubles domaniaux d’une contenance totale de cent-vingt hectares quarante-cinq ares quatre-vingt centiares (120 h 45 a 80 c) tels au surplus que les dits immeubles sont désignés dans les états de consistance et sur les plans ci annexés.

Art 2° : Cette concession est faite sans aucune garantie de la part de l’Etat, contre lequel la commune concessionnaire ne pourra exercer aucun recours pour une cause quelconque.

Art 3° : La commune concessionnaire est tenue d’assurer et de laisser aux dits immeubles la destination en vue de laquelle ils sont concédés, faute de quoi ils feront retour immédiatement au domaine de l’Etat, sans indemnité. La commune devra en outre rétrocéder gratuitement à l’Etat, ou au département, et ce pendant dix ans à partir de la date du présent décret, les parties des immeubles concédés qui seraient reconnues nécessaires à l’exécution de travaux d’utilité publique. Elle supportera toutes les charges, servitudes et contributions de toute nature dont les immeubles sont ou pourront être grevés. A ces conditions, elle en jouira et disposera en toute propriété, conformément aux lois, décrets et règlements en vigueur.

Art 4° : Le Ministre des Finances et le Gouverneur Général de l’Algérie sont chargés de l’exécution du présent décret qui sera inséré au Bulletin des Lois.

Fait à Paris le 6 décembre 1879

Signé Jules Grévy

Pour le Président de la République Pour ampliation

Le Ministre des Finances Pour le Chef de Division

signé Léon Say Le Bibliothécaire archiviste

signé Peyrounet

Pour copie conforme Pour ampliation

Le vérificateur des Domaines Le Conseiller de Préfecture délégué

chargé par intérim du 2e bureau signé illisible


N° 5

Etats de consistance




Mêmes signatures et ampliations etc. qu’au décret ci-dessus.

N° 6

2e Décret

Le Président de la République Française,

vu les articles 4 et 5 de l’arrêté du chef du pouvoir exécutif du 4 novembre 1848,

vu l’art. 25 du décret du 25 juillet 1860,

vu l’art.13 du décret du 31 octobre 1864,

vu la délibération du conseil municipal de Lourmel en date du 9 mai 1880,

vu l’avis du conseil du gouvernement du 24 septembre 1880 sur le rapport du Ministre des Finances d’après la proposition du Gouverneur Général de l’Algérie,

Décrète

Art. 1 : Il est fait concession gratuite à la commune de Lourmel, Département d’Oran, pour être affectée au jardin du presbytère d’une parcelle de terrain domanial d’une contenance de 31 ares formant le n° 28 des lots de jardins de cette localité et consigné sous l’art. 1439 du …..… de consistance n° 1 au Bureau des Domaines d’Oran, telle au surplus qu’elle est désignée eut l’état de consistance et au plan ci annexés.

Art 2 : Cette concession est faite sans aucune garantie de la part de l’Etat contre lequel la commune concessionnaire ne pourra exercer aucun recours pour une cause quelconque.

Art 3 : La commune de Lourmel est tenue d’assurer et de laisser au dit immeuble la destination en vue de laquelle il lui est concédé, sous peine de rétrocession gratuite et immédiate au domaine de l’Etat. Elle rétrocèdera gratuitement à l’Etat ou au Département et ce pendant 10 ans à partir de la date du présent décret telle partie non bâtie de l’immeuble qui serait reconnue nécessaire à l’exécution des travaux d’utilité publique. Elle supportera toutes les servitudes, charges et contributions de toute nature dont il est ou pourra être grevé. A ces conditions elle en jouira et disposera en toute propriété conformément aux lois et règlements en vigueur.

Art 4 : Le Ministre des Finances et le Gouverneur Général de l’Algérie sont chargés de l’exécution du présent décret.

Fait à Paris le 15 novembre 1880

signé Jules Grévy

Pour le Président de la République Pour copie conforme

Le Ministre des Finances L’Inspecteur des Domaines

signé Magnin Chef du 2e bureau des finances

Pour ampliation pour le sous-directeur signé…

Le Bibliothécaire archiviste Le Secrétaire Général

Signé Peyrounet signé A. Varnier
N° 7


Vu pour être annexé au décret du Président de la République en date du 15 novembre 1880.

Le Ministre des Finances, signé Magnin

Pour copie conforme

l’Inspecteur des Domaines Certifié le présent état par le Directeur

Chef du 2e bureau signé illisible de l’enregistrement des domaines et du ……

Oran 1er juillet 1880 signé Borelly

Pour copie conforme, le secrétaire général

signé A. Varnier




N° 8

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 25 août 1881

Monseigneur me charge de vous dire que l’Evêché ne peut faire aucune avance de fonds pour faire valoir les terrains des presbytères. Nous ne savons pas d’avantage à quelle société vous pourriez vous adresser pour avoir ces fonds ; c’est à vous de voir puisque l’affaire vous regarde particulièrement.

Quant au plan à retirer du service topographique, c’est également à vous de le faire ; l’administration ne s’occupe pas et ne peut pas s’occuper de ces questions particulières. Elle ne s’en occupe que quand les curés ne peuvent eux-mêmes se faire rendre justice. Actuel-lement ce n’est pas le cas.

Dans le cas où vous ne réussiriez pas d’être mis en possession, Monseigneur écrira à la Préfecture pour obtenir la chose.

Daignez… signé Georgel





N° 9

Monseigneur 30 août 1881

Pour ce qui concerne les terres de la cure de Lourmel j’ai trois choses à vous demander.

1°) Je me suis rendu sur le terrain avec Monsieur le Maire qui m’en a montré l’emplacement. Cela suffit-il réellement comme prise de possession ? L’art. 7 du Décret du 6 novembre 1819 dit : « Le procès verbal de leur prise de possession dressé par le juge de paix portera la promesse par eux souscrite de jouir des biens en bons pères de famille, de les entretenir avec soin, et de s’opposer à toute usurpation ou détérioration. » Si cette opération est nécessaire, veuillez je vous prie demander à la Préfecture d’ordonner ma mise en possession définitive.

2°) Le lot du presbytère situé dans le village a 16 ares. Puis-je prendre possession de ce terrain, quoique non bâti, pour y créer une cour et un jardin à fleurs. Le conseil municipal fait déjà des tentatives pour m’enlever ce lot et en substituer un d’une valeur inégale comme étendue mais construit et on donnerait la construction comme presbytère définitif, l’église y serait jointe. C’est l’école actuelle, et le logement du curé se composerait des trois pièces occupées par l’instituteur.

3°) Si j’entreprends le défrichement du terrain, dépense d’environ 1 000 fr. et que je vienne à quitter Lourmel avant que les récoltes m’aient indemnisé de mes frais, mon successeur sera-t-il obligé de m’indemniser en quelque façon, ou tous les frais seront-ils entièrement perdus pour moi ? Je crois prudent que cette question soit réglée avant le défrichement. Dans quelle mesure mon successeur devra-t-il concourir aux frais de défriche-ment non couverts par le produit des récoltes ? L’art. 13 du décret du 6 mars 1813 parlant des réparations des biens de cure dit : « Le titulaire sera tenu de les fournir jusqu’à concurrence du tiers du revenu foncier de la cure… Quant à l’excédant du tiers du revenu, le titulaire pourra être par nous autorisé en la forme ………. soit à un emprunt avec hypothèque… Le décret d’autorisation d’emprunt fixera les époques de remboursement à faire sur les revenus de manière qu’il en reste toujours les 2/3 aux curés. » Si vous me conseillez de le faire quelle marche serait-il bon de suivre ?

Daignez…



N° 10

Evêché d’Oran 5 novembre 1881

Monsieur le Curé

Puisque Monsieur le Maire vous a remis le terrain du presbytère et que vous allez en jouir, Monseigneur estime qu’il n’est pas nécessaire de provoquer un autre acte de mise en possession.

Quant au lot de terre du presbytère, si vous pouvez obtenir qu’on vous en laisse la jouissance ce sera une bonne chose ; mais il ne semble pas que vous puissiez revendiquer cette jouissance puisqu’il n’a été mis légalement la disparition d’ancien curé. D’un autre côté le conseil municipal ne peut de sa propre autorité changer la destination du lot affecté au presbytère. Quand l’affaire viendra à la Préfecture, Monseigneur doit être consulté. Sa Grandeur alors donnera son avis conformément aux renseignements que vous donnerez.

La question d’indemnité pour défrichement a été traitée au synode. Quand les actes du synode seront imprimés, vous verrez quels sont les droits de celui qui fait défricher.

Votre très humble. signé Georgel


N° 11

Monsieur le Maire 29 novembre 1881

J’ai l’honneur de vous demander pour les archives diocésaines et paroissiales le procès- verbal ou notification officielle de la communication que vous n’avez faite personnellement à la date du 20 octobre des deux décrets affectant des lots de terrains à la commune pour le service du culte et du presbytère et constatant ma mise en possession par vous au dit jour, 20 octobre, de ces divers terrains, savoir :

1°) lot à bâtir 16 ares n° 76 du plan, valeur 400 fr. pour l’emplacement du presbytère,

2°) lot à bâtir 4 ares n° 77 du plan, valeur 100 fr. pour l’emplacement de l’église,

3°) lot de culture 4 hectares 17 ares 50 centiares n° 202 du plan, valeur 200 fr. : trois lots spécifiés dans le décret présidentiel du 6 octobre 1879,

4°) lot de jardin 31 ares n° 28 du plan, valeur 310 fr., lot spécifié dans le décret du 15 novembre 1880.

Veuillez je vous prie, Monsieur le Maire, me transmettre cette pièce au plus tôt pour le faire parvenir à l’autorité diocésaine.

Agréez …


N° 12

Mairie de Lourmel, n° 304

Monsieur le curé 2 décembre 1881

Vous n’avez demandé une copie du procès-verbal de mise en possession des divers lots de terrains concédés par décrets présidentiels du 6 décembre 1879 et 19 novembre 1880, ou de la notification officielle que je vous aurais faite de ces décrets le 20 octobre dernier.

J’ai l’honneur de vous faire remarquer, Monsieur le curé, qu’aucune notification officielle des décrets dont il s’agit ne vous a été faite de ma part, de même qu’il n’a pas été procédé jusqu’à ce jour à une mise en possession régulière de ces terrains.

Dans ces conditions il ne m’est pas possible de vous délivrer la pièce que vous me demandez.

D’autre part, le conseil municipal ayant décidé que le lot à bâtir n° 441 du plan cadastral serait affecté à l’installation du groupe scolaire et que les lots 432, 433 seraient réservés pour le presbytère et l’église, il n’est plus possible de vous mettre en possession du lot n° 76 ou 441.

Agréez… signé Bouzeaud, Maire


N° 13

Monseigneur 3 octobre 1881

J’avais eu l’honneur de vous écrire au 30 août ceci : je me suis rendu sur le terrain avec Monsieur le Maire qui m’en a montré l’emplacement. Cela suffit-il réellement comme prise de possession ? L’art. 7 du décret du 6 novembre 1813 dit : « Le procès verbal de leur prise de possession dressé par le juge de paix portera la promesse par eux souscrite de jouir des biens en bons pères de famille, de les entretenir avec soin et de s’opposer à toute usurpation ou détérioration. » Si cette opération est nécessaire, veuillez je vous prie demander à la Préfecture d’ordonner une mise en possession définitive.

Je vous entretenais également du lot à bâtir de la cure et de la nouvelle disposition qui allait l’affecter aux écoles en me donnant en échange un lot de valeur inégale avec un logement inacceptable.

Monsieur le secrétaire de l’Evêché m’a répondu le 5 novembre : puisque Monsieur le Maire vous a remis le terrain du presbytère et que vous allez en jouir, Monseigneur estime qu’il n’est pas nécessaire de provoquer un autre acte de mise en possession : d’un autre côté le conseil municipal ne peut de sa propre autorité changer la destination du lot affecté au presbytère. Quand l’affaire viendra à la Préfecture, Monseigneur doit être consulté. Sa Grandeur alors donnera son avis.

Certaines paroles et certains agissements de Monsieur le Maire m’ont entravé dans le défrichement et dans la location du terrain et m’ont forcé de lui écrire officiellement pour éclaircir à la fois ces deux questions. Dans la réponse il résulte que :

1°) Monsieur le Maire nie m’avoir mis en possession régulière et même de m’avoir remis les décrets dont cependant j’ai pris double copie, une pour vous, une pour la fabrique, après les avoir reçus de sa main et les avoir rendus à lui-même.

2°) Le conseil municipal, malgré l’art. 3 des décrets, qui du reste n’avaient été rendus qu’après une première consultation du même conseil, modifie l’affectation du lot de construction, bien qu’il ait été défriché depuis près de 15 ans par un des curés et malgré la jouissance qu’en ont eu mes prédécesseurs.

Cette seconde affaire est à la Préfecture. On doit d’ici peu de jours, dit-on, mettre la construction des écoles en adjudication. La délibération est des premiers jours de novembre, le 13 je crois. Je vous envoie copie textuelle de la lettre de Monsieur le Maire.

Veuillez je vous prie intervenir dans ces deux affaires en arrêtant l’exécution du vote du conseil municipal et en me faisant mettre d’office en possession régulière de tous les terrains affecté au presbytère.

Agréez……..


N° 14

Monsieur le Maire 4 octobre 1881

Veuillez je vous prie compléter votre lettre du 2 octobre par les renseignements suivants.

1°) Il y a des terrains pour le service du culte et le presbytère : terre de culture et jardin. Vous ne parlez que des premiers ; les seconds sont-ils compris dans votre réponse malgré nos actes sur le terrain même, le 20 octobre ; actes dont Monseigneur l’Estaque a été informé et qu’il a cru suffisants.

2°) A quelle date le conseil municipal a-t-il décidé la modification de l’affectation des lots à bâtir ?

3°) Le conseil s’est-il basé sur un nouveau décret abrogeant celui du 6 octobre 1879, notamment en ce qui concerne l’article 3 ? Quelle est la date de ce nouveau décret ?

Des réponses verbales ne peuvent suffire, les paroles diffèrent souvent des actes accomplis ensuite.

En attendant votre réponse je vous prie etc.

N° 15

Evêché d’Oran

Monsieur le curé 5 octobre 1881

Je viens au nom de Monseigneur de faire une réclamation à Monsieur le Préfet contre le projet du conseil municipal de Lourmel. J’espère que tout ira pour le mieux.

Veuillez agréer signé Martin p.ap. v.g.





N° 16

Monseigneur 25 octobre 1881

J’ai demandé officiellement par écrit le 4 courant à Monsieur le Maire de Lourmel si véritablement il ne me considérait pas en possession des terres de la cure, et si le conseil municipal avait à apposer un autre décret à celui du 6 octobre 1879. Monsieur le Maire a toujours refusé jusqu’à ce jour de me répondre officiellement par écrit, déclarant que sa réponse verbale donnée à la mairie devait me suffire.

Par ces réponses Monsieur le Maire nie toute mise en possession. Ce qu’il a fait en me menant sur le terrain n’a à ses yeux aucune valeur. La commune ainsi serait maîtresse et pourrait en disposer librement.

Relativement au lot de construction, je lui fis observer :

1° : que ce terrain avait en tout temps depuis la création du village été considéré comme le lot de la cure,

2° : que sans opposition Monsieur Leautaud l’avait défriché et en avait joui ; que ces faits étaient connus de lui comme de toute la colonie,

3° : que Monsieur Février lui-même y avait semé,

4° : que le décret du 6 octobre 1879 était venu confirmer cette possession ; qu’ainsi la commune ne pouvait pas s’en emparer sans l’annulation de ce décret je ne comprenais pas qu’on me fit opposition pour profiter de ce terrain.

Monsieur le Maire me répondit mais verbalement en présence de Monsieur Besson, secrétaire de mairie, et Monsieur Krik, qu’il ne savait pas qu’on m’eut jamais fait de l’opposition pour ce terrain. Cependant et de quel droit ? Monsieur le maire avait-il cherché à louer ce terrain comme il l’avait fait pour le lot affecté à l’école des filles, mais il n’avait trouvé personne.

Profitant de cette affirmation et après la jouissance paisible de mes prédécesseurs, j’ai donné ce terrain pour l’ensemencer de moitié. Hier samedi, à peine mes deux colons étaient-ils dans ce terrain que Monsieur le Maire vint, mit la main sur les bêtes, voulant les conduire en fourrière. Sur l’avis des travailleurs qu’il n’en avait pas le droit, une discussion s’engagea et selon mes avis donnés d’avance, celui qui dirigeait le travail répondit à Monsieur le Maire : « Donnez-moi par écrit une notification de cesser le travail, ou bien allez trouver Monsieur le curé ; puisque je travaille à son compte vous avez à faire à lui et non à moi. » Monsieur le Maire répondit simplement par la menace de lui dresser procès-verbal.

Aussitôt averti, je me rends sur le terrain. En disant aux personnes présentes que ce terrain, appartenant à la cure, avait été défriché par Monsieur Léautaud depuis longtemps, que mes prédécesseurs en avaient joui et qu’un décret en confirmait la possession à la cure, je fis continuer le travail déclarant bien hautement que si Monsieur le Maire venait me signifier personnellement, soit par lui, soit par le garde champêtre, d’interrompre le travail, je le ferais cesser de suite pour porter cette question à l’autorité supérieure.

Pendant trois heures Monsieur le Maire se tint chez lui, se contentant de me regarder par sa fenêtre. Il se rendit ensuite à la Mairie mais en faisant un grand détour à l’aller et au retour, afin de ne pas me rencontrer. Vers la nuit, à peine rentré chez moi, il délègue le garde champêtre arabe pour demander leurs noms à mes ouvriers et leur déclarer procès-verbal.

J’ai cru, Monseigneur, me tenir dans la limite de mes droits en agissant ainsi et en ne voulant cesser le travail que sur sommation expresse et personnelle, surtout après ce que Monsieur le Maire m’avait dit de vive voix à la mairie en présence de son secrétaire.

Je vais faire continuer le labour qui sera terminé en une heure ou deux mais j’attendrais pour ensemencer ce que vous me conseillez de faire.

Les clairières de la grande terre sont déjà ensemencées ; mais si je ne suis pas mis en possession, comme le prétend Monsieur le Maire, celui-ci se croira-t-il encore le droit d’agir pour cette terre comme pour l’autre et de m’en priver ainsi de sa propre autorité sans m’en avertir moi-même et d’en donner la jouissance à d’autres comme il l’a fait depuis deux ans malgré les décrets.

Daignez etc.





N° 17

Monseigneur 26 octobre 1881

Conformément à mes prévisions, le labour ayant été repris ce soir à deux heures, les deux gardes (arabe et français) m’ont sommé personnellement d’arrêter le travail, ce que j’ai fait immédiatement par déférence pour l’autorité. Je porte donc cette affaire à votre connaissance. Voyez, je vous prie, de quelle manière il sera bon de revendiquer les droits de la cure.

Les deux arabes qui ont défriché cette terre pour Monsieur Leautaud qui les a payés vivent encore. Monsieur Krike a travaillé ce jardin de moitié, Monsieur Schmidt l’a loué pour son compte à raison de 15 fr. par an. Monsieur Seiffert l’a eu également. Monsieur Diener l’aurait eu aussi bien qu’il ne veuille pas l’affirmer aujourd’hui.

Monsieur le Maire, voulant louer ce terrain, aurait dit à un conseiller qui y a des pierres, de les enlever ; le conseiller lui a répondu qu’il ne le ferait qu’après l’ordre de louer donné de la Préfecture. Monsieur le Maire demande cet ordre. Monsieur le Maire tient à ce terrain pour y faire paître ces bestiaux et pour y remiser les chameaux venant au marché du lundi. En retirerait-il un revenu ?

Je viens de trouver dans les archives la pièce suivante, montrant que je devais être mis en possession du lot de la cure immédiatement après le décret. Pourquoi m’a-t-on fait attendre deux ans et me dispute-t-on sur mon occupation de ces terres.

Daignez





N° 18

Préfecture d’Oran, 1er bureau n° 8145, domaine communal Lourmel,

terrains réservés pour la cure.

Monsieur le Curé Oran 31 mai 1879

En réponse à votre lettre du 28 avril dernier, j’ai l’honneur de vous informer que des propositions seront adressées prochainement à Monsieur le Gouverneur Général de l’Algérie en vue de la constitution du domaine communal du centre de Lourmel.

Dès que le décret de concession sera intervenu, il vous sera fait remise du terrain qui aura été spécialement affecté au presbytère.

Recevez Monsieur le curé, etc.

Pour le Préfet, le Secrétaire

Général, signé illisible



N° 19

Evêché d’Oran

Monsieur le curé 30 octobre 1881

Monseigneur a écrit à la Préfecture pour votre terrain, nous verrons ce qu’on répondra ?

Votre etc. signé Georgel



N° 20

Préfecture d’Oran, 2e bureau, n° 211,

Domaine communal de Lourmel

Monsieur l’Evêque Oran 12 janvier 1882

En réponse à votre lettre du 21 décembre dernier n° 4725, j’ai l’honneur de vous faire connaître que j’ai demandé au service topographique et à Monsieur le Maire de Lourmel des renseignements relativement aux terrains qui doivent être laissés à la disposition de Monsieur le curé de ladite commune.

Dès que ces renseignements me seront parvenus, je m’empresserai de donner à votre demande telle suite que de droit.

Agréez Monsieur l’Evêque etc.

Pour le Préfet,

le Secrétaire Général

signé E. Garaby





N° 21

Monseigneur 27 février 1882

Vous avez bien voulu me communiquer une lettre de Monsieur le Préfet en date du 12 janvier vous informant qu’il allait écrire au service topographique et demander à Monsieur le Maire des renseignements au sujet des terrains affectés à la cure de Lourmel et prendre ensuite une décision.

Je désire savoir quelle solution a été donnée à cette affaire car chaque jour Monsieur le Maire et divers colons font paître leurs troupeaux dans le lot affecté au presbytère par décret du 6 octobre 1879 et dont je devrais jouir, d’autant plus qu’il avait été défriché et possédé paisiblement par nos prédécesseurs, lot dont je suis exclu, en ayant été chassé le 26 octobre dernier par l’autorité de Monsieur le Maire à qui pourtant j’ai écrit trois fois pour lui demander officiellement si le décret affectant ce lot à la cure avait été retiré. Monsieur le Maire n’a pas daigné me répondre, c’est donc de sa part un abus de pouvoir de me priver d’un terrain qui n’a jamais été affecté officiellement à un autre service.

Daignez etc.


N° 22

Monseigneur 28 février 1882

J’ai l’honneur de vous informer que le conseil municipal, sous la pression de Monsieur le Maire, vient de prendre, dimanche dernier 26 février, encore une nouvelle délibération en vue de bâtir l’école dans le lot affecté au presbytère par décret du 6 octobre 1879.

Ce même décret affecte également un lot de mêmes dimensions et où se trouve déjà située l’école des garçons qui en occupe la moitié. Il reste l’autre moitié pour l’école des filles ; cette dernière partie a même été louée sans aucune autorisation.

Comme les membres du conseil qui viennent de signer cette nouvelle délibération, je tiens à l’observer, sont pour la plupart les mêmes qui avaient signé une délibération le 13 février 1879 à la suite de laquelle était intervenu le décret faisant la répartition des lots de la cure et des écoles.

Je vous prie Monseigneur d’user de toute votre influence pour que cette question soit résolue et que je ne continue pas à être privé, tant qu’il est légalement affecté à la cure, d’un terrain dont mes prédécesseurs avaient joui même avant le décret et dont j’ai été violemment et publiquement expulsé par l’autorité privée de Monsieur le Maire le 26 octobre dernier.

Daignez etc.



N° 23

Monsieur le Vicaire Général 21 juin 1881

Je viens d’apprendre que Monsieur le Maire d’ici à peu de jours va mettre en adjudi-cation le bâtiment des écoles de Lourmel. Ces écoles doivent être bâties sur l’emplacement réservé pour la construction de la cure par décret du 6 octobre 1879 et ce terrain a été défriché et possédé par mes prédécesseurs. On mettrait la cure et l’église dans le local actuel de l’école des garçons.

Le Maire se dit complètement d’accord en cela avec l’autorité diocésaine qui approuve cet échange.

Comme j’avais déjà réclamé à deux reprises sans recevoir de réponse catégorique, je vous prie de me faire savoir ce qu’il y a de vrai dans cette acceptation et si je dois continuer mes réclamations ou laisser faire l’autorité locale.

Veuillez agréer…….


N° 24

Evêché d’Oran

Monsieur le CEuré 24 juin 1882

Monsieur Martin est parti pour France et je ne sais pas où en est resté votre affaire. Je doute fort cependant que Monseigneur ait accepté les choses comme le prétend le Maire de Lourmel car j’ai écrit moi-même à la Préfecture en protestant contre les prétentions du Maire.

Il me paraîtrait assez étonnant qu’après avoir défendu les droits du presbytère de Lourmel, l’autorité diocésaine se soit cru obligée de céder.

Voyez si vous voulez écrire de nouveau.

Agréez….. signé Georgel




N° 25

Monseigneur 30 juin 1882

J’ai eu l’occasion de réclamer trois fois à Monsieur le Préfet par votre intermédiaire les 9 et 26 octobre 1881 et 28 février 1882, la mise en possession et jouissance paisible des divers lots de terrains affectés à la cure de Lourmel par décret du 6 octobre 1879.

Monsieur le Préfet, par lettre 2e bureau n° 211 en date du 12 janvier 1882, nous avait promis une solution après renseignements pris au service topographique et auprès de Monsieur le Maire de Lourmel. Cette solution, je l’attends encore. Je fais donc de nouveau une réclamation plus pressante pour l’exécution de ces décrets vu les deux motifs suivants.

1°) Non seulement Monsieur le Maire m’a dépouillé injustement pour en jouir lui-même jusqu’à ce jour du lot de terre de 16 ares affecté à la construction du presbytère et dont mes prédécesseurs avaient joui même avant le décret et après l’avoir défriché à leurs propres frais ; mais encore aujourd’hui Monsieur le Maire affirme de plus, et c’est la rumeur publique, que dans peu on construira dans ce lot les écoles pour lesquelles cependant un autre lot de 16 ares également a été spécialement affecté par le même décret du 6 octobre 1879 et que le plan est prêt à mettre en adjudication, l’autorité diocésaine ayant donné son consentement pour construire dans le lot de la cure, ce dont j’ai lieu de douter jusqu’à ce jour car je n’ai été informé ni d’une pareille entente, bien loin ……... du rapport du décret présidentiel affectant ce lot à la cure.

2°) En ce qui concerne le lot de culture n° 202 du plan cadastral et d’une superficie de 4 h. 17 a. 50 c., malgré l’occupation que j’ai prise du terrain par l’ensemencement de blé, le voisin Monsieur Ambert a continué d’empiéter de quelques ares, les limites ayant été dépassées par lui, et les délimitations faites il y a deux ans par le géomètre ne sont plus apparentes. De plus Monsieur le Maire, sans une permission, sans même m’en donner avis, a autorisé d’y couper les tiges de palmier et les broussailles jusque dans la partie ensemencée pour servir à la cuisson de la chaux destinée à la bâtisse de la mairie ; c’est un double dommage causé injustement à la cure. D’abord parce que la cure est ainsi privée d’un revenu qui n’appartient ni au voisin ni au Maire ni à aucun entrepreneur de travaux, mais bien à celui désigné par le décret pour en avoir la jouissance, c’est-à-dire la cure ; ensuite parce que le défrichement du terrain sera plus difficile et plus coûteux, le défricheur ne trouvant qu’une racine de palmier sans tige partant sans emploi exigera d’avantage pour son salaire.

Je crois que pour ces divers motifs je suis en droit de réclamer même judiciairement une indemnité, cependant je préfère pour la paix et la bonne harmonie en abandonner complète-ment la revendication, mais à la condition que je sois mis sans plus de retard en jouissance complète de ces divers terrains avec la délimitation précise donnée par le géomètre pour le grand lot de culture.

Veuillez je vous prie Monseigneur porter ma réclamation à Monsieur le Préfet et l’appuyer en demandant la prompte terminaison de cette affaire.

Daignez etc.




N° 26

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé Oran 13 juillet 1882

Veuillez prendre connaissance du présent dossier relatif aux lots de terrains destinés à l’église et au presbytère.

Monseigneur l’Evêque vous autorise à réunir votre conseil de fabrique pour qu’il donne son avis comme le demande Monsieur le Préfet, sur la question dont il s’agit dans ce dossier.

Vous nous retournerez toutes les pièces ci jointes en y ajoutant l’avis du conseil de fabrique.

Daignez agréer etc. signé Georgel




N° 27

Nota

La délibération du conseil municipal introduisant l’échange et la lettre de Monsieur le Préfet communicant cette délibération n’ont pas été conservées mais on en comprendra facilement la teneur par les pièces qui suivent.
N° 28

Monseigneur 22 juillet 1882

Le vingt-et-un juin je vous ai prévenu que Monsieur le Maire devait mettre sous peu en adjudication les bâtiments des écoles de Lourmel qui doivent se construire sur l’emplacement donné par décret pour le presbytère.

Le fait aujourd’hui est accompli, Monsieur le Maire a fait afficher cette adjudication à 4 heures ; elle sera faite le 20 août.

Ce n’est que demain cependant que le conseil de fabrique pourra se réunir. Il est certain que devant de telles affiches les conseillers ou ne se réuniront pas ou voteront selon le fait accompli.

Je ne puis comprendre à quoi sert la légalité si elle est ainsi foulée aux pieds ! Que le conseil vote ou ne vote pas, lundi je vous ferai tenir le dossier avec les avis que je crois raisonnables et que je dois proposer au conseil.

Daignez etc.




N° 29

Protestation et délibération du conseil de fabrique

23 juillet 1882

L’an mil huit cent quatre vingt deux, le vingt-trois juillet, le conseil de fabrique de la paroisse de Lourmel, assemblé au lieu ordinaire de ses séances, en suite de la convocation faite par Monsieur le curé le dix-neuf du présent mois, suivant autorisation épiscopale du 13 juillet.

Etaient présents Messieurs Godet, curé, Milhavet Jean, Diener Jacob, Verdeil Louis, Giwer Jean-Baptiste. Etaient absents sans motifs connus Messieurs Bouzeau, maire, Krike Jean, président.

Le conseil a élu à l’unanimité Milhavet Jean pour ….…. lequel a déclaré accepter.

Monsieur le Président donne lecture d’une lettre de Monseigneur l’Evêque en date du 13 juillet, autorisant la réunion extraordinaire du conseil de fabrique pour qu’il donne son avis conformément à la demande de Monsieur le Préfet sur la question d’autoriser la commune à changer pour les lots 75, 76, 77 l’affectation qui leur a été donnée par décret du 6 octobre 1879.

Le conseil de fabrique après sérieux examen de la question :

1°) Vu le décret du 6 octobre 1879 (art. 1-9) basé sur divers décrets et sur une délibération du conseil municipal de Lourmel 19 février 1879 (voir ci devant page 3 ce décret en entier).

2°) Vu les articles 537, 582, 599, du code civil.

Art 537 – Les particuliers ont la libre disposition des biens qui leur appartiennent sous les modifications établies par les lois. Les biens qui n’appartiennent pas à des particuliers sont administrés et ne peuvent être aliénés que dans les formes et suivant les règles qui leur sont particulières.

Art 582 – L’usufruitier a le droit de jouir de toute espèce de fruits, soit naturels soit industriels, soit civils, que peut produire l’objet dont il a l’usufruit.

Art 599 – Le propriétaire ne peut par son fait, ni de quelque manière que ce soit, nuire aux droits de l’usufruitier.

3°) Vu le rapport du conseiller d’état Portalis 3 …..… au XI (3 octobre 1802) … le Préfet d’Indre et Loire … demande, par une mesure générale, d’autoriser les Préfets à disposer des parties de presbytères qu’ils jugeront inutiles aux curés et desservants.

En accueillant la demande du Préfet d’Indre et Loire, on s’exposerait à des incon-vénients qu’il est facile de sentir.

Le principal et le premier objet de la loi est de loger convenablement et le mieux possible les curés et desservants. Ce but serait quelquefois manqué en laissant aux Préfets de juger arbitrairement ce qui est convenable aux curés.

4°) Vu la lettre du Ministre des cultes au Préfet de la Seine inférieure 7 février 1807.

…. Sa majesté a prescrit les mesures à prendre … elles étaient nécessaires pour régulariser et même pour arrêter celles que prenaient des maires et même des Préfets qui arbitrairement jugeaient trop étendus des presbytères qui n’étaient que suffisants, et s’en emparaient pour leur donner des destinations inconvenantes pour réduire les curés à des logements incommodes pour les soumettre à des dépendances gênantes.

En conséquence, je proposai et sa Majesté décida par décision du 4 …… au XI que partout où les presbytères seraient évidemment trop considérables pour le logement des curés, et où il serait possible d’employer les parties superflues à des objets d’utilité publique, les conseils municipaux le constateraient par une délibération, laquelle accompagnée d’un plan qui figurerait et le logement à laisser au curé et les dispositions à faire pour isoler ce logement et le rendre indépendant, serait adressée aux Préfets ; qu’ensuite cette délibération revêtue des avis des Evêques et des Préfets et suivie des pièces, me serait adressée.

5°) Vu la décision ministérielle du 27 juillet 1807.

La délibération par laquelle le conseil municipal demande la distraction de parties superflues du presbytère, doit être adressée au Ministre avec l’avis de la fabrique de l’Evêque et du Préfet. Elle doit être accompagnée d’un plan qui figure le logement à laisser au curé ou desservant, et la distribution à faire pour isoler ce logement. La distribution doit être faite de manière que la partie laissée au curé soit absolument indépendante.

6°) Vu le décret du 6 novembre 1813 tit.1 art.8

Sont défendus aux titulaires, et déclarés nuls, toutes aliénations, échanges, stipulations d’hypothèques, concessions de servitudes, et en général toutes dispositions opérant un changement dans la nature des dits biens, ou une diminution dans leurs produits, à moins que ces actes ne soient par nous autorisés en la forme accoutumée.

7°) Vu l’Ordonnance royale du 9 mars 1825 art.1

A l’avenir aucune distraction de parties superflues d’un presbytère pour un autre service ne pourra avoir lieu sans notre autorisation spéciale, notre conseil d’Etat entendu.

Toute demande à cet effet sera revêtue de l’avis de l’Evêque et du Préfet et accompagnée d’un plan qui figurera le logement à laisser au curé ou desservant et la distribution à faire pour isoler ce logement.

8°) Vu la loi du 3 mai 1841 sur les expropriations.

Il en résulte que l’utilité publique doit être constatée par décret impérial ou par arrêté du Préfet et que l’expropriation a lieu moyennant une juste compensation.

9°) Vu la circulaire ministérielle du 5 mai 1852.

Dans tous les cas, si l’autorité diocésaine s’oppose à la distraction demandée par la commune, vous n’êtes plus compétent pour statuer et vous devez me transmettre les pièces de l’affaire, comme par le passé, avec votre avis motivé en forme d’arrêté.

10°) Vu la lettre du ministre des cultes aux Préfets, 12 janvier 1882.

… Quant à la construction des presbytères, le chiffre maximum est de 12 à 15 000 francs dans les communes rurales et de 20 à 30 000 francs dans les petites villes.

Le presbytère est exclusivement affecté à l’usage personnel du curé ou desservant …

Il convient également pour les dépendances, cour, bûcher, jardin, etc. de s’en tenir aux besoins réels. En un mot, si tout dans cette habitation doit être suffisant et convenable, il faut en écarter ce qui serait inutile ou luxueux…

signé Paul Bert

11°) Vu la lettre de Monsieur le préfet à Monseigneur l’Evêque d’Oran

12 juin 1882
Considérant

1°) Que Monsieur le maire, avant même de traiter de cet échange dans les formes légales voulues, a, le 26 décembre 1881, de son autorité privée et malgré les réclamations faites par écrit, chassé par l’intermédiaire des deux gardes (français et indigènes) Monsieur Godet, curé, du lot n° 16, terrain défriché par un de ses prédécesseurs qui l’ont possédé paisiblement et affecté à la cure par décret présidentiel. Que de plus hier 22 à 4 heures avant la solution légale de cette question il a affiché l’adjudication des bâtiments à construire dans ce terrain et ce pour le 20 août.

2°) Que les lots 75 et 76 affectés par décret, l’un pour les écoles, l’autre pour le presbytère seul, offrent une superficie égale de 16 ares, que sur l’un existe déjà une école bâtie spécialement pour école par le génie militaire, la moitié de la superficie restant encore libre pour l’autre école… Que les lots 76, presbytère, et 77, église, demandés par la commune, ont ensemble une superficie de 20 ares. Que le lot 75 de 16 ares a été divisé en 3 parts n° 431 de 8 ares considéré comme superflue à la cure serait affecté à un lot de construction pour un médecin. N° 432 de 4 ares 40 cent. seul serait dans cet état d’exiguïté affecté ainsi à deux services l’église et le presbytère. N° 433 de 9 ares 60 également sensé superflu, réservé encore par la commune, mais contre les règles sans affectation spéciale désignée. Que la commune prend ainsi 20 ares contre 4 ares 40 seulement donnés dit-elle en compensation soit simplement l’équivalent du lot affecté à l’église pour tout y réunir, église et presbytère ; ce qui serait changer un vêtement complet pour une courte chemise ou dire que le pays ne veut pas et ne voudra jamais d’église.




N° 31

Monseigneur Lourmel 16 août 1882

Veuillez, je vous prie, me faire connaître si la pose des affiches par Monsieur le Maire de Lourmel pour la mise en adjudication des bâtiments des écoles à construire dans le terrain affecté par décret pour le presbytère peut avoir son effet le 20 courant. Monsieur le Maire de Lourmel se flatte que rien ne pourra l’arrêter.

Vous avez dû recevoir le 24 juillet la délibération motivée du conseil de fabrique. En a-t-il été tenu compte ? Où en est cette affaire ? Que faudra-t-il faire si la mise en adjudication a lieu à l’époque désignée ?

Lorsqu’on me parle de ces choses, j’évite de répondre formellement, mais il faut que je puisse savoir de quelle manière je dois agir le cas échéant.

Daignez etc.

N° 32

Monseigneur Lourmel 21 août 1882

Hier dimanche 20 août a eu lieu à 3 heures de l’après-midi dans la salle de la mairie, la mise en adjudication des écoles à construire dans le terrain affecté pour la cure par décret présidentiel du 6 octobre 1879.

Le décret n’ayant pas été rapporté, je proteste de nouveau, et ainsi que l’a déjà fait le conseil de fabrique dans sa séance extraordinaire du 23 juillet, contre une telle façon d’agir par laquelle on chasse sans droit le curé de son terrain lui donnant pour presbytère et église des locaux inadmissibles et réunis dans un espace de 4 ares au lieu de 20 ares que le décret précité affectait à ces deux services.

Je prie Votre Grandeur d’appuyer ma protestation auprès de l’autorité supérieure puisque nous pouvons porter l’affaire au Ministre.

Daignez etc.





N° 33

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 24 août 1882

Nous avons fait toutes les démarches possibles à la Préfecture pour le terrain du presbytère. Obtiendrons-nous quelque chose ? Je n’en sais rien. A l’époque actuelle nous avons le droit d’être molestés et de souffrir en silence.

Votre etc... . signé Georgel





N° 34

Mairie de Lourmel n° 57

Monsieur le Curé 28 août 1882

J’ai l’honneur de vous informer que Monsieur Valette, agent voyer de l’arrondissement, se rendra demain matin à Lourmel pour établir le projet de grosses réparations à exécuter en vue de la transformation en église et presbytère de l’école actuelle des garçons.

Je vous serai obligé de vouloir bien vous trouver à la mairie demain à 8 heures du matin pour donner les indications que vous jugerez convenables.

Agréez, Monsieur le Curé, l’assurance de mes sentiments très distingués.

Le Maire signé Bouzaud



N° 35

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 28 août 1882

Vous savez comment le Ministère tracasse le clergé, je ne crois pas que le ministère vous donnerait raison dans l’affaire du terrain. D’ailleurs attendons la réponse de la Préfecture.

Votre etc. signé Georgel





N° 36

Monseigneur 29 août 1882

Le dossier du terrain du presbytère est revenu à Lourmel. Monsieur le Maire m’a écrit hier pour me prier d’aller m’entendre avec lui et Monsieur Valette, agent voyer, pour les grosses réparations à faire lors de la transformation de l’école actuelle en église et presbytère. Je me suis rendu ce matin à son invitation. Après avoir de nouveau refusé son projet, je lui ai fait la proposition suivante :

Je cède le lot de l’église sur la place ; j’accepte l’échange des 16 ares du presbytère contre les 16 ares destinés primitivement aux écoles. L’église pourra être bâtie sur une partie de ces 16 ares et on me donnera pour presbytère le logement de l’instituteur et toute l’école que l’on divisera en 4 pièces. Monsieur le Maire a prié Monsieur l’agent voyer de faire le devis de cette transformation. L’église actuelle sera conservée encore un an ou deux jusqu’à ce que la nouvelle soit construite au moins en partie. J’ai proposé qu’on demande l’expro-priation du lot où se trouve l’église actuelle afin d’y loger ensuite le médecin de colonisation.

Monsieur le Maire doit proposer cette combinaison dimanche prochain au conseil municipal. Je crois que l’échange en ce sens est acceptable.

Daignez etc.





N° 37

Monseigneur 6 septembre 1882

Le conseil municipal dans sa séance le dimanche dernier 3 courant est revenu sur sa 1ère délibération relative au terrain affecté au presbytère ; mais le conseil de fabrique ni moi ne pouvons accepter la proposition du conseil car elle n’est pas conforme à l’entente qu’il y avait mardi 29 août entre Monsieur le Maire et moi.

Je vous prie d’en informer Monsieur le Préfet afin qu’aucun travail ne se fasse dans le terrain de la cure avant que l’entente soit complète entre la commune et la fabrique.

Daignez…





N° 38

Nouvelle protestation et délibération du conseil de fabrique

1 octobre 1882

L’an mil huit cent quatre vingt deux le 1er octobre le conseil de fabrique de la paroisse de Lourmel dûment convoqué se réuni au lieu ordinaire de ses séances.

Etaient présents Messieurs Godet, curé, Milhavet, Gisser, Verdeil ; étaient absents sans motifs connus Messieurs Bouzaud, Diener, Krike.

Le conseil élit à l’unanimité Président Monsieur Milhavet qui accepte.

Relativement à la question de la commune désirant bâtir ses écoles sur un terrain donné par décret à la cure de Lourmel, le conseil de fabrique considérant que :

1°) Dans sa séance du 9 juillet il a déjà refusé officiellement par délibération expresse de pratiquer un échange de terrain dans les conditions posées par la commune de Lourmel à cette époque.

2°) Le conseil municipal dans une séance du 6 septembre est revenu sur son premier vote pour le confirmer, vote qui ne nous a pas encore été notifié ; que Monsieur le Maire se dit maintenant (et sans que la fabrique ait été consultée à nouveau) autorisé à entreprendre des travaux sur un terrain qui n’a pu être encore désaffecté, soit d’un commun accord entre la commune et la fabrique, soit d’aucune autre manière régulière et légale.

3°) Qu’ainsi le terrain de 16 ares n° 76 ancien cadastre est encore et malgré tout par la force du décret du 6 octobre 1879 toujours affecté à la cure pour la construction du presbytère et que la commune, décret de concession 6 octobre 1879, art. 3, décret du 6 septembre 1813 tit. 1 art. 8, n’a aucun droit d’y construire tout autre bâtiment avant que ce terrain n’ait été ou échangé d’un commun accord entre la commune et la fabrique, ou distrait de sa première destination par un nouveau décret substitué au premier.

4°) Que le décret du 6 octobre 1879 affectant un terrain désigné (de 16 ares n° 76 ancien cadastre) à la cure de Lourmel ne peut être annulé par un simple arrêté préfectoral encore moins par le vote du conseil municipal ou les ordres d’un simple maire quelconque ; mais qu’en cas de dissentiment entre l’autorité civile et religieuse, le dossier de l’affaire, lettre du Ministre à Préfet Seine Inférieure 7 février 1807, décision ministérielle 27 juillet 1807, Ordonnance royale 3 mars 1829 art .1, circulaire ministérielle 5 mai 1892, doit, après avis de l’Evêque et du Préfet, être porté au ministère seul compétant en ce cas.

Le conseil de fabrique proteste de nouveau contre la spoliation dont Monsieur le curé a été victime depuis un an de la part de Monsieur Bouzaud, maire de Lourmel.

Il proteste contre tout acte attentatoire de construction sur les terres qui sont affectées au presbytère tant que ces terres lui resteront légalement affectées.

Il n’accordera son avis favorable sur l’échange de terrain, lettre du Ministre des cultes au Préfet Seine Inférieure 7 février 1807, décision ministérielle 27 juillet 1807, Ordonnance royale 3 mars 1829 art. 1, qu’après examen du dossier et surtout des plans du terrain et du local qu’en cas d’échange serait alors affecté au logement du curé. Le conseil tient absolu-ment à prendre connaissance de ces plans.

Le conseil déclare en outre qu’en cas de violation des droits de la cure, il poursuivra par tous les moyens en son pouvoir l’entrepreneur ou l’ordonnateur quelconque de travaux qui seraient exécutés sur le terrain de la cure et cela sans préjudice des poursuites que Monsieur le Curé est en droit de faire personnellement contre le sieur Bouzaud qui de son autorité privée, sans aucun arrêté régulier ou autre moyen légal, a violé les droits les plus légitimes de Monsieur le Curé, l’a dépossédé depuis un an illégalement avant toute entente préalable, des dommages intérêts étant dus à celui qui a subi des torts sans motif légitime et contre toutes les lois relatives aux propriétaires et usufruitiers.

Cette protestation sera envoyée à l’Evêché pour la Préfecture.

signé Milhavet, Gisser, Verdeil, M. Godet, curé.





N° 39

Monseigneur 1 octobre 1882

Les travaux de construction des écoles sur le terrain affecté à la cure par décret du 6 octobre 1879 doivent commencer demain ou après demain. Comme Monsieur le Maire se dit autorisé par la Préfecture, veuillez je vous prie hâter vos démarches pour empêcher des travaux avant que l’échange soit acceptable et accepté.

Veuillez me dire la conduite à tenir personnellement pour arrêter ces travaux.

Daignez etc.



N° 40

Evêché d’Oran

Monsieur le curé 4 octobre 1882

Je viens d’écrire à Monsieur le Préfet pour protester le plus énergiquement possible en votre sens. J’espère une réponse favorable pour notre cause.

Veuillez agréer… signé Martin p .ap. v.g



N° 41

Monseigneur 15 octobre 1882

Je ne sais encore si Monsieur le Préfet refuse de tenir compte de la seconde protestation du conseil de fabrique au sujet du terrain affecté à la construction du presbytère de Lourmel et que vous avez bien voulu transmettre à Monsieur le Préfet l’appuyant énergiquement.

Hier dimanche en séance du conseil municipal Monsieur le Maire a encore soutenu son projet qu’il tient à faire réussir. Il a de plus affirmé qu’envers et contre tous (je passe les autres expressions) il voulait exécuter et sans plus tarder les ordres reçus de commencer les travaux.

Le conseil de fabrique est plus que jamais disposé à soutenir ses droits même par un procès, et pour moi, bien qu’il me répugne d’en arriver là, je suis disposé également à agir en ce sens si votre Grandeur ne s’y oppose pas.

Si alors malgré tous nos efforts nous perdons, assurés que nous sommes de notre droit, nous aurons au moins la conscience d’avoir accompli tout notre devoir.

Veuillez, je vous prie, Monseigneur, me dire ce que je dois faire ainsi que les fabriciens, le jour où les travaux commencés nos droits auront été violés, nous nous conformerons à votre décision.

Daignez etc.


N° 42

Evêché d’Oran

Monsieur le curé 16 octobre 1882

J’ai vu Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture au sujet du terrain. Il est décidé qu’il écrira tout de suite à Monsieur le Maire de ne rien entreprendre sur le terrain réservé à la cure.

Veuillez agréer etc. signé Martin p. ap. v.g
N° 43

Monseigneur 19 octobre 1882

Une nouvelle séance du conseil municipal vient d’avoir lieu ce soir à 1 heure.

Monsieur le Maire a nié formellement d’avoir reçu de la Préfecture ordre de ne rien entreprendre sur le terrain réservé à la cure comme il devait le recevoir selon votre lettre du 16 courant.

Au début de la séance, il y avait le maire, deux arabes illettrés, un juif illettré et Messieurs Maillé et Milhavet. Ces deux derniers ont protesté contre le projet du maire. Monsieur Milhavet est fabricien, président du bureau des marguilliers. Il a exigé que sa protestation fût inscrite et à la suite Monsieur le Maire a fait mention que Monsieur Milhavet était propriétaire de la cure actuelle dont il retirait 500 francs et était ainsi intéressé contre le projet de la commune. Monsieur Milhavet consentant à ma proposition n’est pas intéressé le moins du monde dans son vote.

A peine ce vote est-il émis par 4 voix contre deux, surviennent un arabe illettré et un conseiller espagnol également illettré. Le maire veut les inscrire comme acceptant le projet et de la commune pour avoir deux voix de plus. Monsieur Milhavet prie le maire de lui laisser expliquer ses raisons aux nouveaux venus afin qu’ils sachent ce qu’ils vont voter. Le maire s’y refuse. Monsieur Milhavet proteste et demande l’inscription de sa nouvelle protestation, le maire défend de l’insérer et se tournant vers l’arabe, l’arabe répond COMME TOI. Monsieur Lopes dont l’habitude est invétérée répond : COMME M. LE MAIRE VOUDRA. On lui dit : mais vous ne savez pas ce qu’on vous demande ? MONSIEUR LE MAIRE SAIT ÇA !!! répond-il et le vote est enlevé. Le maire ajoute qu’il va bâtir de suite.

Je prie votre Grandeur de transmettre, si elle le juge à propos, ma nouvelle protestation et ma proposition à Monsieur le Préfet.

Daignez etc.

N° 44

Protestation de Monsieur Godet, curé,

à Monsieur le Préfet

suivie d’une proposition d’échange des terrains

Monsieur le Préfet 19 octobre 1882

Le conseil municipal de Lourmel vient de prendre encore aujourd’hui une nouvelle délibération, tendant toujours à désaffecter un terrain de 16 ares n° 76 ancien cadastre légalement donné par décret présidentiel du 6 octobre 1879, pour y construire la cure et ses dépendances. Le projet du conseil municipal est d’y bâtir des écoles pour lesquelles cependant le même décret précité avait affecté un lot d’égale valeur 16 ares n° 75 ancien cadastre formant les lots 431, 432, 433, du nouveau cadastre et sur lesquels existe déjà une véritable école bâtie à cet effet par le génie militaire.

Le conseil municipal, en demandant l’échange de ces terrains, s’inquiète peu de donner satisfaction à la justice.

1°) Il cède pour le presbytère le terrain de 16 ares des écoles avec réserve d’en reprendre une partie s’il le juge à propos. Or les terrains concédés à la commune par décret du 6 octobre 1879 le sont avec affectation spéciale et définitive et non pas changeable au gré de la commune seule. La fabrique intéressée dans l’échange ne peut en aucune façon accepter une telle condition sans manquer à son devoir de défendre les intérêts qui lui sont confiés par les lois qui régissent les fabriques.

2°) La commune affecterait au presbytère et à l’église des locaux exigus et de tous points défectueux. Le conseil de fabrique a protesté dans deux délibérations du 23 juillet et du 1er octobre envoyées à la Préfecture. Le logement du curé serait divisé en deux parties séparées par une cour publique et l’église qu’on placerait dans l’école ; or il est absolument interdit aux communes comme aux fabriques de créer des servitudes pour les presbytères comme pour les églises.

3°) L’église a un emplacement de 4 ares par décret, la commune se les approprie ; de plus, en voulant établir l’église dans l’école actuelle, elle donnerait une église trop exiguë pour plus de 500 âmes, non compris le surplus que donnerait le prochain agrandissement : elle serait (ceci est encore de tout point inacceptable) trop dépendante du presbytère par le terrain duquel il faudrait nécessairement passer.

4°) Aucune désaffectation semblable de terrains affectés spécialement par décret présidentiel ne peut se faire légalement et sans violer des droits que d’un commun accord par les intéressés la commune et la fabrique et approuvé par les autorités compétentes, Evêché et Préfecture. En cas de désaccord, aucune violation de droit conféré par un décret ne peut avoir lieu soit sous prétexte de délibération municipale, sous prétexte d’adjudication effectuée ou d’autorisation de commencer des travaux ; mais le dossier de l’affaire après avis de l’Evêque et du Préfet doit être transmis au gouvernement seul apte à juger le litige.

Pour avantager la commune tout en maintenant autant que possible les droits rigoureux que les lois confèrent aux fabriques, je crois pouvoir proposer tant en mon nom personnel qu’au nom de la fabrique de Lourmel l’échange de terrain dans les conditions suivantes.


N° 45

Proposition d’échange

Le lot 77 de 4 ares sur la place et affecté par décret de l’église, ayant plusieurs fois été réclamé par la commune pour la place publique afin de ne pas avoir la place divisée et de ne pas avoir les nouvelles constructions, mairie, justice de paix et écoles masquées, nous l’abandonnons à la commune, non seulement pour ces motifs, mais encore : 1°) Parce que l’église devant être placée près de la grande route et au sud serait trop envahie par une poussière très salissante que le vent du nord lui amènerait constamment. 2°) Etant sur la place du marché, il y aurait gêne et inconvenance à cause de la boucherie arabe. 3°) A cause des vols nombreux commis de nos jours, elle serait trop exposée dans son isolement.

Le lot 75 divisé aujourd’hui en trois parts n° 431, 432, 433 comprenant ensemble 16 ares affectés par décret aux écoles serait alors entièrement affecté pour le presbytère. Une église convenable pourrait être construite dans le n° 431. On pourrait se contenter de construire, pour le moment, une partie de l’église selon les revenus de la commune et les secours du Gouvernement et en prendre possession dès qu’il y aurait possibilité, afin d’exonérer la commune du loyer qu’elle paye pour l’église actuelle (la commune pourrait acheter à peu de frais à l’amiable ou par expropriation (2 à 2 000 fr.) le terrain de 8 ares où se trouve l’église actuelle et y établir le logement du médecin de colonisation).

Pour le presbytère, on prendrait le logement de l’instituteur. Les trois pièces, cuisine comprise, ayant chacune à peine 3 mètres soit en long soit en large, seraient divisées en deux pièces. L’école serait divisée en 4 pièces avec un couloir au milieu. La petite pièce à l’ouest, dite des archives, servirait de cuisine, en tout 7 pièces pour le presbytère. Les deux pièces très exiguës de la mairie et isolées seraient ou conservées pour entrepôt débarras écurie ou bien démolies et les matériaux serviraient à la construction d’un hangar et écurie à l’angle sud-ouest du lot, au chevet de la future église.

Les murs de séparation entre les n° 431, 432, 433 seraient abattus, les murs du nord et du midi seront prolongés aux deux extrémités du n° 431. Le portail d’entrée sera placé aux confins des n° 431, 432, sur la place de manière à être près de la nouvelle église qui sera construite au n° 431.

Si un plan conforme à ces données était présenté par l’architecte et accepté par le conseil municipal, le conseil de fabrique, sur le vu du plan auquel il tient et qu’il a droit de demander, et sur délibération conforme du conseil municipal, approuverait j’en suis certain l’échange et abandonnerait alors le lot 76 ancien cadastre pour y laisser construire les écoles.

Telle est, M. le Préfet, la solution que j’offre à la commune. Je vous prie de la lui présenter et je conclus en disant que si la commune a le droit de bâtir des écoles, elle peut le faire dans les terrains qui lui sont affectés pour cela, mais non sur des terres, dont elle est propriétaire il est vrai, mais qui lui sont données avec affectation spéciale très nettement désignée et qu’ainsi elle doit respecter les droits des usufruitiers spécialement désignés par décret, surtout le décret ayant été rendu au vu d’une délibération du conseil municipal du 13 février 1879 dont les deux tiers font partie du conseil actuel.

Aussi, comme avec la fabrique je dénie complètement tout droit d’usurpations, soit de la part de la commune, soit de la part de la Préfecture, sans le consentement de la fabrique, ou sans le rapport du décret du 6 octobre 1879, suis-je bien décidé selon les deux délibérations précitées du conseil de fabrique à poursuivre, après en avoir référé à l’Evêché, par toutes les voies en mon pouvoir, si on les violait de quelque manière que ce soit, les droits que le conseil de fabrique comme moi personnellement avons légitimement acquis sur les terrains concédés par décret présidentiel et déjà possédés par les curés même antérieurement au décret.

J’ose espérer cependant M. le Préfet que dans un intérêt commun de justice et de conciliation, vu surtout les offres que je fais à l’avantage de la commune, tous les droits seront respectés en un moment où plus que jamais il y a besoin d’être fidèle aux lois justes et légitimes et de respecter tous les droits acquis.

Daignez etc.

N° 46

Dépêche

Curé de Lourmel à Evêque Oran 23 octobre 1882

Mairie affirme pas reçu contre ordre décret du 6 décembre 1879 violé. Matériaux amenés par entrepreneur sur terrain presbytère pour y bâtir écoles. Donnez-moi vos ordres.

Godet.




N° 47

Monsieur le Préfet 23 octobre 1882

Le décret du 6 octobre 1879 constituant le domaine communal de Lourmel affecte à la cure divers terrains, terres de culture, de 4 h. 17 a. 50 c., lot de construction 16 ares, lot d’église 4 ares.

Une lettre de la Préfecture du 31 mai 1879, 1er bureau n° 8145 m’annonçait : dès que le décret de concession sera intervenu, il vous sera fait remise du terrain qui aura été spéciale-ment affecté au presbytère.

La gendarmerie, l’instituteur, l’institutrice sont en possession chacun de leur lot ; le presbytère seul ne l’est pas encore officiellement malgré diverses réclamations adressées à votre administration depuis un an.

Je vous prie instamment ou de me faire mettre en possession et de me faire connaître les limites conformes au plan donné et annexé au décret ou de m’indiquer si je dois m’adresser ailleurs.

Agréez etc.

N° 48

Dépêche mots 22 le 23 1882 8 h. du soir

Bureau de Lourmel n° 0668

expédiée à 8 h du soir

Evêque à Curé Lourmel

Le maire ne peut pas abroger un décret. Lettre préfecture va partir. Protestez contre usurpation de votre terrain.

La directrice signé Vve Dalancour



N° 49
Dépêche

Curé de Lourmel à Evêque Oran 25 octobre 1882

Nouveaux matériaux pierres de taille apportées sur chantier pour bâtir les écoles dans le terrain presbytère. Protestez à Préfecture.

Godet



N° 50

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé, 27 octobre 1882

Nous avons fait pour vous plus de six visites à la Préfecture. Nous avons écrit un plus grand nombre de fois, on nous a toujours promis d’arrêter votre maire. Que pouvons-nous faire de plus ? Nous n’avons pas de gendarmes à notre disposition.

Tout à vous, signé Monseigneur Etienne, Evêque d’Oran


N° 51

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé, 27 octobre 1882

Monsieur le Préfet fait savoir à Monseigneur qu’il a écrit à Monsieur le Maire de Lourmel pour lui défendre d’entreprendre, et à plus forte raison de continuer, les travaux sur le terrain réservé à la cure.

Par le même courrier Monsieur le Préfet a transmis le dossier à Monsieur le Gouverneur Général pour qu’il statut sur la demande du conseil municipal. Les observations de Monseigneur sont jointes au dossier.

Veuillez agréer, Monsieur le Curé etc. signé Martin p. ap. v.g.




N° 52

Dépêche 6 novembre 1882

Curé de Lourmel à Evêque Oran

Malgré interdictions des travaux on taille pierres sur terrain presbytère pour écoles.

Prévenez Préfecture.

Godet.


N° 53

Monseigneur 6 novembre 1882

Je viens compléter ma dépêche de ce matin. L’entrepreneur des écoles à bâtir sur le terrain de la cure veut mettre en œuvre de préparation prête à la pose tous les matériaux nécessaires à la construction des écoles afin de pouvoir, dit-il, hâter en peu de temps l’achè-vement de cette construction dès que la réponse de Monsieur le Gouverneur sera arrivée. Monsieur le Maire l’espère favorable à ses vues. Il répand dans le public que rien n’empêche de préparer les matériaux, qu’il n’y a qu’une simple formalité à remplir, et que d’ici à 10 ou 11 jours tout sera bien terminé cette fois.

Je crois, avec les membres de mon conseil de fabrique, qu’agir ainsi est préjuger indûment la question ou vouloir forcer la main à l’autorité par un fait presque accompli ou bien lancer la commune et l’entrepreneur dans des procès. En conséquence, il devrait être complètement sursis à toute espèce de travaux même préparatoires.

J’estime, avec le conseil de fabrique, que le décret du 6 octobre 1879 affectant le terrain au presbytère étant présidentiel, Monsieur le Gouverneur Général ne peut que donner un avis sans modifier le décret et que notre droit, si vous le jugez à propos, est encore d’en appeler au Ministre.

Daignez etc.




N° 54

Dépêche

Curé de Lourmel à Evêque Oran 13 septembre 1882

Terrain presbytère jalonné par entrepreneur pour y creuser de suite fondations des écoles. Si interdiction des travaux est levée par le Gouverneur Général, conseil de fabrique demande porter affaire au Ministre et nouvelle interdictions des travaux. Que faire.

Godet




N° 55

Monseigneur 13 novembre 1882

Relativement aux travaux qui se font actuellement, ayant été poursuivis toute la journée (il est 6 heures du soir) dans le terrain affecté par décret présidentiel du 6 octobre 1879 au presbytère, voici ce que je tiens de source certaine.

Monsieur le Maire a lui-même, dès hier, ordonné à l’entrepreneur de reprendre les travaux, aujourd’hui lundi. En effet, les fondations sont creusées en grande partie et l’entrepreneur annonce pour demain l’arrivée des matériaux et le commencement immédiat des fondations.

Monsieur le Maire a déclaré à quelques conseillers municipaux que ce qu’il commandait, il le faisait en toute connaissance de cause car Monsieur Etienne, le député, lui aurait promis, conformément à la demande de la commune, la réussite très prochaine d’un décret favorable à ses projets et qui alors couvrirait complètement tout que ses contradicteurs pourraient prétendre être irrégulier.

Commencer ainsi les travaux avant la concession d’un nouveau décret est plus qu’irrégulier ; c’est la violation formelle d’un droit encore indiscutable. Cependant, si le décret doit être rendu prochainement, comme Monsieur le Maire l’affirme, lutter contre les travaux dans ce terrain devient illusoire, il n’y a plus qu’à porter nous-même en contrepartie l’affaire au Ministre quelque soit le mauvais résultat inéluctable de cette démarche puis enfin au Conseil d’Etat si vous le voulez.

Que cette affaire d’échange soit perdue, il nous reste toujours à protester contre les locaux à affecter dans la suite au presbytère et à l’église. Tels que le conseil municipal les approuve ils ne sont pas admissibles, j’en ai donné différentes fois les raisons.

Vu la nouvelle situation de cette affaire qui peut ainsi changer de face par un nouveau décret, veuillez je vous prie, tant pour le conseil de fabrique que pour moi, nous assister de vos conseils.

Le Président du conseil de fabrique veut que j’informe par voie télégraphique le Ministre de la violation du décret de 1879. Je crois plus sage d’attendre votre avis au moins jusqu’à demain après connaissance de cette lettre.

Daigniez etc.




N° 56

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 14 septembre 1882

Je sors de la Préfecture. Monsieur le Secrétaire général est étonné de la conduite de Monsieur le Maire puisqu’il lui avait été ordonné d’attendre la décision de Monsieur le Gouverneur avant de commencer les travaux. Monsieur Garaby a gardé votre dernière lettre pour écrire de nouveau à Monsieur le Maire et lui signifier d’arrêter tout travail et le blâmer.

On ne peut rien obtenir de plus.

Veuillez agréer etc. signé Martin p. ap. v.g.




N° 57

Dépêche

Curé Lourmel à Préfet Oran 16 novembre 1882

Matériaux apportés, travaux continués pour écoles encore ce matin dans terrain presbytère. Le maire est à Lourmel, je proteste.

Godet


N° 58
Dépêche

Curé Lourmel à Evêque Oran 16 novembre 1882

Travaux pas encore arrêtés. Maire est ici, se moque du Préfet.

Godet




N° 59

Monsieur le Préfet 16 novembre 1882

Plusieurs fois tout le conseil de fabrique ainsi que moi nous avons protesté contre la construction des écoles dans un terrain qui est encore affecté par décret présidentiel du 6 octobre 1879. Tout de notre part a été inutile. Votre administration, après avoir ordonné l’exécution des travaux, ne se trouve plus assez forte pour les arrêter malgré différentes lettres de Monseigneur l’Evêque d’Oran m’annonçant que vous feriez interrompre ces travaux commencés, en attendant au moins la réponse de Monsieur le Gouverneur à qui le dossier a été transmis.

Une dernière lettre de Monseigneur en date du 14 courant m’affirme de la manière la plus formelle que vous alliez de nouveau écrire à Monsieur le Maire et lui signifier d’arrêter tout travail et le blâmer.

Je ne sais si vous l’avez fait. J’ai cru devoir ce matin vous envoyer une dépêche officielle. Il est nuit et rien n’a changé, malgré cela Caron a continué les travaux jusqu’à maintenant.

Le maire affiche ostensiblement son mépris pour vos ordres et pour mes droits et déclare préférer les ordres de Monsieur le député Etienne et vouloir les suivre.

Je ne puis, Monsieur le Préfet, laisser passer une telle violation du droit sans protester énergiquement de toutes mes forces contre de tels faits si illégaux et si inqualifiables.

Daignez etc.




N° 60

Monseigneur 16 novembre 1882

Il est 6 heures du soir. J’ai reçu hier matin votre lettre du 14 m’annonçant votre visite à la Préfecture et une lettre de Monsieur le Secrétaire Général pour signifier à Monsieur le Maire d’arrêter tout travail et le blâmer.

Monsieur le Maire n’étant pas hier à Lourmel j’ai pris patience, tout en faisant avertir l’entrepreneur des ordres que Monsieur le Maire devait recevoir.

Monsieur le Maire est rentré dans la nuit, les travaux ont repris ce matin, on a amené de la chaux et creusé encore les fondations, Monsieur le Maire était chez lui.

A 9 heures en vous envoyant une dépêche, j’ai envoyé aussi en même temps la dépêche suivante à la Préfecture (voir plus haut) n° 57.

Ce soir, les travaux ayant repris j’ai fait demander par Monsieur le Président du Bureau à Monsieur l’entrepreneur s’il n’avait pas reçu ordre d’interrompre les travaux. Monsieur l’entrepreneur lui a répondu simplement qu’il suivait les ordres donnés par Monsieur le Maire d’exécuter les travaux et qu’il n’avait dès lors rien à interrompre et les travaux ont été ainsi continués toute la journée, Monsieur le Maire étant resté tout le jour ici et très ostensiblement.

Si je ne puis croire au silence et au laisser-faire de la Préfecture d’après votre lettre si formelle, je ne puis néanmoins comprendre qu’une administration, parfois si forte, le soit si peu à l’égard d’un maire dont tant d’actes privés ou publics sont entachés d’illégalité pour ne rien dire de plus (m’étendre à ce sujet ferait croire à une hostilité que je n’ai pas).

Monsieur le Maire suit en cette affaire, je le répète, les ordres ou conseils de Monsieur Etienne qui lui a écrit à ce sujet. Il est soutenu dit-il dans ses actes, il les prend sous sa responsabilité et il attend un décret du gouvernement. D’ailleurs je vous l’ai annoncé plusieurs fois dans mes lettres, Monsieur le Maire a déclaré bien haut, à diverses reprises, que rien ne l’arrêterait et qu’il construirait malgré tout. C’est bien ce qu’il fait aujourd’hui en dépit de l’autorité dont il relève : rien ne l’arrête !

Je suis honteux et confus de vous avoir mis si souvent en alerte pour cette affaire à laquelle nous ne réussissons pas plus que pour me faire mettre en possession des autres terrains de la cure que je réclame depuis 9 ans à la Préfecture, mais comme le conseil de fabrique veut ou pousser l’affaire ou démissionner (moins le maire et un autre), ce qui en ce cas serait extrêmement fâcheux, car je regarde vu cette question comme à peu près impossible de pouvoir reconstituer un conseil, je vous prie de nous dire s’il faut continuer de protester ou si vous voulez décharger complètement la fabrique de cette affaire. Peut-être alors les fabriciens accepteront-ils de rester.

Agréez etc.


N° 61

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 17 novembre 1882

Monseigneur ne veut plus que vous lui envoyez ainsi de dépêches, parce qu’elles sont inutiles. On ne peut rien faire de plus que nous avons fait.

Veuillez agréer… signé Martin p. ap. v.g.




N° 62
Dépêche

Curé de Lourmel à Préfet Oran 18 novembre 1882

Maire et entrepreneur sont ici, continuent travaux. Préfecture consent-elle à violation du décret ou n’a-t-elle pas moyen d’empêcher.

Godet.





N° 63

Monseigneur 21 novembre 1882

Je crois devoir encore vous faire part d’un nouveau renseignement mais c’est pour la dernière fois car nous sommes joués sans aucun doute.

Les travaux, malgré les lettres et dépêches plus ou moins vives en apparence envoyées par la Préfecture à Monsieur le Maire de Lourmel, loin de s’arrêter redoublent au contraire car on a augmenté le nombre des ouvriers.

Depuis plus de 15 jours, il circulait un bruit vague que Monsieur le Maire était soutenu non seulement par Monsieur le Député mais encore en sous-mains par la Préfecture : je n’ai pas voulu croire tout d’abord à une pareille appréciation des faits qui se passaient et je l’ai repoussée comme impossible et indigne de l’administration.

Cependant en réfléchissant à toute la marche de cette question, dès le début jusqu’à ce jour, je suis bien près d’y croire ou tout au moins d’adoucir mes doutes.

En effet après nos protestations et malgré elles, le conseil de fabrique n’a été appelé à donner son avis du 23 juillet qu’après autorisation de la mise en adjudication dont les affiches étaient posées la veille même, 22 juillet. Le 20 août l’adjudication avait lieu, en septembre l’autorisation de commencer les travaux était donnée et alors ce n’est qu’après cette autorisation et bien des démarches pressantes que l’affaire a été portée à Monsieur le Gouverneur. La Préfecture avait souvent promis d’arrêter les travaux ; mais on ne l’a fait qu’après des demandes multipliées, le plus tard possible et encore. La Préfecture, qui suspend et révoque pour de moindres faits des maires en d’autres circonstances, laisse ici absolument faire avec la plus parfaite impunité une violation patente d’un décret qui n’est pas encore abrogé, une fois les travaux ainsi poursuivis, la Préfecture, conjointement au maire, déclarera que les travaux exécutés ne permettent plus d’obérer la commune en arrêtant ou démolissant les travaux, et tout sera dit.

En présence de ces faits, je puis il me semble ajouter foi aujourd’hui à ce bruit que je croyais une calomnie et dire : si la Préfecture laisse agir Monsieur le Maire c’est qu’elle y consent et approuve au moins tacitement sa façon d’agir et qu’elle saura défendre dans la suite en temps opportun.

J’ai cru pour la dernière fois Monseigneur devoir vous faire part de mes impressions et vous déclarer que pour ce qui est de moi j’abandonne complètement à sa destinée la défense d’un droit que j’avais regardé comme très légitime.

J’abandonne également devant une telle incertitude de ce qui sera réservé pour église et pour cure, le projet que j’avais formé pour aider la commune à construire son église, projet qui à ma grande satisfaction me paraissait entrer en bonne voie.

Daignez etc.


N° 64

Changement de Maire, Monsieur Alloun

Monseigneur 2 janvier 1883

En vous envoyant la gabelle, j’ai l’honneur de vous informer que Monsieur le Maire de Lourmel a donné sa démission qui aurait été acceptée à la Préfecture le 31 décembre dernier. C’est Monsieur l’adjoint, un israélite, qui le remplace comme maire.

J’ai cru devoir vous informer de ce changement afin que vous puissiez juger, s’il est à propos, que vous fassiez en cette circonstance de nouvelles réclamations à la Préfecture au sujet du terrain du presbytère dans lequel les travaux pour les fondations des écoles ont été continués sous l’administration de l’ancien maire.

Daignez etc.



N° 65

Dégâts de récolte

Monseigneur 10 mai 1883

Dans la journée d’hier, mercredi 9 mai, Monsieur Savourin, fermier du terrain de la cure 4 h. 17 a. 50 c. donné par décret du 6 octobre 1879, a surpris un troupeau dans le blé en épis dudit terrain, le garde champêtre, ayant constaté le fait que le délinquant gardien du troupeau n’a pas nié, allait dresser procès-verbal lorsque le maire, Monsieur Alloun, le lui a défendu disant que le curé n’avait pas le droit d’occuper le terrain en question et que dès lors aucun tort ne m’était fait, le terrain étant à la commune.

Monsieur Savourin a été trouver ensuite Monsieur le Juge de paix qui lui a répondu que ce n’était pas de sa compétence, cette affaire étant mêlée à une question administrative.

Je vous prie, Monseigneur, si vous le jugez à propos, de transmettre ma plainte à la Préfecture et je base mon droit :

1°) Sur une lettre préfectorale du 31 mai 1879 (voir plus haut) annonçant ceci : dès que le décret de concession sera rendu, il vous sera fait remise du terrain qui aura été spécialement affecté au presbytère.

2°) Sur le texte du décret qui m’a été donné en communication par la mairie en janvier 1880 et qui a été enregistré par le conseil de fabrique dans son livre des séances en date du 8 janvier 1882 sur une copie livrée par la mairie. Le texte renferme cette clause formelle : art. 3 : la commune de Lourmel est tenue d’assurer et de laisser aux dits immeubles la destination en vue de laquelle ils lui sont concédés.

3°) Sur la jouissance de ce terrain depuis 1881 et dans lequel j’ai déjà fait des récoltes.

4°) Sur les dépenses faites pour labours et ensemencements de la récolte actuelle et pendante.

5°) Sur l’état déjà avancé de la récolte qui est sur le point de mûrir et qu’on ne peut enlever ainsi au détriment de celui qui en a supporté tous les frais.

Le droit que je revendique au nom de la cure est donc double : 1°) la jouissance paisible du dit terrain, 2°) la jouissance entière de la récolte.

Daignez etc.




N° 66
Défrichement

Monsieur le Maire Lucot 30 juillet 1883

Un décret du 6 octobre 1879 donne à la commune différents lots de terrains dont quelques-uns avec une affectation spécialement réservée, parmi lesquels deux lots de culture, pour les écoles le n° 16 du décret n° 2024 du plan cadastral 7 h. 80 c., et pour la cure le n° 19 du décret n°2025 du plan cadastral 4 h. 17 a. 50 c.

Ces terres sont encore couvertes de palmiers et à peu près improductives. Seul le lot affecté à la cure est en partie cultivé depuis plusieurs années, et encore cela au milieu des palmiers.

Les terrains qui les avoisinent étant pour la plus grande partie défrichés et devant l’être complètement sous peu, les lots affectés à la cure et aux écoles feront alors tache au milieu des cultures. N’est-il pas dans l’intérêt général, et pour l’exemple de la colonie, qu’ils soient défrichés et mis ensuite en culture par les intéressés.

La commune, en tant que nue-propriétaire, a certains avantages à voir propres ces terrains à proximité du village ; les usufruitiers ne demandent également de leur côté qu’à en retirer des produits ; mais ils sont arrêtés pour plusieurs raisons.

1°) Le prix du défrichement, dépense assez forte et qui recule de plusieurs années la jouissance effective.

2°) L’instabilité du poste dont le titulaire peut être appelé du jour au lendemain à une autre destination. Qui tient en effet à faire des frais dont les bénéfices seront pour un autre ?

3°) Les difficultés qu’on peut rencontrer avec ses successeurs pour rentrer dans une partie au moins des frais de défrichement lorsqu’on n’a pas eu le temps de couvrir soi-même ses frais par un produit équivalent.

Or, il y a un moyen facile de remédier à ces inconvénients et de favoriser la culture de ces terres sans aucune perte pour personne, chacun y trouvant un bénéfice tout en supportant, par une répartitions fixe et d’une assez longue durée, les frais nécessaires de défrichement.

Il pourrait être passé un accord entre

1° la commune, d’une part,

2° la cure, l’instituteur, l’institutrice, d’autre part.

La commune s’engagerait à faire défricher à bref délai à ses frais les divers lots en question, ce qui lui reviendrait à environ 2 000 fr. Elle les entourerait chacun d’une haie vive ou au moins de fossés suffisamment marqués pour les délimiter conformément au plan annexé au décret précité.

Les titulaires actuels de la cure et des écoles, usufruitiers de ces terrains ainsi mis en état de culture par la commune, s’engageraient, tant en leur nom personnel qu’au nom de leurs successeurs, à rembourser le montant des frais de défrichement en 15, 20 ou 30 annuités, intérêts et amortissement compris (le nombre d’annuités comme le taux de l’intérêt et de l’amortissement seraient fixés d’un commun accord).

Chacun des titulaires payerait la rente et l’amortissement au prorata et de la superficie du terrain qui lui est affecté par décret et des frais effectués dans le dit terrain.

L’annuité serait versée chaque année à la caisse du receveur municipal après la récolte et sur le produit de cette récolte.

Chaque titulaire serait responsable à cette époque, quitte à lui de se faire rembourser par son successeur ou son prédécesseur les douzièmes ou autres parties du total annuel qui ne lui incomberaient point.

Veuillez, je vous prie, Monsieur le Maire, examiner si ce projet serait réalisable et si, après avoir pris avis des parties intéressées et de la Préfecture, vous voulez y donner suite. Je suis à votre disposition pour vous donner, ainsi qu’aux autres intéressés, s’ils adhèrent à ce projet, des explications plus détaillées.

Agréez etc.



N° 67

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 10 août 1883

Je vous communique un dossier que je viens de recevoir de la Préfecture, vous priant de me donner votre avis sur les propositions qui m’y sont faites et celui de votre fabrique que je vous autorise à réunir à cet effet dimanche prochain 12 courant.

1°) Le n° 432 est-il bien d’une contenance de 400 mètres carrés et le n° 431 de 800 ?

2°) Quels sont les propriétaires des n° 430 et 433 ?

Pour peu que les offres de la commune soient acceptables, il convient de ne pas y faire opposition.

Veuillez encore me dire quelle est la contenance du n° 428 qui avait d’abord été donné à l’église.

Agréez Monsieur le Curé etc. signé le Sec. Gén. Bétemps




N° 68

Préfecture d’Oran 2e Bureau

Monsieur l’Evêque 8 août 1883

Dans sa délibération du 17 juin dernier, dont je vous adresse ci-joint un extrait en communication, le conseil municipal de Lourmel, revenant sur ses décisions précédentes, propose d’abandonner la parcelle n° 431 faisant partie du lot 75 pour la construction d’une église à la condition toutefois que le 77, composé uniquement de la parcelle 428 qui a été concédée pour le même objet, continuerait à servir de place publique.

En d’autres termes, la commune, qui a fait construire une école sur la parcelle 441 cadastrale formant le lot 76 qui avait été concédé pour le presbytère, donne en échange la parcelle 432 faisant partie du lot 75 et propose d’affecter une autre partie du dit lot, c'est-à-dire la parcelle 431, à la construction de l’église en échange de la parcelle 428 concédée pour cet objet.

Je vous serai reconnaissant, Monsieur l’Evêque, de vouloir bien me faire connaître les observations que vous auriez à formuler à ce sujet.

Pour vous permettre de vous rendre compte de la situation exacte de ces divers emplacements, je vous adresse ci-joint un extrait du plan du village de Lourmel que je vous serai obligé de vouloir bien me renvoyer dès que vous en aurez pris connaissance.

Agréez Monsieur l’Evêque etc. pour le Préfet, signé Garoby




N° 69

Mairie de Lourmel

Extrait des délibérations du Conseil Municipal 17 juin 1883

Lucot Edouard, maire, convocation 14 juin suivant autorisation préfectorale du 4 juin 1883 n° 561.

Présents Lucot, Alloum Eliaou, Maillé, Milhavet, Schmidt, Cambillau, Hamed Bourouba, Ben Aouda Bel Arbi, Miloud Ben Chenafi, Lopes Jean, Argence, adjoint d’Er Bahe, Crabanat.

Cambillau élu secrétaire.

A la suite du vote du conseil qui décide à la majorité de 9 voix contre 3 que le secrétaire de la mairie assistera aux séances du conseil, les sieurs Schmidt, Crabanat et Alloum se retirent de l’assemblée.

Le Président expose au conseil les difficultés qui se présentent au sujet du changement d’affectation du lot sur lequel on construit les écoles et qui était réservé pour le presbytère.

Le conseil, après en avoir délibéré, revient sur ses premières décisions. Il décide que l’école actuelle des garçons sera transformée entièrement pour le logement du curé au moyen de la somme de 3 800 fr. dont dispose la commune. Le conseil cède également au service du culte le lot 431 (n° 75) contigu à Monsieur Milhavet pour y construire plus tard l’église lorsque la commune aura obtenu une subvention de l’Etat. La commune continuera par suite à payer le loyer de l’église actuelle.

Le conseil décide en outre qu’en raison de l’abandon du lot portant le n° 431 (n° 75) (plan cadastral) l’église ne se construira jamais sur le lot 77 (plan topographique) situé sur la place du village et concédé pour l’église par décret de 1879.

Fait et délibéré etc. Le maire signé Lucot.



N° 70

Monseigneur 12 août 1883

J’ai l’honneur de vous transmettre la délibération de ce jour par laquelle la fabrique demande qu’en échange des lots 77 (428 de 4 ares) et 76 (441 de 16 ares) en tout 20 ares qu’elle cède, on lui donne entièrement pour la cure les parcelles 431, 432, 433 formant l’ensemble du lot 75 de 16 ares concédé pour les écoles.

On prendra dans le lot 431 tout l’espace nécessaire pour y construire l’église. L’école et le logement de l’instituteur n° 432 seront entièrement affectés au presbytère. L’ancienne mairie serait démolie pour être transformée plus au fond en dépendances nécessaires.

Je demande cette démolition car on pourrait continuer d’y loger le garde-champêtre : or deux fenêtres et une porte donnent sur la cour intérieure : ce serait une servitude très gênante et comme il n’y a pas d’écurie ni de débarras, c’est un moyen et un prétexte pour remédier à ces inconvénients que je propose ici.

La fabrique demande comme faisant partie du lot 75 la parcelle 433 cour et jardin de l’école avec même destination pour le presbytère. Ce petit terrain, dont le conseil municipal ne parle pas, est indispensable car le presbytère n’aurait au midi qu’une petite cour de 4 à 5 mètres de large qui deviendrait étouffante si la municipalité élevait par la suite quelque construction dans ce lot qu’elle semble se réserver et qui nuirait à l’indépendance du presbytère. Monsieur le Maire, présent à la réunion de fabrique, a adhéré complètement à ces propositions même en ce qui concerne la parcelle 433 ajoutant que le conseil municipal n’avait pas remarqué cette division et qu’on n’avait pas été dans l’intention de distraire des 16 ares cette petite parcelle.

Je pense qu’en priant Monsieur le Préfet de soumettre de nouveau cette délibération au conseil municipal tout sera terminé d’un commun accord.

Daignez etc.




N° 71

Conseil de fabrique Ratification d’échange 12 août 1883

L’an mil huit cent quatre vingt trois le douze du mois d’août, le conseil de fabrique de la paroisse de Lourmel s’est assemblé au presbytère en suite de la convocation individuelle faite par Monsieur le Curé le onze courant suivant autorisation épiscopale du dix août.

Etaient présents Messieurs Krike Jean, Président, Godet Marie Alexandre, curé, Lucot Edouard, maire, Milhavet Jean, président du bureau, Diener Jacob, trésorier, Verdeil Louis.

Etait absent sans motif connu Monsieur Giver Jean-Baptiste.

Monsieur le Curé lit au conseil la délibération du conseil municipal en date du 17 juin relativement à l’échange de lots affectés à des services déterminés par décret du 6 octobre 1879, décret concédant pour le service du culte les lots 77 (428) 4 ares et 76 (441) 16 ares, total 20 ares, et pour les écoles le lot 75 (n° 431, 432, 433) ensemble 16 ares.



Le conseil de fabrique désireux d’être agréable au conseil municipal et vu sa demande :




N° 72

Conditions stipulées

1°) Abandonne à la commune le lot 77 (428 de 4 ares) pour qu’il reste affecté à la place publique.

2°) Echange le lot 76 de la cure (441) contre le lot complet 75 des écoles (431, 432, 433) les lots 75 et 76 étant et devant rester après échange de 16 ares chacun dans leur ensemble respectif.

3°) On pourra, l’échange une fois ratifié, continuer la construction des écoles dans le lot 76 (441). Sur ce qui concerne le lot 75 donné alors complètement en retour à la cure et comprenant les n° 431, 8 ares ; 432, 4 ares 40 c. ; 433, 3 ares 60 c. ; soit 16 ares : l’école et le logement de l’instituteur n° 432 seraient affectés entièrement au logement du curé au moyen de la somme de 3 800 fr. dont dispose la commune ; le n° 433 servant actuellement de cour et de parterre à l’instituteur aurait la même destination pour le curé et on prendrait dans le lot 431 tout le terrain nécessaire pour y construire l’église quand le temps de la construire viendra, tout le surplus restant affecté au presbytère. L’ancienne mairie aux confins nord-ouest du n° 432, bâtisse peu solide et inutile, serait démolie et les matériaux serviraient à la construction d’un hangar de décharge et d’une écurie au fond du n° 431 dans l’espace qui ne serait pas affecté à l’église projetée.

La fabrique cède ainsi les 16 ares du lot 76 (n° 441) contre les 16 ares du lot 75 complet (n° 431, 432, 433) et abandonne les 4 ares du lot 77 (n° 428) pour la place, soit 20 ares qu’elle donne en échange de 16 ares seulement.

Ce terrain ainsi échangé et livré tout entier au service du culte (église et presbytère) serait confirmé au nord et au levant par la place et une rue, au midi par Monsieur Chollet, propriétaire des n° 436, 437, au couchant par Monsieur Milhavet propriétaire du n° 430 où se trouve la cure actuelle.

Fait et délibéré et accepté à l’unanimité des membres présents et signé en double expédition.

Signé au registre : J. Milhavet, Krike, Jacob Diener, Verdeil, Lucot, M. Godet, curé.




N° 73

Mairie de Lourmel n° 402

Monsieur le Curé 7 juin 1884

Veuillez je vous prie m’adresser un croquis indiquant les dispositions que vous désirez voir adopter pour le presbytère et les explications utiles qui puissent me permettre de demander à Monsieur l’architecte le projet de transformation de l’école des garçons en presbytère et le plan de l’église.

Agréez etc. signé Maillé, maire



N° 74

Monsieur le Maire 7 juin 1884

En réponse à votre officielle de ce jour n° 402, j’ai l’honneur de vous faire parvenir un croquis approximatif et les explications utiles pour le projet de transformation de l’école des garçons en presbytère, renvoyant à une autre occasion ce qui concerne le plan de l’église.

Le presbytère se composerait de 7 pièces ainsi réparties. Un corridor de 1,50 de large divisant le bâtiment principal dans sa longueur, débouchant d’un côté par une porte à percer sur la rue et surmontée d’une croix en moulure au ciment, ou autrement, désignant l’entrée du presbytère et de l’autre par une double porte à percer, l’une donnant sur la cuisine, l’autre sur la cour.

Trois chambres au nord, trois au midi ayant chacune leur porte sur le corridor ; les deux pièces de chaque côté à l’est pourraient être percées d’une fenêtre sur la rue, les quatre autres pièces plus grandes auraient chacune deux ouvertures sur les cour et jardin, l’une serait une fenêtre, l’autre une porte vitrée. Les pièces contiguës auraient entre elles une porte de communication.

La pièce adossée au bâtiment principal à l’ouest servira de cuisine avec fourneau, petit four, évier, une cloison légère pourrait fermer une petite dépense, porte au nord et au midi, celle-ci avec vitrage. Des persiennes seront placées à chaque ouverture vitrée et des cheminées à chaque chambre.

La fontaine avec réservoir, rinçoir, lavoir, sera adossée à la cuisine au midi ou contre le mur du jardin.

La fosse d’aisances, de trop grande dimension, pourrait facilement être transformée en cave ; les cabinet seraient alors transportés ailleurs.

L’ancienne mairie ainsi que les murs de séparation intérieures des parcelles 431, 432 et 433 seront abattus totalement si ce n’est le mur qui sépare au midi la cure du jardin qui ne le serait qu’à la hauteur d’appui, soit environ 1 mètre du sol. Les matériaux serviront à compléter ce qui manquerait au presbytère puis à construire un hangar plus ou moins grand à l’angle sud-ouest et le prolongement des murs du midi et du nord sauf une entrée pour donner accès à la nouvelle église. Le reste des matériaux servirait directement à la construction de l’église ou serait vendu aux enchères pour en affecter le produit à cette construction.

Un portail avec petite porte encastrée dans la porte cochère sera établi sur l’emplacement de l’ancienne mairie entre la cure et l’église. La porte de la cour du nord sur la rue sera close. On pourra laisser celle de la rue au midi ou encore la fermer aussi.

Telles sont les principales explications que je puis fournir dès aujourd’hui pour aider à la transformation de l’école en presbytère quitte à les modifier selon qu’il y en aura besoin.

Daignez etc.



N° 75

Monsieur l’architecte 22 juin 1884

J’apprends officieusement que Monsieur Valette, ayant voyer chargé jusqu’à ce jour des édifices de la commune de Lourmel, ne voulait pas s’occuper des travaux à entreprendre pour changer l’ancienne école en presbytère et construire une nouvelle église. S’il en était réellement ainsi, voudriez-vous vous charger vous-même de ces travaux. Veuillez je vous prie me le faire savoir dans le plus bref délai pour que je puisse proposer à Monsieur le Maire de vous écrire officiellement.

Veuillez je vous prie agréer etc.



N° 76

Architecte

Monsieur le Curé de Lourmel Oran 24 juin 1884

J’ai l’honneur de vous accuser réception de notre honorée du 22 et de vous donner l’assurance que je suis entièrement à votre disposition si vous pensez que mon Ministère puisse vous être utile.

Je ne voudrais cependant pas marcher sur des droits acquis et je m’en rapporte complètement à vous pour que Monsieur le Maire m’écrive officiellement sans léser les intérêts de personne.

Veuillez agréer signé Meister




N° 77

Monsieur l’architecte 27 juin 1884

Monsieur le Maire de Lourmel, après en avoir délibéré avec la municipalité hier, vient de m’informer qu’il allait aujourd’hui même vous écrire officiellement pour vous prier de vous charger des travaux de la cure et de l’église, vous recevrez donc je pense sa lettre en même temps que la mienne.

Je crois qu’il sera nécessaire que vous veniez à Lourmel pour voir sur place l’état actuel des lieux et les modifications qui peuvent être apportées au local de l’école pour en faire le presbytère et connaître l’emplacement réservé à l’église. J’avais fourni à Monsieur le Maire quelques indications pour les deux projets, si vous les croyez utiles je vous les communiquerais.

Auriez-vous des plans d’église déjà préparés, ou roman du 12e siècle ou ogival du 19e, et serait-il indiscret de vous demander à les voir pour choisir le genre avant de vous mettre à l’œuvre pour le plan définitif.

Recevez Monsieur etc.



N° 78

Monsieur l’architecte 15 juillet 1884

Le conseil municipal doit tenir une séance dimanche prochain, voyez donc s’il vous serait possible d’être prêt assez à temps pour envoyer les plans et devis des réparations du presbytère. On éviterait ainsi de demander une autorisation spéciale de réunir le conseil, si difficile déjà à réunir dans ce temps de travaux.

Agréer etc.

N° 79

Architecte

Mon cher Monsieur le Curé Oran 17 juillet 1884

Je remets aujourd’hui à Monsieur le Maire de Lourmel le dossier relatif à l’installation de votre presbytère suivant les données que vous m’avez communiquées. J’espère que vous pourrez vous mettre à l’œuvre incessamment, surtout si le Monsieur le Maire est autorisé à traiter de gré à gré.

Je vais m’occuper maintenant de votre église.

Veuillez agréer etc. signé Meister




N° 80

Devis estimatif des travaux à exécuter pour la transformation

en presbytère de l’école des garçons de Lourmel


Le présent devis montant à la somme de trois mille cent vingt francs cinquante et un centimes dressé par l’architecte diocésain soussigné non compris la somme à valoir et les honoraires.

Oran, le 17 juillet 1884

signé Meister




N° 81

Monsieur l’architecte 21 juillet 1884

J’ai pris connaissance auprès de Monsieur le Maire des plans et devis de réparation pour transformer l’école en presbytère. Hier au soir le conseil l’a accepté. Voici donc un premier point enlevé et qui doit nous faire espérer pour le reste, je veux dire l’église.

Le conseil a préféré le mode d’adjudication et voté dans ce sens. J’ai cependant conseillé à Monsieur le Maire de donner son avis particulier à Monsieur le Préfet pour être autorisé à donner ces travaux en régie et de xxxxxxx pour xxxxxxxx.

1°) Le genre de travaux. 2°) Le temps qu’a déjà duré cette question depuis 3 ans. 3°) Le moment où se feront ces travaux avec l’adjudication, presque à l’entrée de la mauvaise saison, pendant laquelle les bâtisses, les cloisons au plâtre, les peintures sèchent peu. 4°) Ce qui entraînera pour la commune un surcroît de dépenses par une location plus prolongée d’un immeuble qui lui coûte 800 fr de loyer. 5°) Le bénéfice de rabais possible à l’adjudication ne compenserait jamais le surplus des dépenses causé par la prolongation de la location actuelle.

Voyez vous-même, Monsieur l’architecte, si vous ne feriez pas bien d’aller jusqu’à la Préfecture pour soutenir cette proposition et en cas de non réussite pour rapprocher au moins autant que possible l’époque de l’adjudication.

Je profite de cette occasion pour vous rappeler un petit oubli dans votre devis. Vous n’avez mentionné ni croix sur la porte d’entrée ni la statue du Bon Pasteur à mettre dans l’ouverture du clocheton qui existe déjà, je tiens beaucoup cependant à ces deux choses marquant si bien la destination du local.

Puis vous avez marqué crépis et enduits badigeon des murs neufs de clôture 4 f 20 x 2.50 etc… et vous n’en avez nullement mentionné la construction. Ce doit être un lapsus xxxxx sans doute. Heureusement que le conseil n’y a rien vu et je pense bien que cela n’amènera pas de difficultés lors de l’exécution de l’ouvrage.

Excusez ma liberté : ces remarques ne vont pas plus loin qu’entre nous deux.

Veuillez agréer…



N° 82

Monsieur l’architecte 6 octobre 1884

Je vous attendais presque aujourd’hui lundi lorsque Monsieur l’entrepreneur vint me trouver ce matin pour m’annoncer qu’il allait entreprendre les travaux du presbytère. On lui aurait dit qu’il était inutile de vous attendre.

Il y a là un fâcheux procédé de la part de la commune, il y a même à un certain point de vue urgence de venir vous-même car la commune voudrait en quelque sorte revenir sur ce qui a été arrêté.

Il va s’en dire que Monsieur le Maire est bien décidé à ne pas nous contrecarrer mais vous le savez il est faible et nous avons tous besoin de nous unir pour ne pas faire fausse route.

Pouvez-vous venir demain mardi matin ou au plus tard mercredi matin. Monsieur Cattany restera à Lourmel pour vous attendre jusqu’à mercredi soir.

Agréez…..



N° 83

Architecte n° 421

Monsieur le Curé Oran 8 octobre 1884

Par sa lettre du 17 septembre dernier n° 42 Monsieur le Maire de Lourmel m’informe que l’adjudication des travaux nécessaires à la transformation de l’ancienne école des garçons en presbytère aura lieu le 22 septembre à 10 heures du matin, et que vu le peu d’importance des travaux il ne juge pas ma présence indispensable à la séance.

Je me suis rangé à l’avis de Monsieur le Maire. Toutefois en présence de l’incertitude où vous êtes de savoir si je dirigerai le travail, j’écris à ce magistrat pour le prier de me dire si l’adjudication a réussi, si elle est approuvée et dans ce cas pour me mettre entièrement à sa disposition afin de donner à l’entrepreneur les instructions qu’il aura à suivre pour la bonne et rapide exécution des travaux.

J’attends la réponse de Monsieur le Maire pour me rendre à Lourmel.

Agréez…. signé Meister




N° 84

Monsieur l’architecte 15 octobre 1884

J’ai causé aujourd’hui avec Monsieur le Maire des différentes choses imprévues et nécessaires pourtant au presbytère. Je lui ai donné à comprendre combien j’ai été surpris du refus qu’il faisait censément de votre concours dont cependant il avait besoin pour éclairer son conseil et dégager sa responsabilité. Les choses ajoutées ne dépasseraient pas les crédits, vu les rabais donnés, à moins qu’on ne s’entendrait pas pour les murs de clôture et le carrelage à refaire, deux dépenses pour lesquelles il y a moyen de tout concilier. Je vous ferai part de mes vues lorsque vous viendrez à Lourmel car je crois que Monsieur le Maire est maintenant décidé à vous appeler d’ici peu de jours.

Veuillez je vous prie d’ici là préparer quelque chose pour l’église de Lourmel que vous avez bien oublié, les pauvres sont toujours malheureusement dans ce cas ! Soyez donc un peu charitable je vous en conjure, il est si doux de faire le bien.

Agréez etc.



N° 85

Monseigneur 18 décembre 1884

Dans peu de jours, je dois, d’après une dédite donnée au propriétaire de mon logement actuel, quitter ce local pour prendre possession du presbytère définitif établi dans l’ancienne école des garçons et dans les terrains affectés spécialement aux écoles par un décret du 6 octobre 1879.

Après approbation ministérielle 1883, un échange a eu lieu pour les lots affectés aux école, église et presbytère avec certaines conditions acceptées d’un commun accord, soit dans les propositions d’échange, soit dans le devis des travaux.

C’est pour sauvegarder toutes ces conditions autant qu’il est en mon pouvoir que je vous prie de faire parvenir mes réclamations à Monsieur le Préfet pour certains travaux de toute nécessité et qu’on ne veut cependant pas mettre à exécution.

1°) La salle à manger a une ouverture sur la cuisine et nulle porte ne bouche cette ouverture tandis qu’une des anciennes portes du local toute ferrée pourrait y être adaptée sans autres frais que la pose.

2°) Les cabinets d’aisance n’ont aucune porte, la plus simple convenance demande qu’on les ferme, ce qu’il est facile de faire sans frais avec deux vieilles portes armées de leurs ferrures.

3°) Aucun recrépissage ni blanchiment n’est encore fait aux murs de clôture à l’intérieur, il y en a cependant un grand besoin : cette réparation est prévue dans le devis.

4°) Prise d’eau, lavoir, réservoir. Ces deux derniers existent mais à quoi servent-ils sans la prise d’eau. Ces trois choses étant portées au devis pour la somme de 200 fr., devis accepté par Monsieur l’entrepreneur, elles sont exigibles de tout point, d’autant plus que j’ai concédé moi-même à Monsieur l’entrepreneur une grande diminution dans les dimensions des bassins.

5°) Les murs de clôture neufs. Il avait été bien stipulé dans la proposition d’échange faite le 19 octobre 1882, approuvée par Monsieur le Ministre puis adoptée par le conseil municipal en 1883, que les murs de séparation entre les n° 431, 432 et 433 seraient abattus et les murs du nord et du midi prolongés aux deux extrémités du n° 431. Aujourd’hui, les murs de séparation ont bien été démolis mais on ne veut pas construire les murs du nord et du midi du n° 431, terrain restant ouvert du côté de la propriété Chollet et sur la place publique duquel côté ce terrain a été jusqu’à ce jour un véritable dépotoir public et n’offre plus de sécurité à mon logement et à ses dépendances depuis la démolition des anciens murs.

La raison qu’on donne pour ne pas faire construire est double : 1° Ces murs n’ont pas été portés au devis. 2° Le manque de fonds.

Si ces murs n’ont pas été portés au devis, on ne peut nier les conventions formelles et l’obligation de clore ma demeure après avoir abattu tous les murs qui la protégeaient et puis s’ils n’ont pas été portés effectivement au devis, il ne peut y avoir eu qu’un oubli involontaire à moins que Monsieur l’architecte diocésain et Monsieur l’entrepreneur, qui a accepté le devis, n’aient la faculté prodigieuse de faire tenir dans les airs les crépis et les enduits de ces murs, lesquels crépis et enduits pour murs neufs de clôture sont réellement portés dans le devis de Monsieur Meister. Ceci indique bien qu’on avait pensé à faire ces murs neufs et qu’ils devaient être faits ; d’ailleurs le conseil municipal a depuis voté cette construction. Pourquoi avoir voté si ce n’est pour tenir compte de son vote ?

Le manque de fonds ne me paraît pas probable car s’il y a quelques travaux imprévus ils ont dû être gravement compensés par divers autres travaux abandonnés dont voici les principaux :

1° Une cheminée complète 60,00

2° Une porte vitrée et ses ferrures environ 40,00

3° Un portail neuf et ferrures neuves 150,00

4° Réduction sur 5 cheminées, les marbres portés au devis devaient

être de 20 fr., ils ne sont que de 12.50. 62,50

5° Grattage, crépis des murs de clôture à l’intérieur 60 mètres à 1 fr. 60,00

6° Crépis portés au devis pour les murs neufs 137,25

7° Badigeons sur murs de clôture anciens à l’intérieur

et sur les murs neufs environ 500 m à 0.45 75,00

8° Il restait pour imprévu 279,49

9° Le montant du rabais que Monsieur l’entrepreneur a été autorisé

à dépenser 10 % 340,00

======

soit un total de 1 204,24

Réservant la moitié de cette somme pour honoraires de Monsieur l’architecte et les travaux imprévus, il resterait 600 fr., somme plus que suffisante pour construire les murs à raison de 4.50 fr. à 5 fr. le mètre cube, prix convenu, la pierre se trouvant sur place ainsi que le mortier de terre.

De plus, d’après le cahier des charges dressé par Monsieur Meister le 17 juillet, les vieux matériaux devaient être employés ; d’après une délibération du conseil municipal, les matériaux inutiles devaient être vendus et le prix servir à compléter les fonds au cas de besoin. Loin d’agir ainsi, il y a eu un gaspillage des dits matériaux. Plus de 20 mètres cubes de pierres ont été emportés pour la construction d’un abattoir ; une certaine quantité de tuiles, de briques, de pans carrés, de madriers, de planches, ne sont plus sur place. Il reste encore des fenêtres, des portes, des ferrures diverses. La commune pourrait trouver de tout cela un prix plus que suffisant pour couvrir les dépenses à effectuer. Il lui suffirait de la bonne volonté pour tout finir.

En admettant même le manque de fonds pour faire les deux murs de clôture, on pourrait toujours construire celui du côté de la place et seulement en pierres brutes sans crépissage et exiger que l’autre preneur place la conduite d’eau et les portes à la salle à manger et aux cabinets d’aisance. Si les fonds, ce qui me paraît impossible, manquaient absolument pour faire le mur du côté de la place qu’il importe avant tout d’élever, j’offre à la commune de faire pour ce mur l’avance des fonds pour une année.

Veuillez je vous prie transmettre mes réclamations à Monsieur le Préfet et agréer etc.




N° 86

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 21 octobre 1884

Monseigneur s’est occupé de donner suite aux demandes stipulées dans votre lettre du 18 courant. Ces négociations ont amené les résultats qui promettent d’être satisfaisants en tout point. En attendant qu’ils soient obtenus, Sa Grandeur, pour des raisons majeures pressantes et engageant l’avenir, me charge de vous dire que vous devez en conscience accepter le presbytère dès qu’il vous sera offert. Ne soulevez aucune objection. L’administration diocésaine est en voie de tout résoudre pour donner au curé de Lourmel toute satisfaction et assurer l’affectation de l’immeuble.

Veuillez m’accuser réception de la présente au plus tôt et croire, Monsieur le Curé, à mes sentiments tout dévoués.

signé Lafuma



N° 87

Monsieur le Vicaire Général 24 décembre 1884

Je viens vous accuser réception de votre lettre au sujet du presbytère de Lourmel et vous en remercie.

Une partie de ma demande, le mur de clôture, est en œuvre ; reste la grosse question de l’eau ?

Selon l’avis de Monseigneur, dès que Monsieur le Maire me remettra les clefs du presbytère, j’accepterai d’y entrer.

Veuillez, je vous prie, Monsieur le Vicaire Général, agréer etc.




N° 88

Monsieur le Maire 1er février 1885

Selon que je l’avais annoncé de vive voix à vous et à messieurs les conseillers municipaux en prenant livraison du presbytère, j’ai effectué la plantation du jardin.

Le défrichement, le défonçage pour les trous, les transports de terre pour les divers remblais reviennent à près de 250 fr. et les arbres d’essences diverses au nombre de 60 plus les arbustes sans compter encore les diverses plantes remontant à plus de 200 fr. auxquels il faudra ajouter les différents frais qui me restent à faire pour mettre le tout en bon état d’entretien et surtout de production.

J’attends maintenant la pose de la conduite d’eau que la commune s’est engagée à placer puis l’eau nécessaire à l’entretien de cette plantation qui par le fait devient la propriété de la commune.

Veuillez, je vous prie Monsieur le Maire, engager le conseil municipal à fixer lui-même et à voter la quantité d’eau qu’il voudra bien en retour concéder gratuitement pour le service de la future église, du presbytère et de toutes ces diverses plantations nouvelles.

Veuillez agréer etc.




N° 89

Mairie de Lourmel, n° 196

Monsieur le curé 19 février 1885

J’ai l’honneur de vous faire connaître que par délibération du 15 courant le conseil municipal a concédé gratuitement un demi mètre cube d’eau pour les besoins du presbytère et l’entretien des plantations que vous avez faites dans le jardin.

Je charge Monsieur Meister de donner les ordres nécessaires à Monsieur Cattany pour la pose de la conduire.

Agréer Monsieur le curé etc. le maire, signé Maillé




N° 90

Entrepreneur

Monsieur le Curé Oran, le 28 mars 1885

Nous avons l’honneur de vous faire parvenir notre facture pour construction à votre compte d’un cabinet d’aisance et divers, s’élevant à la somme de trente huit francs cinquante centimes.

Toujours à vos ordres. signé Cattany Pierre





N° 91

Facture

Doit Monsieur Godet, curé de la Paroisse de Lourmel, à Messieurs Pierre et Jean Cattany, entrepreneurs à Oran pour travaux divers, savoir :





1885 du 5 au 9 janvier

construction d’un lieu d’aisance

et divers travaux









3 journées Auguste Cattany


5.50


16.50

3 journées manœuvre Petit


2.00


06.00

Arabe pour faire la fouille de la fosse





01.00

200 kil de plâtre


2.50


05.00

Sable et chaux évalués





10.00

Total 38.50





N° 92

Mandat 85

Monsieur l’entrepreneur 30 mars 1885

Vous trouverez ci-inclus un mandat de 38 francs, montant de votre facture pour les travaux demandés par moi pour le presbytère de Lourmel.

Agréez etc.





N° 93

Entrepreneur

Monsieur le Curé Oran, 31 mars 1885

La demoiselle directrice de la poste a faussé mon nom sur le mandat postal que vous m’adressez, veuillez l’aviser qu’elle en informe de son erreur Monsieur le Directeur d’Oran, faute de quoi je ne puis encaisser le mandat.

Agréez etc. signé Cattany Pierre





N° 94

Monseigneur 13 avril 1885

J’ai l’honneur de vous communiquer un extrait des délibérations prises hier en conseil de fabrique relativement à la construction d’une église à Lourmel et à l’achèvement de la clôture du presbytère.

Le conseil m’a chargé de prier votre Grandeur de faire inviter officiellement Monsieur le Maire à s’occuper plus activement de ces travaux tous à l’avantage de la paroisse et de la commune.

Daignez agréer etc.



N° 95

Fabrique

Délibération du conseil 12 avril 1885

L’an mil huit cent quatre vingt cinq le douze avril le conseil de fabrique dûment convoqué par lettre individuelle s’est réuni au presbytère pour y tenir la séance annuelle de quasimodo.

Etaient présent Messieurs Godet, curé, Diener, trésorier, Giner, Verdeil et Truel.

On procède à la nomination d’un président provisoire en remplacement de Monsieur Krike, démissionnaire et parti de la localité. Monsieur Verdeil nommé à l’unanimité accepte la présidence.

……………………

Le conseil demande si Monsieur le Maire a tenu compte de la lettre officielle du 18 janvier de Monsieur le Curé concernant le plan d’une église dont le besoin est urgent. Monsieur le Curé déclarant n’avoir rien reçu, le conseil à l’unanimité est d’avis qu’on fasse observer officiellement à Monsieur le Maire que si d’ici fin du mois de mai prochain le plan n’était pas commandé à Monsieur l’architecte diocésain selon ce qui avait été convenu verbalement, la commune perdrait 2 000 fr. offerts par Monsieur le Curé et divers, dons assez considérables promis ou déjà effectués pour la construction de l’église et qu’il faudrait abandonner ou restituer aux donateurs.

Le conseil demande à l’unanimité que Monsieur le Maire fasse le plus promptement possible achever la clôture du presbytère pour garantir les plantations faites dans le jardin par Monsieur le curé. Ces plantations d’environ 500 fr. embellissent le presbytère et lui donnent une plus-value. Il importe de les conserver et de les garantir contre les animaux qui plusieurs fois déjà ont pénétré dans ce jardin. Les matériaux étant sur place, il n’y a que la main d’œuvre à payer pour achever le mur donnant au midi chez Monsieur Chollet.

Monsieur le président ayant déclaré la session close, tous les membres présents signent la présente délibération à l’exception de Monsieur Truel qui, ne sachant signer, trace une croix.

Signé sur le registre des délibérations : Giner, Verdeil, Jacob Diener + signature de Monsieur Truel, M. Godet, curé.




N° 96

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé Oran, 18 avril 1885

Monseigneur désire vivement rendre à ses prêtres tous les services qui sont en son pouvoir : sa Grandeur cependant ne peut entreprendre la démarche que vous lui demandez par délibération du conseil de fabrique.

Monsieur le Maire de Lourmel est parfaitement libre d’achever la clôture du presbytère et de s’occuper de la construction d’une nouvelle église, personne ne peut le forcer en cela et personne n’agira administrativement pour l’amener à faire ces deux choses. Il ne faudrait jamais perdre de vue la situation dans laquelle nous nous trouvons ; actuellement nous n’avons qu’un moyen d’obtenir quelque chose des administrations : c’est la prière et les moyens moraux de même nature. Votre réussite dans les deux choses que vous désirez dépend donc uniquement de votre habilité à gagner Monsieur le Maire de Lourmel et les conseillers municipaux et je ne vous cacherai pas que votre délibération du conseil de fabrique me paraît destinée à produire un effet tout contraire à celui que vous voudriez. Ce n’est pas le moment, mon cher Monsieur Godet, de poser des ultimatum aux administrations ! Ce système est très rarement bon, actuellement il me paraît funeste. Il faut du courage aujourd’hui à un maire pour s’intéresser aux choses de la religion, ce n’est donc pas en prenant des délibérations plus ou moins irritantes que vous pouvez l’amener à braver, pour vous être agréable, l’opinion du moment.

Si vous voulez réussir, vous savez donc comment il convient de s’y prendre, l’Evêque personnellement ne fera rien.

Votre tout dévoué. signé Georgel





N° 97

Monsieur le Maire 5 mai 1885

J’ai l’honneur de vous transmettre un exemplaire des comptes de la fabrique paroissiale de Lourmel concernant les exercices 1882, 1883, 1884, et les budgets pour les années 1884, 1885, 1886.

Je joins ci-contre un extrait des délibérations du conseil de fabrique lors de sa dernière séance relativement à la construction d’une église à Lourmel et à l’achèvement de la clôture au presbytère.

Agréez etc.



N° 98

Monsieur le Maire 18 août 1885

J’ai eu l’honneur de vous donner officiellement expédition à la date du 5 mai dernier d’une délibération du conseil de fabrique relativement à l’achèvement de la clôture du presbytère.

N’ayant pas encore reçu de réponse, je pense bien faire avant de m’adresser au conseil de Préfecture de vous rappeler ma demande afin de prévenir des démarches désagréables pour tous.

Dans les conditions approuvées par Monsieur le Ministre et acceptées par délibérations du conseil municipal juin et septembre 1883 au sujet de l’échange des terrains (écoles et presbytère) se trouve cette condition : les murs de séparation entre les n° 431, 432, 433 seront abattus ; les murs du nord et du midi seront prolongés aux deux extrémités du n° 431.

C’est l’exécution de cette clôture bien stipulée que je réclame depuis plusieurs mois. J’ose espérer que cette fois vous me donnerez satisfaction.

Agréez etc.



N° 99

Monsieur le Préfet 7 septembre 1885

Lorsque le nouveau presbytère de Lourmel a été livré, il restait encore à effectuer diverses réparations ajournées faute de fonds.

Dans les conditions approuvées par Monsieur le Ministre et acceptées par délibérations du conseil municipal (juin et septembre 1883) pour l’échange des terrains (écoles et presbytère) se trouve cette clause : les murs de séparation entre les n° 431, 432, 433 seront abattus et les murs du nord et du sud seront prolongés aux deux extrémités du n° 431. C’est l’exécution d’une partie de cette clôture bien stipulée que je réclame depuis plusieurs mois à Monsieur le Maire sans recevoir de réponse.

Le mur du midi existe déjà sur une longueur de 20 mètres et il reste 20 mètres à construire. Le propriétaire riverain, Monsieur Chollet, conseiller municipal, s’oppose il est vrai à cette construction, mais sans avoir encore payé aucune mitoyenneté il a appuyé sans aucun droit un bassin lavoir, un réservoir, des lieux d’aisance, des arbres, vignes, etc. ainsi qu’une conduite d’eau sur toute la longueur, 20 mètres du mur existant.

La commune, seule propriétaire du mur à ce jour, en droit d’exiger l’abolition de cette servitude usurpée, offre à Monsieur Chollet la mitoyenneté de tout le mur sur la longueur totale de 40 mètres en le priant de construire la partie à établir, et elle lui offre encore de lui fournir les pierres nécessaires qui se trouvent déjà sur place, de telle sorte que la main d’œuvre seule de cette partie du mur le rendra possesseur de la mitoyenneté totale.

Je demande donc, Monsieur le Préfet, ou que Monsieur Chollet soit contraint de construire cette partie de mur, ou que la commune, pour satisfaire aux obligations stipulées, fasse elle-même cette clôture en enlevant à Monsieur Chollet la mitoyenneté usurpée.

Daignez etc.



N° 100

Nota

A la suite de cette requête une démarche fut faite par Monsieur le Maire.

Monsieur Allard, secrétaire de la mairie, est venu me trouver le dimanche 13 septembre à la cure et m’annoncer que Monsieur Chollet consentait à construire le mur mais qu’il me priait d’attendre deux mois pour lever sa récolte de potirons qui le gênerait en ce moment, ce que je lui ai aussitôt accordé.





N° 101

Monsieur le Préfet 21 octobre 1885

J’ai eu l’honneur de vous adresser le 7 septembre dernier une réclamation pour la construction d’un mur de clôture mitoyen du presbytère ; je n’ai reçu aucune réponse officielle à ce sujet. Le propriétaire riverain, il est vrai, a bien demandé verbalement deux mois pour exécuter cette construction mais rien n’a encore été fait.

Je vous demande donc, Monsieur le Préfet, que la commune, pour satisfaire aux obligations stipulées par elle lors de l’aménagement du presbytère, se charge de suite de l’exécution de ces travaux quitte à régler plus tard la question de mitoyenneté avec le propriétaire voisin, Monsieur Chollet.

Daignez agréer…




N° 102

A Monsieur Dudouit

Monsieur le Maire 23 février 1886

J’ai l’honneur de vous donnez ci-dessous copie des lettres que j’ai adressées les 7 septembre et 21 décembre derniers à Monsieur le Préfet d’Oran, toutes deux relativement à l’achèvement de la clôture du presbytère.

Voir ces deux lettres plus haut.

Voyez je vous prie, Monsieur le Maire, s’il ne serait pas possible de donner une prompte solution à la réclamation que comportent ces deux lettres, je vous en serai reconnaissant.

Agréez etc.





N° 103

Nota

Le conseil municipal paraît avoir tranché cette question dans la séance du 28 février présidée par Monsieur Dudouit qui m’en a apporté une solution favorable le même jour. Monsieur Chollet aurait consenti à faire sous peu la construction demandée.



N° 104

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé 4 mars 1886

J’ai oublié depuis près d’un mois de vous transmettre en communication le pli ci-joint de la Préfecture. Je vous prie de ne pas tarder à me donner les renseignements demandés. Au 1er jour, l’affaire va se traiter administrativement, et vous êtes intéressé à ce qu’elle se termine avantageusement pour vous.

Mes excuses pour l’oubli. La mort de Monseigneur Bétemps m’a mis la tête un peu beaucoup à l’envers.

Veuillez me retourner la pièce officielle de la Préfecture : les affaires administratives doivent passer par la filière. Vous auriez bien fait de faire passer votre demande par l’Evêché. Vous voyez que la Préfecture informe Monseigneur que vous l’avez faite. Il paraissait naturel que sa Grandeur en fût avisée par vous avant de l’être par Monsieur le Préfet.

Tout à vous. signé Lafuma v.g.





N° 105

Préfecture d’Oran, 2e bureau, n° 2158

Monsieur l’Evêque Oran, 6 février 1886

Monsieur le curé de Lourmel m’a adressé dans le courant de décembre une réclamation tendant à obtenir la continuation d’un mur de clôture pour le presbytère.

Monsieur le Maire, auquel j’ai communiqué cette réclamation, me fait connaître que le mur de clôture existait antérieurement et que c’est Monsieur le curé qui l’a fait démolir malgré les observations qui lui ont été faites pour pouvoir profiter du terrain réservé à l’église.

Aujourd’hui le propriétaire du lot attenant refuse de participer à la dépense ainsi que le constate la lettre ci-jointe. Quant à la commune elle se trouve dans l’impossibilité, faute de fonds, de donner satisfaction à Monsieur le curé.

Il résulte donc des explications qui précèdent que si le presbytère n’a pas de clôture, la faute en est à Monsieur le curé qui aurait dû laisser subsister celui qui existait avant.

Quoiqu’il en soit, je vous serai obligé, Monsieur l’Evêque, de vouloir bien me faire part des observations que Monsieur le curé de Lourmel croira devoir présenter à ce sujet.

Je vous communique pour plus amples renseignements le croquis des lieux.

Agréez etc. signé Dunaigre, Préfet



N° 106

Monseigneur 5 mars 1886

J’ai l’honneur de vous envoyer les explications demandées au sujet de la lettre de Monsieur le Préfet concernant la clôture du presbytère.

J’avais d’abord, selon la demande du conseil de fabrique (quasimodo 1885) porté cette réclamation à votre Grandeur qui me fit répondre 18 avril 1885 : Monsieur le Maire est parfaitement libre d’achever la clôture du presbytère et de s’occuper de la construction d’une nouvelle église, personne ne peut le forcer en cela et personne n’agira administrativement pour l’amener à faire ces deux choses…. signé Georgel.

Je crois que la question n’avait pas été comprise alors, car cette réponse m’a étonné ; c’est Monsieur le Maire (l’ancien) qui m’avait dit lui-même : écrivez, nous ferons tout pour le mieux et il agissait, je le vois, dans un sens opposé ; mais, ne sachant ni lire ni écrire, il passait par la volonté de ceux qui écrivaient pour lui. Monsieur le Maire d’aujourd’hui me paraît tout disposé à mener cette question à bonne fin.

Agréez etc.



N° 107

Nota

La lettre suivante était écrite et prête à être envoyée mais ne l’a pas été. Elle est mise ici pour mémoire.





N° 108

Monseigneur 5 mars 1886

J’ai l’honneur de répondre à la notification que vous me faites en date du 4 mars d’une lettre de Monsieur le Préfet en date du 6 février.

La réponse que Monsieur l’ancien Maire a adressée à Monsieur le Préfet ne donne pas des renseignements exacts, car la clôture que je demande n’existait pas antérieurement, jamais un mur n’a existé en cet endroit. Quelques arbustes surchargés de détritus séparaient seuls le n° 431 d’avec le jardin de Monsieur Chollet et c’est Monsieur Chollet qui lui-même a mis le feu à cette espèce de haie en janvier 1885, haie qui devait être remplacée par un mur de clôture selon les conditions d’échange adoptées par Monsieur le Ministre et par le conseil municipal en juin et septembre 1883.

Les murs que j’ai fait démolir sont ceux qui séparent les n° 432 et 433 du n° 431. Leur démolition était portée dans les conditions d’échange et Monsieur l’architecte diocésain en a ordonné lui-même la démolition dans ses devis. Je fais de plus remarquer que le terrain soi- disant réservé à l’église appartient au presbytère à la condition stipulée qu’on y prendra l’espace nécessaire pour l’église.

Quant à Monsieur Chollet, son refus n’est pas admissible. Il a promis vers le 14 septembre 1885 de faire le mur que je réclame, il m’a fait demander pour cela deux mois par le secrétaire de la mairie (Monsieur Allard) et après il a refusé de la construire. Dimanche dernier 28 février il a de nouveau promis à Monsieur Dudouit, nouveau maire, de faire cette construction ; aujourd’hui il paraît hésiter.

La commune sans doute n’a pas les ressources ; mais elle a droit, et moi aussi, de réclamer à Monsieur Chollet cette construction car Monsieur Chollet, non seulement a brûlé la haie séparant le n° 431 d’avec son jardin sans la remplacer ; mais encore il a usurpé depuis 4 ans sans le payer la mitoyenneté d’un mur déjà existant et séparant le n° 433 de son jardin. Il y a établi une conduite d’eau longeant le mur, il a adossé un bassin, un réservoir, un lavoir, des cabinets d’aisance et des arbres. C’est pour qu’il paye cette mitoyenneté que je demande à la commune, si elle ne peut faire elle-même le mur absent, de le faire faire par Monsieur Chollet, et la commune, tout en donnant la pierre nécessaire, n’exige pas un mur dans les conditions de solidité et de hauteur de celui qui existe déjà et où tout reste à l’avantage de Monsieur Chollet.

Les conditions d’échange portaient : « les murs de séparation entre les n° 431, 432, 433 seront abattus, les murs du nord et du sud seront prolongés aux deux extrémités du n° 431. »

Le devis de Monsieur l’architecte diocésain 19 juillet 1884 portait la démolition de ces murs détaillée, le crépis et l’enduit des murs neufs de clôture. Le mur du nord a été fait ; on n’a pu faire celui du midi faute de fonds, et on m’avait donné à espérer qu’on le ferait assez tôt. Je reste donc toujours en droit de le demander et la commune a celui d’exiger que Monsieur Chollet n’usurpe pas la mitoyenneté, ou fasse la partie du mur restant à faire.

Il est donc bien évident après mes explications et le croquis des lieux, 1° que je n’ai pas fait démolir le mur dont je demande la construction et qui n’a jamais existé, 2° que Monsieur Chollet a usurpé, sans droit, une mitoyenneté qu’il faut payer ou abandonner, 3° que la commune est en devoir de me clore, ou au moins de le faire faire par ceux à qui cela incombe, puisqu’elle en a accepté la condition en faisant l’échange des terrains affectés aux écoles et au presbytère.

J’ose espérer que mes réclamations conformes à la justice seront enfin prises en considération à l’avantage du presbytère aussi bien, ajouterais-je, que de la commune frustrée dans ses droits.

Daignez agréer …



N° 109

Nota

Monsieur Dudouit, maire que je venais de voir, m’ayant dit qu’il était inutile de prolonger la discussion de cette affaire qui par le fait de l’acceptation de Monsieur Chollet était bien terminée, je fis partir la lettre suivante plus simple que la lettre précédente.





N° 110

Monseigneur 5 mars 1886

J’ai l’honneur de répondre à la notification que vous me faites en date du 4 mars d’une lettre de Monsieur le Préfet en date du 6 février.

Les renseignements donnés par Monsieur l’ancien maire ne sont pas exacts ; la clôture que je demande n’existait pas antérieurement. Jamais un mur n’a existé en cet endroit. En janvier 1885 Monsieur Chollet a brûlé une haie qui y existait et qui devrait être remplacée par le mur de clôture, conformément aux conventions d’échange de terrain passées par la commune en 1883. Les murs démolis par Monsieur l’architecte diocésain, conformément aux conventions, ne confinaient aucunement Monsieur Chollet et étaient des murs construits entièrement à l’intérieur du terrain livré pour le presbytère et devenant inutiles par leur position.

On demandait à Monsieur Chollet d’achever le mur de clôture de son côté, où il avait brûlé la haie, soit 20 mètres, parce que, sans en avoir encore payé la mitoyenneté, il avait adossé des constructions etc. contre une partie équivalente de 20 mètres construite antérieu-rement par la commune et existant toujours.

Le refus de Monsieur Chollet ne serait donc pas admissible d’autant plus qu’il avait promis le 14 septembre 1885 de faire le mur que je réclame, demandant pour cela deux mois de sursis. A un nouveau rappel 21 décembre 1885 il a refusé de construire.

Aujourd’hui cette affaire est entrée complètement dans une voie nouvelle et sérieuse. Monsieur Dudouit, nouveau maire, qui a pris la cause en mains, a été autorisé par le conseil municipal dimanche dernier 28 février à traiter avec Monsieur Chollet pour la construction de ce mur. Monsieur Chollet s’est concerté avec Monsieur le Maire que je sors de voir à l’instant et ils ont arrêté d’un commun accord que Monsieur Chollet construirait le mur dans certaines conditions déterminées et très prochainement. Je regarde donc maintenant cette question comme tranchée puisque mes réclamations conformes à la justice ont enfin été prises en considération à l’avantage du presbytère et de la commune.

Daignez agréer etc.



N° 111

Evêché d’Oran

Monsieur le Curé Oran 10 mars 1886

Monseigneur est tout heureux d’apprendre par votre lettre du 5 courant que vous allez enfin avoir le mur de clôture du presbytère que vous demandez depuis longtemps.

Vous n’avez pas compris, dites-vous, la décision que l’évêché vous a donnée sur cette affaire le 18 avril 1885. La chose cependant n’a rien de difficile à saisir. On vous disait en effet que c’était là une question de bonne entente entre vous et Monsieur le Maire et que la loi ne renfermait aucune disposition pouvant forcer la commune à élever le mur qui devait clore le presbytère.

Or Monsieur le Curé, lisez l’art 136 de la loi municipale du 5 avril 1884, et vous verrez que les seules dépenses obligatoires pour les communes à notre endroit sont : le logement du curé et les grosses réparations au bâtiment affecté au culte quand, d’après l’inspection des comptes de la fabrique, le conseil municipal a constaté que celle-là y a appliqué toutes ses ressources disponibles.

Le logement vous l’aviez. Ce que vous réclamiez c’était une amélioration : mais une amélioration ne constitue pas le logement, si utile qu’elle soit. La commune pouvait donc vous la refuser ; elle vous la refusait en effet, et rien ne pouvait administrativement la contraindre à vous la voter.

Voyez plutôt comment l’affaire s’est conduite.

Vous vous souvenez de la teneur de la lettre de Monsieur le Préfet en date du 6 février que je vous ai transmise pour en prendre connaissance et que vous nous aviez retournée : il y est dit que Monsieur le Maire, auquel j’ai communiqué cette réclamation (la vôtre), me fait connaître etc. et un peu plus loin : « Quant à la commune, elle se trouve dans l’impossibilité, faute de fonds, de donner satisfaction à Monsieur le curé. »

Monsieur le Préfet parle donc, et d’après la réponse de Monsieur le Maire avisé admi-nistrativement, de votre réclamation et d’après le budget de Lourmel déposé à la Préfecture. Comment dès lors expliquer que le 6 février la commune n’ait aucune ressource et qu’elle en possède le 5 mars suivant ? Le mystère n’a rien de bien caché. Le langage de Monsieur le Préfet est très parlementaire. Il dit de la façon la plus polie qu’on ne peut administrativement mettre la commune en demeure de faire les frais d’une dépense qui ne lui est pas obligatoire, et qu’elle refuse de prendre à sa charge.

Vous n’avez donc obtenu le mur de clôture de votre presbytère que grâce à l’entente amiable entre Monsieur le Maire et vous. C’est exactement ce que vous disait Monseigneur par l’intermédiaire de Monsieur Georgel, et l’étonnement que vous cause la décision de l’autorité diocésaine est la seule chose qui surprenne dans cette affaire, et que nous ne comprenions pas vu le droit et vu les faits.

Agréez etc. signé Lafuma v.g





N° 112

Monseigneur 11 mars 1886

Permettez-moi une dernière explication sur la clôture du presbytère. Je vous ai dit dans ma dernière lettre : je crois que la question n’avait pas été comprise d’après la réponse qui me fut adressée le 18 avril. Votre nouvelle réponse me le confirme car il y a erreur sur le motif de ma demande.

La loi municipale du 5 avril 1884 n’y est absolument pour rien, je savais d’ailleurs que je ne pouvais m’en servir. Ma demande est basée sur le droit que nous ont conféré les conditions de l’échange des lots de terrain des écoles et du presbytère ; échange fait d’un commun accord entre l’autorité civile et ecclésiastique. Monsieur le Préfet et Monseigneur Ardin approuvé par le Ministre et accepté par le conseil municipal en juin et septembre 1883. Vous avez le double de ces conditions au secrétariat. Il y est dit :

« Les murs de séparation entre les n° 431, 432, 433, seront abattus, les murs du nord et du sud seront prolongés aux deux extrémités ».

Monsieur l’architecte diocésain agit en conséquence pour les démolitions, mais malheureusement oublia dans son devis la construction des murs, tout en y portant cependant les crépis et enduits de ces murs qu’il oubliait, ce qui amena une première difficulté tranchée par la construction immédiate du mur du nord. Il restait à construire celui du midi qu’on me promit de faire en me priant d’attendre quelques mois.

Sachant que la commune ne pourrait pas s’exécuter, vu son état financier, j’ai profité de ce que le voisin avait usurpé la mitoyenneté du mur sud déjà existant, pour engager la commune à demander au voisin la construction de la moitié du mur restant à faire ; c’était ainsi sauvegarder les intérêts de la commune et lui faire exécuter ses conventions sans la charger de frais.

Monsieur le Maire d’alors, peu au courant d’affaires administratives, complètement illettré, voulait agir mais ne savait que répondre aux objections spécieuses de celui qui avait usurpé la mitoyenneté sans vouloir la payer.

Le conseil de fabrique, en demandant à l’Evêché d’intervenir pour l’exécution complète du contrat d’échange, agissait donc pour demander l’accomplissement de ce qu’il pouvait appeler un droit non d’après la loi de 1884 mais d’après une convention particulière de 1883 qui engageait le commune.

Tout le mystère de la non construction du mur est là car Monsieur le Maire actuel, ancien homme de loi, dès le premier aperçu de la chose, s’est chargé de la faire aboutir et il y a réussi. Nous n’attendons donc plus, lui et moi, que la loyale exécution du mur mitoyen par le riverain.

Daignez agréer ….


Les curés de Lourmel
Joseph Jacquemin                  1859 - 1867 (premier curé - érection de la Paroisse le 20 Août 1859 - pas d'église - ministère ambulant )
Abbé Léautaud                         1867 - 1872 (décès 21 janvier 1872 enterré au centre du Cimetière)
Abbé Auguste Col                    (curé de Boutlelis assure les services religieux (du 21 janvier  au 9 juin 1872)
Abbé Février                              1872 - 1879 
Abbé Marc Alexandre Godet   1879 - 1890
M° Buc                                        1890 - 1891  
Abbé Ailhaud                             1891- 1897 (fin construction de l'Eglise en 1893 - bénite le 17 octobre 1893 )
Abbé Descours                         1897- 1903
Abbé Guinefoleau                     1903 -1908  (tombe malade reçoit l'aide d'un adjoint)
Abbé Domblides (pro-curé)    1904 - 1908 (supplée l'Abbé Guinefoleau jusqu'à son départ)   
André Godet dit Père André    1908 - 1916
Séverin Mur                                1916 - 1936
Abbé Quilès                               1936 - 1939 (curé de Rio Salado dessert aussi la paroisse de Lourmel)
Marc Dutour                               1939 - 1942
Jean Segret                               1946 - 1957
Charles Bernard                       1957 - 1959
Jean-Marie Foriel                      1959 - 1962
Monographie de la paroisse de Misserghin
Vign_misserghin
                                                                                Monographie de la paroisse de Misserghin

                                                                                     Centre Conférentiel de Saint Louis

                                                                                           Conférence de Février 1908

                                                                                                   Rapport officiel

Sujet : Monographie de la paroisse de Misserghin

AVANT-PROPOS


Dans ce travail, nous nous sommes principalement attachés à ne point nous écarter de la …… simplicité qu’exige l’histoire. Nous avons simplement classé des faits, sans nous préoccuper d’autres choses que de leur exactitude.

Nous aimons à penser que cette monographie sera peut-être utile à de plus érudits. S’ils recourent à elle pour l’histoire du Diocèse, ils combleront les lacunes qu’une connaissance encore très imparfaite de Misserghin y a laissé glisser. Ils la revêtiront aussi du manteau magnifique qu’on appellera le Style.

Nous dirons d’abord ce qu’était Misserghin avant la conquête. Ses commencements après la conquête. Son érection en centre de colonisation et en paroisse.

Nous nous entretiendrons ensuite de l’église, des cloches, des différents curés qui occupèrent ce poste, de la croix élevée sur la place de l’église, du cimetière, du presbytère, des centres de catholicité, des missions et de l’école libre.

Nous parlerons enfin des communautés religieuses et de leurs aumôniers, de certains droits de la paroisse contestés par les communautés, et nous terminerons par un coup d’œil d’ensemble sur la beauté et la prospérité du pays qui a pour devise : « Dives Fronde Ditior Corde ».


CE QU’ETAIT MISSERGHIN AVANT LA CONQUETE



Misserghin se trouve sur la route de Tlemcen à 15 kilomètres d’Oran. Son territoire est borné au Nord par la montagne du camp romain, au Sud par le lac Salé sur une grande étendue, à l’Est par le ravin du Pont-Albin, et à l’Ouest par le ravin de Boyatior.

Les Arabes appelaient cet endroit « Misser’-in », mot qui signifie exil. Misser’in était en effet un lieu d’exil et de châtiment pour les musulmans de haute naissance qui avaient commis quelque crime politique ou quelque délit. Là, sans être astreints aux dures privations de la prison ou aux labeurs pénibles des forçats, ils jouissaient à l’ombre des orangers d’une liberté complète, circonscrite seulement par le territoire dont les limites n’étaient jamais franchies que sous peine de mort.

Les beys d’Oran s’étaient fait construire à Misser’in une maison de plaisirs où ils allaient satisfaire leur coupable luxure auprès de femmes mauresques qu’ils y retenaient recluses. Cette demeure tomba en ruines en 1894 à la suite des démêlés entre les beys d’Oran et ceux de Tlemcen. Devenu propriétaire de ce terrain, dans les circonstances que nous dirons tout à l’heure, le Révérant Père Cabrain releva ces ruines, selon les règles de l’architecture musulmane. Il en fit ses appartements personnels et les occupa jusqu’à sa mort. C’est l’aile gauche du bâtiment à l’entrée du bureau de la pépinière.

Il est très probable que Misserghin existait sous les Romains. On sait en effet qu’il y avait de Carthage à Tanger, sur le long de la côte, une route qui passait par Raseligoun, Guiard, Rio-Salado, Bou-Tlélis, Gilva ou Missserghin et se continuait par les Andalouses, Oran St Pieu, etc. L’itinéraire d’Antonin décrit cette route du littoral. Il y mentionne Gilva entre Bou-Tlélis et les Andalouses. Il la nomme Gilva-Colonia mais on ne sait à quoi attribuer de titre de colonie assez rare en Afrique. Si Gilva eut été une colonie au vrai sens du mot de l’époque, il serait surprenant qu’elle ne soit mentionnée ni par Marcelli dans son Africa Christiana ni par Plolemée.

Nous pensons, avec M. S. Fey qu’il faut identifier Misserghin avec Gilva et ceci pour deux raisons :

La première ressort comme conséquence des découvertes faites à Misserghin.

La seconde découle de l’improbabilité de l’opinion de Mac-Carthy qui place Gilva à Orbal.

On a trouvé à Misserghin, dans la propriété du Docteur Maurer, au milieu de ruines qui indiquent un centre disparu, des médailles, des monnaies et de grands bronzes du Bas-Empire qui font supposer un établissement romain à Gilva-Misserghin. Il y a encore des monnaies des derniers princes de l’Empire Romain. Ces médailles en bronze et ces monnaies se trouvent au musée d’Oran auprès d’une inscription découverte chez Madame …… Benoist. Cette inscription porte sur un fragment de terre cuite arrondie à la pointe supérieure :

« Vitalis »

« Pater Pius »

« Posmit fili »

« A pialma berre »

« Inserenti »

« Defuneto »

L’opinion de Mac-Carthy nous paraît moins probable que celle de M. S. Fey. Eut-on jamais découvert à Orbal des preuves certaines de l’existence de Gilva ? Les médailles, les bronzes, les monnaies, les ruines qu’on y rencontre ne sont pas des preuves probantes. On en rencontre autant à Misserghin. De plus, nous nous demandons pour quelles raisons la voie d’Antonin qui suivait le littoral, depuis Carthage jusqu’à Tanger, aurait quitté ce littoral entre les Andalouses et Bou-Tlélis pour passer par Gilva-Orbal ? La route d’Antonin, on le sait, est un livret des étapes militaires et celle dont nous parlons était une route littorale qu’il ne faut pas confondre avec un autre itinéraire d’Antonin qui décrit les étapes intérieures du pays, passant dans la province d’Oran, par Relizanne, Kalaa, Mascara, Bel-Abbès, Lamoricière et aboutissant au camp de Lalla-Maghrina. Il aurait fallu que la route dont nous parlons pour passer à Gilva Orbal quittât le littoral entre Bou-Tlélis et les Andalouses. Or le lac Salé ou …… eut été un obstacle. Tandis que la route Gilva Misserghin ne rencontre pas de lac à traverser. De plus, la voie suit un tracé direct plus naturel qui conduit en droite ligne au camp romain sur le plateau Nord du Ravin. La ligne Gilva Orbal ne pouvait passer au camp qu’avec un détour considérable et en se repliant sur Bou-Tlélis.

Il est donc plus probable que Gilva-Colonia doit être identifiée avec Misserghin.

Le camp romain que nous indiquons s’appelait « Castra Fuerorum » ce qui laisserait à entendre qu’il devait être occupé par des esclaves ou quelque bataillon de discipline. Il n’en reste que quelques décombres et des ruines d’un fort qui lentement s’écroule sous la seule action du temps et de l’abandon.

A cinq kilomètres, plus loin, dans la direction de Tlemcen, à droite de la route, se trouvent les ruines de Temsahmet. C’était, paraît-il, au Xe siècle un centre assez important. C’est là que le 12 mars 1840 des troupes de Misserghin composées de 860 spahis faillirent être massacrées dans une embuscade par 6 000 arabes. Si elles revinrent au camp sans avoir perdu un seul homme, elles le durent à la bonne contenance d’un bataillon d’infanterie du 1er de ligne formant la réserve.

Temsahmet est devenu propriété Bonfort. On y admire une superbe maison de maître et une bergerie modèle.

Tels sont à Misserghin les restes des splendeurs romaines et musulmanes.




MISSERGHIN APRES LA CONQUETE



Après la conquête, Misserghin attira l’attention de nos généraux comme point stratégique.

En 1833, le 11 juin, le Général Desmichels, sorti d’Oran avec 2 000 fantassins pour réduire les arabes réfugiés à Bredeals, fit une halte de plusieurs jours à Misserghin, en face de la maison de plaisance des anciens beys.

Le 12 février 1834, après son traité de paix avec ……-El-Kader, le même Général Desmichels, …… à châtier le chef des Zmélas (tribu de Misserghin) Mustapha Ben Ismael qui au lieu de favoriser l’exécution du traité comme il en avait reçu l’ordre de l’Emir, avait au contraire tenté de surprendre dans la nuit le camp de ce dernier établi à Brédéals. Le Général Desmichels, dirons-nous, dressa de nouveau son camp à Misserghin pour observer de plus près l’…… Mustapha.

Au mois de décembre 1836, le gouvernement établit à Misserghin une colonie militaire dont le corps des spahis réguliers composé en grande partie d’hommes mariés, fournit les premiers éléments. Cet établissement, assis auprès des ruines de la demeure des beys, dans un camp retranché, ne dura que trois ans.

Ces militaires-cultivateurs, harcelés par d’incessantes attaques, obligés de se tenir constamment sur la défensive, ne parvenaient pas à empêcher …… de dévaster leur récoltes et de razzier leurs troupeaux. Ils se découragèrent.

En 1839, le Général Guéhéneuc envoya pour les remplacer tout un régiment de spahis. Il relia le camp à Oran par un poste de vigie. A cet effet, au point culminant des collines, il fit construire une tour à mâchicoulis à laquelle il donna le nom de « tour Combes » en souvenir du Colonel de ce nom, du 47e de ligne, qui avait pris part aux expéditions des Généraux Clausel et Bugeaud dans la province d’Oran et qui était mort vaillamment à Constantine à la tête d’une colonie d’assaut. Pauvre vieille tour Combes, les années, les pluies, les vents, le soleil de feu, ont marqué leurs empreintes sur ses murs qui s’en vont effrités, émiettés. Et pourtant ces murs rappellent un brave officier et la terre qui les supporte fut arrosée du sang des nôtres. C’était en 1840, le 14 novembre, le Colonel Tempoure eut à soutenir en cet endroit une attaque sérieuse de la part des Zméla qui …… sa marche sur Brédéals et le forcèrent de rentrer à Oran. Dans ce combat tombèrent plusieurs de nos soldats.

Le Général Guéhéneuc, avons-nous dit, établit un régiment de spahis à Misserghin. Un établissement militaire attire toujours, auprès de lui, les cantiniers et les petits commerçants. Misserghin eût donc aussitôt comme premiers habitants civils ce noyau inévitable avec quelques jardiniers. Mais la situation de ces premiers colons était loin d’être belle. Dans son livre « Les Français à Oran », le Commandant Derrier nous déclare qu’ils vivaient à peine du produit de leur commerce.

En 1844, les Arabes s’était retirés dans des parages plus lointains, la France pouvait tenter la colonisation autour des points voisins d’Oran. Le sous-directeur de l’Intérieur, Monsieur Bertier de Sauvigny, en référa au Général de Lamoricière qui décréta dans la même année la création des centres de la Senia et de Misserghin.

Le décret pour Misserghin fut signé le 23 novembre, quatre mois après celui de la Senia.

Dès le début, la population était de 175 habitants, mais l’élan était donné, et un an après la population s’élevait à 1 300 âmes. En cette même année, vers la fin du mois de mai, le nouveau centre eu l’honneur de la première visite épiscopale mais dans des conditions telles que les habitants n’en éprouvèrent aucune satisfaction. Monseigneur Du……, se rendant à Tlemcen traversa le village sans s’y arrêter. Les colons étaient aux portes et aux fenêtres pour voir passer la caravane espérant que Sa Grandeur daignerait leur consacrer quelques instants et les bénir.

A son retour, le camp n’était pas prévenu de son arrivée. L’évêque s’arrêta sur la colline qui est en avant du village et coucha sous la tente près d’un grand bassin qui reçoit les eaux de la montagne (rapport de l’abbé Caron vicaire général). Monseigneur …… a donc couché sur la propriété Ouzimour où se trouve le bassin en question et qu’on fait remonter à l’époque romaine.

Au matin, le prélat partit pour Oran salué encore au passage par les colons sur le pas de leur porte. Jusqu’en 1848 Misserghin fut rattaché à l’église de St Louis d’Oran. St André continua le service religieux jusqu’en 1849, date de l’érection en paroisse de Misserghin. En cette même année, le service religieux de Bou-Tlélis fut assuré par la nouvelle paroisse. Dans les archives, on ne trouve pas trace du décret érigeant Misserghin en paroisse. Le procès- verbal d’installation du Conseil de fabrique daté du dimanche du Quasimodo 1850 cite ce décret mais sans autres indications. L’organisation de la fabrique, signée de Monseigneur l’Evêque d’Alger, porte la date du 11 janvier 1850 et l’arrêté du Préfet celle du 29 décembre 1849.

En ce moment les affaires étaient prospères. La population s’était notablement augmentée. Les renseignements puisés à la mairie nous disent que le centre se divise alors en deux parties distinctes : le vieux et le nouveau village. La population est de 1 254 habitants ainsi répartis : Musulmans 70, Juifs 7, Catholiques 1309, Protestants 31. La population européenne comprend : 586 Français, 334 Espagnols, 23 Italiens, 187 Allemands, 4 Belges.

Une baraque en planches dressée au nouveau village, devant la future mairie sur les numéros 101 et 102 de flanc de lotissement, telle fut à Misserghin la première église. C’est dans cette baraque qu’un Père Jésuite, le Père Pascalin, célébra en 1848 la première messe. Jusqu’à lui aucun prêtre n’avait encore visité le camp pour y offrir du moins le Saint Sacrifice.

En 1850, le Révérend Père Abram, nommé premier curé de la paroisse, la plaça sous le patronage de Notre Dame de la Nativité. Il quitta la chapelle en planches et installa son église à côté de l’ancienne gendarmerie, dans le magasin qui servait de dépôt aux spahis. Le culte y fut célébré pendant 5 ou 6 ans.

En 1856, Monsieur Janisson transféra l’église dans une grande salle du camp mieux aménagée et de construction plus récente. Cette salle devint ensuite le dortoir des orphelins.

Lors de la création du centre à cause de l’éloignement des deux villages, deux lots avaient été réservés. Le premier pour la construction de l’église paroissiale au nouveau village et le second pour la construction d’une chapelle de secours au village vieux. La chapelle de secours, commencée sur le n° 18 du plan de lotissement, resta inachevée à la suite des protestations du Conseil Municipal, sous le fallacieux prétexte qu’elle obstruait une rue devenue indispensable (délibération du 4 octobre 1859). La vraie raison fut la jalousie du village neuf qui comme, plus conséquent, voulait avoir le premier la première église. C’est si vrai que la rue si indispensable tant réclamée alors n’existe pas encore.

Est-ce par antagonisme entre villages ? ne serait-ce pas aussi par économie que se ressaisissant le gouvernement jugea qu’une seule église suffirait à Misserghin et seconda la politique du Conseil Municipal. Le Conseil, en effet n’ayant d’autre but que de priver le vieux village de la chapelle inachevée, obtient du gouvernement l’aliénation du lot n° 18 et offrit en échange un lot plus étendu sur lequel on éleva l’église actuelle.

Chose surprenante étant donné la nécessité pour le bien de la paroisse d’une église centrale au village neuf, nulle démarche ne fut tentée pour en hâter la construction et nulle protestation ne s’éleva contre l’usurpation des lots 101 et 102 qui n’ont jamais été officiellement désaffectés. La fabrique se prêta même volontiers aux exigences du Conseil Municipal qui sollicita d’elle l’autorisation de construire en ces lieux les écoles et la mairie. Le fait est constaté par Monsieur Lafuma dans un procès-verbal de réunion du Conseil de fabrique, 20 février 1881.

C’est sans doute parce qu’à cette époque (en 1878) le clergé et les fabriciens prévoyaient l’inutilité de leurs protestations auprès du Gouvernement de la République ; faudrait-il ajouter que depuis plusieurs années, l’Evêché, devenu propriétaire du presbytère et d’un immense jardin voisin de l’église actuelle, a eu des raisons particulières de conseiller et de garder le silence. Monsieur Janisson, acceptant l’échange du terrain offert par la municipalité, obtint presque aussitôt (en 1860) l’exécution des travaux qui devaient pour jamais doter Misserghin de l’église qu’elle possède.

Elle est construite dans le style roman selon les plans dressés par l’architecte Viola de Sorbier. Elle comporte trois nefs avec un clocher de 25 mètres de haut sur la porte d’entrée.

Le clocher et les deux nefs latérales donnent encore sur le plan, en attendant de meilleurs jours, pour s’élever dans les airs. La nef principale est surmontée d’un petit clocheton vide encore mais qui sera bientôt occupé par une belle statue de la Vierge, patronne de la paroisse.

Quand et par qui cette église fut-elle bénite ? Nous l’ignorons. Rien n’a pu nous fixer sur cette cérémonie.

Il semble que Misserghin n’eût pas dû se montrer satisfaite… Et pourtant à peine le petit clocheton est-il construit que la municipalité sent le besoin de manifester son contentement. Dans sa séance du 22 novembre 1862 il vote des remerciements au Gouverneur Général, au Préfet d’Oran, à l’architecte et à l’entrepreneur Monsieur Calvet, puis le Maire prenant la parole :

« Expose au Conseil que Misserghin, par sa proximité d’Oran, semble en être l’avant-poste et même un des faubourgs mais qu’il ne répond pas par son aspect au luxe et à la beauté de la cité principale de la province. Que la première visite d’un promeneur étranger est pour l’église. Que jusqu’à ce jour on a été privé d’un tel monument. Que pour lui donner plus de relief, il serait nécessaire de complanter d’arbres, d’orangers et de citronniers la place qui l’avoisine. »

La Préfecture autorisa alors la plantation de quelques faux poivriers sur le terrain qui enserre l’église. Quatre ans après, le 4 février 1866, le même Conseil vota les stalles du chœur. A cette occasion le Maire Keller prit de nouveau la parole et dit :

« J’ai remarqué avec peine que lors des cérémonies officielles, le corps municipal et les notables étaient obligés de s’asseoir sur des chaises en très mauvais état. Pour ce motif, je propose de faire confectionner des stables derrière le maître-autel et de faire faire le plafond sous la toiture de l’église. » Monsieur le Maire ignorait sans doute les règles liturgiques qui réservent seulement aux princes ou à leurs représentants des places dans le chœur de l’église. Les autres laïques n’y sont point admis. Néanmoins le Préfet accorda 500 francs pour les stalles. Il en fallait 1 000. Monsieur Janisson donna les autres 500 francs.

Comme subvention : depuis son érection en paroisse jusqu’en 1881, l’église reçut un secours annuel de 1 200 francs. En 1881, la municipalité n’accorda plus que 200 francs. Elle supprima tout subside en 1888. Ces subventions furent employées à l’achat de meubles, d’ornements et de linge. La Sacristie se trouvait richement fournie lorsque dans la nuit du samedi au dimanche de la Pentecôte, l’an 1872, elle fut complètement dévalisée.

« Tout manque, écrit Monsieur ……, trois ou quatre mois après, il n’y a plus d’ornement pour célébrer la Sainte Messe. La lingerie de la Sacristie ne possède qu’un seul habillement d’enfant de chaque, c’est-à-dire que la pauvreté est extrême. » (archive 23 avril 1879)

Ce vol sacrilège affecta Monsieur Janisson à tel point, disent ceux qui l’ont connu, qu’il en mourut. Il expirait en effet trois mois après, laissant à Monseigneur Callot et son patrimoine et une somme de 1 500 francs destinée à acheter des ornements pour remplacer ceux qui avaient été volés. Avec ces 1 500 francs Monseigneur Callot acheta une chasuble et une chape en drapé d’or, un ostensoir en métal doré, un calice en or, un ciboire et les boites en argent pour les quelques huiles. Il donna en même temps un ornement de chaque couleur, des costumes d’enfants de chœur, du linge en quantité.

Une subvention de 2 000 francs accordée par la municipalité permis d’autres achats qui réparèrent toutes les pertes. Reconnaissant envers Monseigneur Callot et envers Monsieur Janisson, le Conseil de fabrique, dans sa séance du 2 avril 1879, leur témoigne ainsi sa gratitude :

« Le Conseil ouvre la séance en votant à l’unanimité un souvenir de reconnaissance à la mémoire de feu l’abbé Janisson, décédé curé de Misserghin, pour le bien qu’il a fait dans cette paroisse durant les dix-huit ans qu’il y a exercé le Saint Ministère et aussi pour le don de 1 500 francs qu’il a laissé à la fabrique. Le Conseil offre également à Monseigneur Callot, Evêque d’Oran, ses sentiments de sincère reconnaissance pour l’heureux choix par lui fait des ornements. »

On doit à Monsieur Derrien les bancs de l’église (séance du Quasimodo 1887) et les deux vitraux du chœur représentant l’un Ste Anne, l’autre St Isidore (séance du 3 janvier 1889). Il obtint de l’Etat le grand tableau artistique représentant St Michel terrassant le démon (séance du 9 juillet 1892). Il fit refaire les dix croisées en remplacement des anciennes en très mauvais état (2 juillet 1893) et les premières décorations en peinture du chœur (séance du 27 janvier 1894) qui, détériorées, furent avantageusement remplacées plus tard par les peintures délicates de Monsieur Galan.

A Monsieur Guinefoleau, l’église est redevable de sa large tribune et du bel escalier en bois qui y conduit.

Enfin Monsieur Galan, dès son arrivée à Misserghin, employa un reliquat de 400 francs laissé par Monsieur Gilloux dans la caisse de la fabrique et une subvention de 600 francs accordée par la commune à la réfection en ciment du carrelage (séance du Quasimodo 1900). Du haut de la chaire, il attira l’attention de ses fidèles sur l’état lamentable des premières peintures et la somme des oblations volontaires dues à son éloquent appel s’éleva à 922 francs. La municipalité y ajouta 900 francs. Ces sommes réunies lui permirent de peindre tout l’intérieur de l’église. En 1902 Monsieur Galan obtint encore de la municipalité une somme de 600 francs avec laquelle il fit surélever et restaurer le clocher (séance du 10 avril 1902).

LES CLOCHES

Misserghin possède trois cloches :

La première, par rang d’ancienneté, a nom : « Marie de l’Annonciation ». Elle fut achetée en 1891 par le Révèrent Père Abram avec les offrandes d’une souscription publique. Dès son arrivée elle fut placée sur un échafaudage en bois dans l’orphelinat des frères, près du premier local converti en chapelle. On l’éleva à une hauteur telle que le Conseil municipal dut voter une somme de 70 francs pour l’achat d’une échelle afin de permettre d’arriver jusqu’à elle et de la faire sonner.

Elle porte l’inscription suivante :

«…………………….Benedictum ……. M.DCCCL. R.P. Abram 1er curé de Misserghin a fait bénir Marie de l’Annonciation par Monsieur Salmon, curé d’Oran, Chanoine honoraire d’Alger. Parrain : M. R. de Vildermet, Préfet d’Oran. Marraine : Mme De Montauban. Fondeur : Pierre Pierron à Avignon. »

Elle pèse 400 kilos. Elle donne le Do au dessus du La naturel.

En 1862, elle fut placée dans le petit clocheton de l’église. De là, elle fut transportée en 1909 au clocher bâti au-dessus de la chapelle côté de la nef de droite.



La deuxième, plus grande, « Marie Mélanie » porte ainsi ses titres :

« Je m’appelle Marie Mélanie. Monseigneur Gérauld étant évêque d’Oran et Monsieur Hyacinthe Derrien, curé de la paroisse. J’ai pour parrain le donateur Monsieur Antoine Colomer, prêtre, pour Marraine Mélanie Bara ………………………….. »

Elle pèse 300 kilos. Elle donne le Sol , elle a été bénite par Monsieur Derrien au mois de mars 1899. Elle a été fondue par A.Tarnier à Robécourt (Voges).



La troisième cloche, la plus petite, Anne Mélanie Victoire, porte :

« Fondue en 1891 pour la paroisse de Misserghin, Monseigneur Soubrier étant Evêque d’Oran, Monsieur Hyacinthe Derrien, curé de la paroisse. Je m’appelle Anne Mélanie Victoire, mon donateur est Monsieur Antoine Colomer, prêtre. J’ai pour parrain Antoine Colomer neveu, et pour marraine Madame Mélanie Bara.

A. Tarnier fondeur Robécourt (Voges). »

Elle pèse 290 kilos, elle donne le Mi au-dessus du La naturel. Elle a été bénite par Monsieur l’abbé Colomer en septembre 1901. Placée tout d’abord au clocheton, elle fut transférée en 1903 au clocher à côté de Marie Mélanie.

CURÉS DE MISSERGHIN

Le premier curé de Misserghin (1850 à 1852) fut le R. P. Abram. Il n’eut ni installation canonique ni installation concordataire. Monsieur l’abbé Cassan Louis Philippe lui succéda (2 février 1852 à Quasimodo 1856). Pas plus que son prédécesseur il ne songea à prendre légalement ni canoniquement possession de son poste.

Après Monsieur Cassan, vint Monsieur Janissson qui ne se fit pas installer non plus. Monsieur Janisson desservit la paroisse pendant 18 ans. Il mourut curé de Misserghin au mois d’août 1872.

Monsieur Nicolas Tromy, supérieur de Monsieur Silali, lui succéda. Il prit possession de son poste le 16 août 1872 et fut canoniquement installé le 12 septembre suivant par Monsieur l’abbé Bétemps, chanoine, secrétaire général de l’Evêché d’Oran.

Monsieur Lafuma, aumônier des religieuses trinitaires de Misserghin, prit la succession de Monsieur Tromy, nommé missionnaire pour la population allemande du diocèse. Son titre date du 30 septembre 1880. Il ne présenta ce titre au Conseil de fabrique que le 20 février 1881, mais il célébra son installation canonique le 2 janvier précédent.

Cette cérémonie fut présidée par Monsieur Bétemps, prévôt du chapitre de la Cathédrale et vicaire général d’Oran. Y assistaient en habit de chœur : le R. P. Abram, chanoine honoraire, Monsieur Georges, chanoine honoraire, secrétaire général de l’Evêché, Monsieur l’abbé Hérault, dignitaire aumônier du Bon Pasteur, Monsieur Poupart, aumônier de l’hôpital militaire, Monsieur Allier, aumônier des Frères de l’Annonciation, et Messieurs Calongo-Colomer, Monsieur Antony, prêtres et Garaud diacre, ces derniers retirés à Misserghin.

Dans les premiers jours de l’année 1882, Monsieur Lafuma eût pour successeur Monsieur Merle. Il ne fit pas d’installation, il mourut à l’hôpital civil d’Eckmulh en 1886 chez Monsieur le curé Laury. En la même année, Monsieur Derrien Hyacinthe lui succéda. Il fut installé le 1er août par Monsieur Monnier, devenu aumônier des religieuses trinitaires et délégué à cet effet par Monsieur le curé de la Cathédrale d’Oran.

Monsieur Derrien permuta en 1893 avec Monsieur Guinefoleau, aumônier des Frères de l’Annonciation. Les archives ne parlent pas de l’installation canonique de Monsieur Guinefoleau. Elles disent simplement qu’il prit possession de son poste le 12 juillet. Monsieur Guinefoleau quitta Misserghin par permutation avec Monsieur Gilloux Dominique, dignitaire curé de Mers-el-kebir. Monsieur Gilloux prit possession de son nouveau poste le 27 novembre 1898 ; dix mois après, il permuta avec Monsieur Galan, curé de St Eugène d’Oran.

Ce dernier fit son entrée en paroisse le 1er septembre 1899. Ce même jour il fit reconnaître l’authenticité de son titre curial par le Conseil de fabrique. Il n’eut pas, croyons-nous, de cérémonie d’installation canonique. En 1907 et le 9 avril Monsieur Galan fut renommé curé de St Eugène et Monsieur Cot, venant de Nemours, lui succéda.

Au jour ci-dessus, il réunit le Conseil de fabrique conformément à la loi du Concordat et fit dresser procès-verbal d’installation. La cérémonie canonique eut lieu le dimanche 18 avril. Monsieur le vicaire général Mathieu, archiprêtre de la Cathédrale, empêché, délégua pour présider la cérémonie Monsieur le chanoine Couturier, aumônier des sœurs du Bon-Pasteur. Y assistaient : Monsieur Jauny, aumônier des religieuses trinitaires, et Monsieur Juliard, prêtre retiré à Misserghin.





LA CROIX ELEVEE SUR LA PLACE DE L’EGLISE



La croix que l’on salue devant l’église fut tout d’abord érigée en 1852 sur la place du nouveau village. Elle est due au Conseil de fabrique qui fit vœu de l’élever si la paroisse était préservée du choléra.

Misserghin ayant étant préservé du fléau, le vœu fut accompli.

Cette croix coûte 424 francs. Elle fut payée par le produit d’une quête à domicile que fit Monsieur Cassan dans la paroisse. Elle fut bénite le 21 avril 1852, deuxième dimanche après Pâques.

L’an 1861 et le 20 décembre, le Conseil Municipal, extraordinairement convoqué, demanda de transférer la croix au centre du nouveau cimetière. Il invoquait dans cette demande les considérations qui suivent :

« Le Maire expose au Conseil que la croix qui se trouve sur la place publique du nouveau village près de l’abreuvoir, où deux fois par jour stationne le troupeau communal, où ont lieu les danses et les fêtes publiques, où se réunissent les enfants du village qui lancent des pierres sur les symboles sacrés, n’est pas convenablement placée et qu’il conviendrait mieux de la transférer au centre du nouveau cimetière. »

Monsieur le curé Janisson et le Conseil de fabrique protestèrent et l’évêché obtint du Préfet qu’on ne toucherait pas à la croix. Nous lisons à ce sujet dans un procès-verbal de séance du 24 février 1862 :

« Monsieur le Maire expose qu’il a reçu de Monsieur le Préfet une lettre lui transmettant une réclamation formée par Monsieur le vicaire général Compte-Calix dans laquelle il se plaint amèrement de ce que le Conseil Municipal ait décidé d’enlever la croix de la place publique, que pour éviter toute contestation et prouver au clergé que l’intention de la municipalité n’a jamais été de froisser les croyances religieuses, il propose de laisser la croix et d’en placer une autre au cimetière. »

Cette question fut reprise en 1881 à la séance du Conseil de fabrique, le 20 février. Monsieur le curé Lafuma donna lecture de deux lettres. La première, signée du Conseil Municipal en date du 10 …… demandait à la fabrique l’autorisation de transférer la croix en face du lavoir du village neuf, sous les arbres qui bordent le boulevard, à l’alignement de la maison Binet. La seconde lettre signée par Monsieur Lafuma au nom du Conseil de fabrique, en date du 14 du même mois, informait la municipalité qu’il serait fait bon accueil à sa demande si elle s’engageait, en séance et par procès-verbal, à assurer au monument, et ceci a perpétuité, le terrain sur lequel on voulait le placer.

Le Maire ne répondit pas à cette lettre, les choses se compliquèrent à tel point que malgré d’autres protestations faites de vive voix et du haut de la chaire, la croix disparut de la place publique. Monsieur Lafuma la fit placer à l’endroit qu’elle occupe devant l’église.

LE CIMETIERE

Les soldats chrétiens décédés au camp étaient enterrés sur le penchant d’un monticule situé au Nord, derrière l’église et distant de celle-ci d’environ 600 mètres.

Le centre créé, le cimetière fut maintenu au même endroit.

Par suite de considérations plus ou moins fondées et contre lesquelles s’élève aujourd’hui la population presque entière, le Conseil Municipal, mal inspiré, prétendit (séance du 8 mai 1898) que ce cimetière n’était pas convenable et qu’il présentait des difficultés énormes pour le creusage des fosses. Il émit donc le vœu de le déclasser et d’en créer un autre à une distance convenable (sic) du village, dans un terrain présentant moins de difficultés et en permettant la clôture en maçonnerie.

La Préfecture ne répondit pas d’abord à ce vœu.

Le Conseil le renouvela dans sa séance ordinaire du mois d’août et obtint l’approbation préfectorale.

Le cimetière fut donc transféré à l’endroit qu’il occupe (à une distance convenable) c’est-à-dire 1 840 mètres de l’église et a deux kilomètres presque des dernières maisons du vieux village. Il y a là de quoi occuper les loisirs du clergé de Misserghin surtout quand la levée du corps doit se faire aux extrémités des villages parce qu’alors le parcours de la maison à l’église et de l’église au cimetière est d’environ 9 kilomètres 500 sans tenir compte du retour, parce qu’ordinairement on revient du cimetière en voiture.

Etant données les difficultés au sujet de la croix de la grande place, le Conseil Municipal eut à s’occuper le 25 mai 1862 d’une autre croix à ériger dans ce cimetière. Monsieur le Maire fournit deux devis. Le premier était de Monsieur Lençon, menuisier, qui pour 22 francs s’engageait à faire une croix en bois. Le second était présenté par Monsieur Lagarrigues, tailleur de pierres et maçon. Pour 59 francs et 20 centimes, ce dernier s’engageait à faire une croix en pierres de taille.

On ignore les raisons pour lesquelles le projet moins avantageux de Lençon fut préféré à celui de Lagarrigues.

De cette croix en bois, il ne reste plus que le souvenir. Elle est tombée de vétusté et personne n’a songé à la relever.

Nous ne parlerons de la bénédiction du cimetière que pour dire qu’on peut être certain qu’il a été béni. Les archives de la paroisse sont muettes au sujet de cette cérémonie mais des témoins affirment y avoir assisté et, d’autre part, nous lisons dans le procès-verbal de séance du Conseil Municipal, en date du 8 février 1869 ce qui suit et qui nous fixe en même temps sur la répartition des diverses parties du sol.

« Monsieur le Président expose que lors de la bénédiction du cimetière neuf, la répartition des parties affectées aux différents cultes n’a pas été établie par délibération du Conseil et ne l’a été que par convention verbale, qu’il est indispensable de régulariser cette décision etc. etc. »

A cette séance, le Conseil divisa le terrain en six carrés séparés par de grandes allées complantées de cyprès.

A droite en sortant : le premier carré est destiné aux enfants catholiques, le deuxième carré est destiné aux concessions catholiques, le troisième carré est destiné aux protestants.

A gauche en entrant : le premier et le deuxième carrés sont destinés aux adultes catholiques, le troisième carré est destiné aux morts-nés, aux enfants sans baptême et aux suicidés.

LE PRESBYTERE

Misserghin n’a jamais possédé un presbytère communal. La municipalité a toujours fourni au curé de la paroisse une indemnité de logement. Cette indemnité était de 500 francs par an jusqu’au jour où l’évêché s’offrit à loger le curé. A cette époque l’indemnité de logement fut réduite à 300 francs.

Il y eut pourtant de la part de la municipalité une tentative de construction d’un presbytère, c’était en 1878. La commune disposait alors d’une somme de 3 400 francs. Le Conseil Municipal demanda au Préfet de vouloir bien l’autoriser à se servir de cette somme pour construire un presbytère et sollicita en même temps de l’Etat une subvention de 3 000 francs.

Le Presbytère devait être fait immédiatement, l’emplacement choisi était le côté droit de l’église un peu sur le devant, vers la grande route.

Le logement comprenait huit grandes pièces avec cuisine et un premier étage, vaste jardin tout autour de l’église, hangar, écurie, buanderie, cave et poulailler. Le Maire envoya au Préfet plans et devis dressés par l’architecte Vernier (séance du Conseil Municipal du 27 juin 1878 et du 11 juin 1879). Le Préfet ne répondit pas et le changement de municipalité enterra le beau projet.

Le R. P. Abram logeait dans la pépinière.

Monsieur Cassan logea au vieux village dans la belle maison qui a aujourd’hui pour enseigne « Cantine du bon coin ».

Monsieur Janisson choisit une demeure plus modeste et plus près de l’église, en face du presbytère actuel, de l’autre côté de la route. C’est là qu’il mourut. Monsieur Tromy occupa cette maison jusqu’en 1879. A cette époque l’évêché, devenu propriétaire du jardin de Monsieur Janisson, mit à sa disposition la vieille masure qui s’y trouve.

Pour Monsieur Derrien, en 1887, l’évêché fit construire un presbytère plus confortable. C’est là que depuis ont logé tous les curés de Misserghin. L’année dernière, jardin et presbytère ont été vendus à Monsieur Aubian.

ACTES DE CATHOLICITE ET MISSIONS

Les feuilles de catholicité soigneusement classées par Monsieur Galan forment quatre gros volumes. Le quatrième livre contient une table générale qui permet de trouver promptement les actes dont on a besoin. Sur cette table sont inscrits, année par année, par lettre alphabétique, avec leur numéro d’ordre, baptêmes, mariages, sépultures, depuis le commencement de la paroisse jusqu’à nos jours.


Quant aux missions données à Misserghin, nous ne les connaissons que depuis l’arrivée des missionnaires Lazaristes (9 août 1882) dans le diocèse.

La première mission donnée par eux eut lieu en 1882, elle fut prêchée par un missionnaire dont nous regrettons de ne pas connaître le nom. Elle eût lieu du 10 au 23 décembre.

En 1887, Monsieur Serra, du 1er au 13 février, donna aux Espagnols une mission de quinze jours.

La même année, du 23 février au 13 mars, Monsieur Vergeat donna une mission de vingt jours aux Français.

En 1892, Monsieur Serra revint en janvier prêcher pendant quinze jours à ses chers Espagnols.

En 1893, du 22 janvier au 3 février, Monsieur Rivière s’occupa des Français.

En 1895, Monsieur Obella travailla les Espagnols du 10 au 24 novembre.

L’année suivante, 1896, Monsieur Rivière prêcha un ……. Il revint en 1897 pour une mission française qui dura du 17 octobre au 2 novembre.

Monsieur Obella et Monsieur Rivière prêchèrent encore plus tard chacun une retraite mais la date nous est inconnue.

La dernière mission donnée à Misserghin fut prêchée par le R. P. Evesque en 1909.

CREATION DE L’ECOLE LIBRE

A trois reprises, en 1837, en 1838 et en 1876 les curés de Misserghin essayèrent, sans jamais réussir, de confier les écoles communales aux religieuses trinitaires et aux frères de la doctrine chrétienne à la dernière tentative.

Dans les premiers jours de l’année 1857, Monsieur le Maire se vit dans l’obligation de demander le changement de l’institutrice laïque. Il écrivit à l’Inspecteur d’Académie disant qu’il s’était entendu avec Monsieur le curé pour solliciter ce changement. Il ajoute dans sa lettre : « Monsieur le curé désirerait des sœurs ; pour moi, je préfère une institutrice laïque. Essayons encore une fois ! Une institutrice d’un âge mur, pas trop pourtant, nous conviendrait mieux que ces jeunes personnes dont l’unique souci est la toilette. »

Au mois de mai, Monsieur l’Inspecteur n’avait pas encore répondu et l’école était presque déserte. Un rapport signé de Monsieur le curé, du Maire et de l’adjoint, contenant les plaintes des frères de famille, fut adressé à l’Académie.

Malheureusement l’institutrice était défendue par son frère Monsieur l’abbé Mailly. Son caractère de prêtre donnait une certaine valeur à ses arguments en faveur de sa sœur. Aussi le Préfet répondit à ce rapport par une dépêche sévère. Le Maire ne se tint pas pour battu. Il écrivit une longue lettre dans laquelle il commence par justifier auprès du Préfet le curé de la paroisse, faisant valoir que si le curé demande le changement de l’institutrice, il se place uniquement sur le terrain religieux, parce que Mademoiselle Mailly, loin d’édifier les enfants, les scandalise trop souvent. Son indifférence, son peu d’exactitude à assister aux offices, l’obligent à s’en plaindre parce qu’elle n’observe aucune des obligations imposées par le règlement. Il légitime ensuite les griefs qu’en qualité de Maire, il invoque contre cette institutrice. Elle ne prend, dit-il, aucun soin des enfants, elle les abandonne en classe soit pour recevoir des visites dans sa chambre, soit pour en faire à Monsieur Dupont, maréchal des logis. C’est ce qui est cause que les frères de famille retirent leurs enfants de l’école, préférant les garder chez eux ou les envoyer à l’école des garçons. Monsieur le Maire conclut en demandant une enquête. A la suite de cette enquête Mademoiselle Mailly fut déplacée mais l’école resta entre les mains des laïques.

En 1859, l’institutrice communale et la directrice de la salle d’asile ayant donné leur démission, les dames trinitaires firent des propositions au Conseil Municipal et adressèrent une demande au Préfet pour avoir l’école des filles et la salle d’asile. Le 18 juillet, le Préfet invita le Conseil Municipal à donner son avis. Il ne fut pas favorable aux religieuses. Les raisons de ce refus sont absurdes : « Après mure réflexion, dit le procès-verbal de séance, le Conseil considère qu’il croit de son devoir et dans l’intérêt de la localité de conserver les écoles des filles aux institutrices laïques, que la différence de religion des habitants pourrait empêcher un certain nombre de familles d’envoyer leurs enfants aux écoles religieuses. »

En 1876, l’instituteur Bonnel et dame Bernard, institutrice, prirent leur retraite. Le Préfet, par un télégramme du 30 juillet, demanda au Conseil si la commune voulait maintenir les laïques ou les remplacer par des frères et des religieuses. On vota au scrutin secret. Il y avait neuf membres présents, le Maire s’abstint, il y eut six suffrages pour le maintien des écoles laïques et deux suffrages contre.

Ce vote d’une municipalité foncièrement bonne présidée par Monsieur Auzimour frère, allant contre le désir presque unanime de la population misserghinoise, nous surprendrait si nous ne savions pas qu’il fut dicté et favorisé par des influences que nous devons tenir secrètes !

En 1881, Monsieur le curé Lafuma fonda l’école libre. Trois religieuses trinitaires furent envoyées de France pour ouvrir les classes et l’asile.

Le Révérend Père Abram et Monsieur Colomer encouragèrent et soutinrent l’œuvre en fournissant des subsides aux enfants indigents qu’ils y firent admettre en grand nombre. Les classes furent ornées par les soins de Monsieur Lafuma et de Monsieur Derrien, plus tard la Société d’Education et d’Enseignement, l’œuvre de St François de Sales, offrirent des dons généreux, ce qui permit de recevoir gratuitement d’autres élèves et de supporter la charge d’un loyer de 700 francs par an. Actuellement, une vingtaine d’enfants de l’orphelinat étrangers à la paroisse fréquentent cette école et le nombre des élèves du pays n’arrive pas à 50 élèves.

Comme science, on obtient des résultats heureux aux examens du Certificat d’Etude. Comme piété et préparation à la Première Communion, les enfants donnent généralement des consolations mais ne persévèrent pas dans la suite. Si nous en jugeons par les anciennes élèves, plusieurs mères de famille, nous constatons avec peine qu’elles n’ont à peu près rien conservé de la piété de leur jeunesse.

LES FRERES DE L’ANNONCIATION

Les Frères de l’Annonciation durent leur existence à un chartreux, le Révérend Père Maller qui en 1840 avait fondé à Montpellier, au quartier St Denis, une maison de religieuses pour s’occuper des garçons orphelins du diocèse. Quelques mois après cette fondation, le Père Maller mourait. L’évêque de Montpellier, Monseigneur Thiebault, confia à Monsieur l’abbé Abram la direction de l’œuvre. Celui-ci quitta le grand séminaire où il était professeur et se mit à la tête de la maison qui comptait alors 4 novices, 4 postulants et 50 orphelins. Il y avait en caisse 1,50 franc. Le nouveau supérieur vit de suite l’impossibilité de jamais réussir. Comme par hasard, un journal tombe un jour sous sa main, il contenait l’annonce du Gouverneur Puhandon demandant le concours nécessaire pour fonder un orphelinat de garçons dans la province d’Oran. Le Père Abram entrevoit aussitôt le bien qu’il pourrait faire en Algérie. Le 30 octobre 1848, il s’embarque à Marseille. Arrivé à Alger, il va confier à Notre Dame des Victoires ses désirs et ses projets. Il se rend ensuite à l’évêché où Monseigneur Pavy le reçoit et lui donne une lettre de recommandation pour le Ministre des Colonies. Le Père part aussitôt pour Paris et obtient l’autorisation de créer l’orphelinat qu’il projette dans la province d’Oran. Il part pour Oran, va trouver le directeur des Affaires Civiles : « J’ai ce qu’il vous faut lui dit Monsieur Ville-Desmay. A Misserghin il y a deux propriétés qui me paraissent convenir à votre œuvre. C’est Temsalmet et la ferme du capitaine Taillant. Allez les visiter et choisissez ce qui vous plaira. » Bien que Temsalmet avec ses 200 hectares de terrain de première qualité eût une valeur très supérieure à celle de la ferme Taillant qui ne possédait que 40 hectares environ, le choix du Père s’arrêta sur cette dernière ferme. Ce choix s’explique par l’éloignement de Temsalmet situé à 3 kilomètres de Misserghin. La ferme Taillant fait partie du groupement du village et puis le Révérend Père avait pris en pitié la famille si intéressante du capitaine qu’il savait sauver de la ruine et dont à sa visite il avait trouvé les filles réunies auprès d’une statue de la Vierge la suppliant de leur épargner une expropriation devenue inévitable.

Le Père Abram repart pour Paris avec des lettres très favorables de la direction d’Oran. Il frappe de nouveau à la porte du Ministère des Colonies, expose ses désirs mais on lui répond que les caisses de l’Etat sont vides. « Je vous donnerai 300 hectares de terre lui dit le Ministre, mais quarante mille francs pour l’achat de la ferme, non c’est impossible, les caisses de l’Etat sont vides. » Le supérieur est désolé, il passe à Montpellier, à sa maison et constate qu’elle est condamnée à périr. Il ne peut cependant pas se résoudre à abandonner l’œuvre qui lui a été confiée. Il s’adressa à un député influent qui le seconde dans ses dimanches : « Inutile s’obstine à répondre le Ministre, il n’y a rien dans les caisses de l’Etat. » Il va alors se jeter aux pieds de Notre Dame de Paris, puis il adresse au Ministre la lettre suivante : « A monsieur le Ministre. J’ai une grande confiance à la Ste Vierge et je voudrais avant la fin du mois obtenir la faveur que je sollicite. J’ai pleine confiance que demain l’achat de la propriété Taillant sera signé et concédé à notre institut. »

Trois jours après, le chef de bureau du Ministère va le trouver. « C’est fait, lui dit-il, l’achat a été signé le 31 mai. » De par un traité passé avec le Ministre, le nouveau propriétaire de la ferme s’engageait à élever les orphelins, quelque en fut le nombre, moyennant 0,75 franc par jour payé par la direction d’Oran, jusqu’à l’âge de 12 ans. Après cet âge, les orphelins devaient être gardés jusqu’à la conscription, aux classes ordinaires de l’Assistance et sans aucune redevance.

De Paris, le Révérend Père va chercher sa famille à Montpellier. Il s’embarque avec les frères : Louis, Augustin, Tuléran, Régis, Liguori, Ange, Stanislas et une dizaine d’enfants de dix à douze ans.

La petite troupe n’avait pour toute fortune que 500 francs. La position, il faut l’avouer, n’était pas brillante. Les commencements furent pénibles.

A l’époque du choléra et de la misère, le Père ramasse tous les enfants trouvés, abandonnés ou orphelins. Bientôt la maison ne peut plus les loger tant ils sont nombreux. Il s’adresse de nouveau au gouvernement et après trois ans de sollicitations il obtient en 1851, par décret du 16 août, le vaste emplacement occupé jusqu’alors par les spahis, avec les bâtiments et les terrains qui y étaient affectés, à savoir : la pépinière et plusieurs terrains contigus, le tout formant une superficie de 67 à 70 hectares. Il fut mis en possession du camp par le général Pélissier. En retour de cette concession, le Père agrandissait son orphelinat, s’engageait à y recevoir 200 élèves pour le moins et passait avec l’administration un traité fixant spécialement le genre d’instruction et d’apprentissage que devaient recevoir les enfants, les conditions de régime alimentaire et tout ce qui touche à l’entretien.

Cette cession du camp eut comme conséquence la diminution de la troupe. Deux escadrons quittèrent Misserghin. De là, des protestations de la part des colons intéressés dont un grand nombre commerçait avec les soldats. On résolut de se venger : pour cela on s’en prend à l’orphelinat et on décide d’incendier les baraquements du camp pendant la nuit. Mais le Général Pélissier veillait, au moment où allait s’exécuter cet acte criminel, il réunit ses hommes et d’un ton nasillard et sévère : « S’ils bougent, les colons, leur dit-il, "F… une balle dans le c… " ne les épargnez pas. » Les colons, apprenant par une indiscrétion ce qui se passait, n’osent plus bouger. Le Général endosse des habits civils et va monter la garde durant toute la nuit derrière la maison Montauban où se trouvent aujourd’hui les religieuses trinitaires. Il se retire vers 6 heures du matin, entend la messe dans une chambre érigée en chapelle (cette chapelle existe encore). A la sortie de la messe, les colons inquiets attendent à la porte pour faire leurs excuses et promettre au Général que la tranquillité ne serait plus troublée.

Extérieurement tout demeura calme en effet mais la vengeance ne tarda pas à s’exercer. C’est au Père lui-même qu’on s’en prend, c’est par la calomnie que l’on tente d’anéantir son œuvre. A quelques années de là, un faussaire puis une femme indigne le traînent devant les tribunaux mais, grâce à Dieu, chaque fois les fourbes sont confondus.

En 1860, pour consolider son œuvre, le Père Abram la plaça sous le patronage de Notre Dame de l’Annonciation. Il fit achever la grande chapelle commencée en 1852, au-dessus de la porte d’entrée sous les pieds d’une statue de la Vierge, il mit cette inscription « P…… me Custodem ». Lui et ses frères prirent le nom de Frères de l’Annonciation et revêtirent comme livrée de Marie soutane, ……, chapeau, bas, de couleur blanche et cordon bleu, avec un crucifix attaché par un autre cordon bleu à leur cou et retombant sur la poitrine.

A partir de ce jour, l’orphelinat ne fit que prospérer et grandir. L’ancien camp retranché est devenu un site enchanteur où l’utile est savamment mêlé à l’agréable. Quand il le visita en 1881, Jules Ferry fut frappé d’étonnement et d’admiration : « Sans doute dit-il, le gouvernement vous a aidé pour accomplir si grande merveille. » « Le gouvernement, répondit le Père, nous a vendu très cher cette propriété et si nous sommes arrivés à des résultats heureux nous le devons à Dieu et à sa Divine Mère. »

L’établissement s’étend sur un territoire de près de 500 hectares. De larges …… traversent la propriété et la divisent suivant la nature des productions ou des plantations. Ici une foret de mandariniers, là, une forêt d’orangers, plus loin un bois d’oliviers. Sur l’un des côtés, une vaste pépinière, sur l’autre des vignes à perte de vue.

Du temps du Père Abram, il y avait encore dans les environs les fermes de Ste Anne, de Ste Marie, de St Joachim, du Tessalah et les moulins du Ravin. Les bâtiments comprenaient trois chapelles, l’infirmerie, les bureaux, les logements des Frères, ceux des élèves, la cave, les écuries, les hangars, une distillerie, des ateliers de tonnellerie, de charronnage, de tannerie, de cordonnerie et de tailleurs d’habits, puis la boucherie, la charcuterie, la boulangerie, l’épicerie.

Comme population, il y avait une cinquantaine de Frères, plus de 200 enfants et une communauté de religieuses franciscaines dont nous ne dirons rien. La maison était ouverte à tout le monde, notamment aux pauvres.

En 1887, grâce aux démarches de Monseigneur Ordin, ancien Evêque d’Oran et ami personnel du Père, grâce aussi aux instances du Révérend Père Brichet de la Congrégation du St Esprit, les règles de la communauté furent approuvées par le St Siège.

Elle fut l’œuvre des Frères de l’Annonciation de Misserghin, telle elle était à la mort du Père arrivée le 13 juillet 1892.

Le bon Père ! Il dort maintenant son dernier sommeil dans le cimetière de l’orphelinat. Souvent il m’arrive de m’arrêter près de sa tombe trop délaissée et chaque fois je crois entendre une voix mystérieuse qui me dit : « Il est bien heureux, il repose ». Le repos, en effet, il ne l’a trouvé qu’au cimetière. Il n’a trouvé la gloire et le bonheur réel qu’à l’heure où le ciel s’est ouvert pour le recevoir.

Reposez en paix, Père vénéré. La mort vous a épargné bien des tristesses ! … Le diocèse de Montpellier vous avait donné à Oran pour faire fleurir dans son sein vos vertus, vos bienfaits, et votre œuvre… Vos vertus et vos bienfaits, le temps ne peut les faire oublier, mais votre œuvre est tombée !!! L’histoire le dira. Si le diocèse d’Oran vous pleure ! Comme pour faire durer jusque dans la mort les liens d’affection qui vous unissaient à votre diocèse d’origine, c’est un enfant de Montpellier qui est chargé désormais, en sa qualité de curé de Misserghin, de se souvenir de vous au moment des morts …

Huit ans après, à la suite de circonstances qu’il ne nous appartient pas de juger et que nous croyons devoir taire, tout est brusquement détruit, c’est la ruine totale, la mort de l’œuvre est constatée. Déjà Juifs et Franc-Maçons s’apprêtaient à la descente dans la tombe et à prendre lieu et place des Frères de l’Annonciation. Mais ils comptaient sans la vigilance de Monseigneur Cantel, à ses démarches, à ses instantes réitérées, le diocèse doit de n’avoir pas eu à gémir sur les ruines. Sur les conseils de sa Grandeur, en 1890, Monsieur l’abbé M…… achetait de ses propres deniers, par traité passé à l’ambassade d’Allemagne à Paris, la propriété avec toutes ses dépendances et gardait à sa charge les anciens Frères du couvent.

La maison est très prospère, néanmoins on dirait une nécropole parce que la vie religieuse en a disparu.

LES SŒURS DU BON PASTEUR

Le directeur des Affaires Civiles d’Oran, Monsieur Ville-Dermay, avait manifesté à Monseigneur Pavy le désir d’avoir des religieuses du Bon Pasteur dans sa province.

Le 20 avril 1891, la Révérente Mère Marie Ste Philomène, baronne de Stransky, fondatrice et supérieure du Bon Pasteur d’El Biar, arrivait à Misserghin pour y laisser son assistante, Sœur Marie du Cœur de Marie Borel, et une autre religieuse, chargées de commencer l’œuvre en attendant que la maison mère d’Angers envoyât d’autres sœurs. Elles trouvèrent la maison Vaillant qui leur était destinée et qui jusqu’alors avait été occupée par les Frères du Révérend Père Abram, presque inhabitable.

Le général de Montauban offrit de les loger dans sa demeure et mit à leur disposition trois chambres dont une fut transformée en chapelle.

Le lendemain, Monsieur Salmon, curé de St André d’Oran, y célébra la sainte messe et y laissa la sainte réserve en demandant à Dieu d’adoucir par sa présence les sacrifices que les deux vaillantes religieuses eurent à subir dès le début de leur difficile mission. Elles restèrent un mois chez le Général. Pendant ce temps, elles hâtèrent les réparations les plus urgentes qu’on faisait à leur maison et s’y retirèrent avec quelques enfants recueillis à Misserghin. Tous les matins elles assistaient à la messe à l’église de la paroisse.

Monseigneur Paty, le Révérend Père Abram et le Général de Montauban pourvurent aux premiers besoins. La Supérieure d’El Biar envoya quelques religieuses. Angers en fournit trois, de sorte que la communauté se trouva avec une dizaine de sœurs à la prise de possession du monastère. La communauté resta tout d’abord sous la direction immédiate de la Révérente Mère Supérieure provinciale.

En 1892 et au mois d’octobre, son assistante, Sœur Marie du Cœur de Marie Borel, fut nommée Supérieure. En la fête du Sacré-Cœur de Jésus, elle fut solennellement installée dans ses fonctions par le Révérend Père Abram.

Après quatorze années de supériorat elle mourut à Misserghin le 6 novembre 1867.

Par son grand dévouement et par son intelligence, elle avait réussi à rendre l’œuvre florissante et à lui gagner les sympathies des autorités civiles et ecclésiastiques.

Son premier soin fut de se créer une clôture et de se garder contre le brigandage des arabes.

Le Général de Montauban mit des soldats à sa disposition qui construirent les murs d’entourage et qui canalisèrent l’eau nécessaire à la maison. Pendant que les soldats maçonnaient, elle-même, ses sœurs et leurs premières pénitentes ramassaient les pierres et les portaient aux ouvriers.

L’enclos terminé, elles accueillirent un grand nombre de pensionnaires. Cependant la grande distance d’Oran fut cause que ce nombre n’augmenta pas vite.

On établit deux catégories entièrement séparées : celles des préservées, où sont reçues depuis l’âge de 4 ans les jeunes enfants présentées par leurs parents, par la Préfecture ou par des familles charitables. Ces enfants préservées des dangers du monde reçoivent le bienfait d’une éducation qui leur permettra de gagner plus tard honorablement leur vie.

Dans l’autre catégorie, on reçoit les jeunes filles et les femmes qui ont besoin de se réhabiliter et qui sont présentées soit par les parents soit par la Préfecture. On y admet souvent celles qui se présentent d’elles-mêmes. Elles sont ordinairement dénuées de tout et dans un état moal et physique déplorable.

Sous l’influence des religieuses du Bon Pasteur, plusieurs deviennent d’excellentes femmes de ménage et de bonnes mères de famille. D’autres ne voulant pas s’exposer aux dangers du passé sont admises, après une épreuve plus ou moins longue, à se consacrer à Dieu sous le nom de Madeleines ou celui de Consacrées.

La maison Vaillant, trop étroite, ne se prêtait pas à l’œuvre. Pour loger plus de monde et opérer la séparation entre les catégories, on dût agrandir la demeure.

En 1859, on commença les nouvelles constructions selon les plans dressés par Monsieur l’Abbé Lamy, secrétaire général de Monseigneur Pavy.

La bénédiction de la première prière eût lieu le 21 mars. Elle fut donnée par Monsieur Compte-Calix. Le 23 janvier 1856 Monsieur Compte-Calix bénit le monastère terminé.

Dans les premiers mois de leur arrivée, le Révérend Père Abram se mit à la disposition des sœurs pour les secours spirituels. Monsieur Cassan devenu curé de Misserghin remplit ensuite les fonctions d’aumônier. Monsieur Janisson les continua jusqu’en 1869. A cette époque Monsieur Mage reçut le premier le titre d’aumônier du monastère. Il quitta dix ans après pour aller curé à Valmy. Il eût pour successeur (le 1er mai 1873) Monsieur Héraut. Au mois de septembre 1877 Monsieur Héraut demanda son changement pour raison de santé.

Monseigneur Vigne le remplaça par Monsieur Berlier, curé de L’Hillil.

En 1879, le 28 août, Monsieur Berlier quitta la maison, il était nommé curé de St Lucien en remplacement de Monsieur Héraut qui revient au Bon Pasteur. Il y resta jusqu’à sa mort, arrivée le 15 avril 1885. Il fut enterré dans le cimetière des religieuses. Monseigneur Goussait donna à la communauté un digne remplaçant en la personne de Monsieur Fabreguettes, curé de Nemours. Mais la santé de ce prêtre laissa beaucoup à désirer. Malgré le désir des religieuses qui eussent voulu le garder, Monsieur Fabreguettes prit sa retraite le 26 décembre 1894. Il fut remplacé par le très digne et très honoré Monsieur le Chanoine Couturier.

LES RELIGIEUSES TRINITAIRES

En 1894, le département cédait par un traité aux Dames Trinitaires la propriété et la maison du Général de Montauban pour être affectées à l’orphelinat des jeunes filles, installé déjà depuis 1849 à Oran, quartier St Louis.

Le 8 septembre, deux religieuses venaient préparer les voies et pourvoir à l’aménage-ment de l’immeuble.

Le 22 octobre, une première prolonge amenait les nouvelles orphelines au nombre de trente. Quelques jours après arrivait une seconde prolonge avec trente-trois autres.

L’installation était loin d’être confortable puisque les pauvres enfants durent loger dans des salles qui servaient aux animaux de la ferme, écuries, bergerie, furent convertis en dortoirs, réfectoires, salles d’étude et de travail. Il n’y avait même pas un endroit assez vaste et assez convenable qui put servir de chapelle. On allait tous les jours à la messe à l’église provisoire chez le Père Abram.

En 1859, quand la Préfecture eut aménagé la salle actuelle de communauté, cette salle fut transformée en oratoire et Monsieur Millot, prêtre retraité, y célébra la première messe. Dans la suite de l’année on construisit le corps de bâtiment, à droite en entrant, dont le premier étage sert de dortoir aux orphelines et dont le rez-de-chaussée sert de chapelle, ce qui est tout à fait contraire aux règles liturgiques.

Monsieur Compte-Calix, assisté de Monsieur Janisson, inaugura cette chapelle en 1856.

En 1858, la Préfecture demanda la création d’une œuvre de sevrage mais les sujets faisant défaut cette œuvre ne fut pas de longue durée.

On pensa qu’il serait mieux de s’occuper de la vieillesse ; à cet effet, les Dames Trinitaires et le département passèrent en 1866 un nouveau traité par lequel, moyennant une redevance mensuelle de 90 francs, les religieuses s’engageaient à recevoir dans l’établis-sement les veilles indigentes et les incurables présentées par la Préfecture.

La première année 1867, on ne compta que dix admissions, mais le nombre alla en s’augmentant.

Actuellement, on compte une présence journalière de 120 femmes âgées ou infirmes.

L’année de la famine, 1868, l’orphelinat recueillit les enfants arabes. On en admit, dans l’année, 224, garçons ou filles.

L’instruction religieuse, l’étude, le travail manuel partageaient leur temps.

Monseigneur Callot encourageait leurs progrès en visitant souvent ces petits enfants dont il espérait faire des chrétiens. Un petit nombre seulement répondit aux désirs du Prélat.

Il ne reste plus à l’orphelinat que dix indigènes infirmes ou aveugles, leur entrée date de 1868.

Les autres furent placées en qualité de bonnes ou de femmes de ménage. Plusieurs se sont alliées à des arabes baptisés et ont formé des familles chrétiennes.

Une loi criminelle, celle de 1881, concernant les jeunes orphelines, paralyse les efforts des religieuses. Depuis 1854, les pupilles du département restaient à la charge de la Préfecture jusqu’à l’âge de 16 ans. Prises ensuite en charge par les Trinitaires elles étaient formées à tous les travaux de ferme et de couture. Elles restaient dans l’établissement jusqu’à 21 ans.

De par la nouvelle loi, toutes les enfants sont placées à partir de 19 ans, éloignées par conséquent de leurs maîtresses et jetées au milieu des dangers du monde. Quoi d’étonnant que livrées à elles-mêmes, à ces âges où la vertu court tant de risques, elles se perdent pour la plupart. Et pourtant à l’orphelinat ces enfants sont des modèles. On les y voit se préparer à la Première Communion avec toute l’ardeur de la piété et de l’innocence et après cet heureux jour, demander elles-mêmes à se nourrir fréquemment de Celui qu’on leur a appris à désirer. Les enfants de Marie sont nombreuses et ferventes. Elles répandent autour d’elles le bon exemple qui entraîne … Et peut-être demain de par la nouvelle loi on exposera pour les flétrir ces jeunes et belles âmes !

Plusieurs prêtres ont rempli dans la maison les fonctions d’aumônier, ce sont :

1° Monsieur Avit, aumônier provisoire en 1868,

2° Monsieur Fales, aumônier provisoire en 1869,

3° Monsieur Rigault, missionnaire apostolique, aumônier provisoire en 1870,

4° En 1880, Monsieur Lafuma, premier aumônier en titre. Il resta dans la maison.

5° Monsieur Lafuma fut remplacé par Monsieur Colonner qui resta aussi 10 ans. Il mourut à Misserghin le 1er juin 1891.

6° Monsieur Allier lui succéda aussitôt et demeura en fonctions jusqu’à juillet 1902.

Le 19 de ce même mois, le père Jauny fut nommé à la place de Monsieur Allier.

Il est édifiant d’énumérer le bien qui s’est fait dans cette maison des Dames Trinitaires depuis 1867.

Comme baptêmes, il y en a eu :

9 en 1868 14 en 1876 1 en 1897

12 en 1869 12 en 1877 9 en 1898

1 en 1870 1 en 1880 9 en 1899

9 en 1871 2 en 1882 1 en 1901

15 en 1872 1 en 1893 1 en 1903

Les décès s’élèvent chaque année à une moyenne de 20 à 25. Aux dates de la fondation on a eu à enregistrer trente décès de religieuses. Jusqu’en 1903 il semblait réservé aux religieuses de reposer dans le cimetière à l’ombre des cyprès qui abritent les restes de leur devancières. A cette époque, la Préfecture leur refusa cette faveur posthume en portant la défense d’enterrer sur le terrain de l’orphelinat. Déjà six d’entre elles sont disséminées dans le cimetière de la paroisse. Elles n’ont gardé d’autre distinction que la modeste croix trinitaire.

On peut dire qu’à part de très rares exceptions, toutes les vieilles terminent comme les religieuses leur carrière ici-bas, par une sainte mort.

On compte dans l’orphelinat 28 vocations religieuses d’orphelines entrées dans différentes communautés. Innombrables sont les retardataires ! Ces pauvres vieilles auxquelles il a fallu réapprendre leurs prières et remonter, pour les réconcilier avec Dieu, jusqu’à leur Première Communion, leur dernier acte religieux convenablement accompli.

D’autres, peu intelligentes, avaient atteint leur 29e ou 30e année lorsqu’elles ont pu faire leur 1re communion.

Plusieurs ont des infirmités douloureuses, beaucoup sont aveugles et on n’entend jamais de plaintes !

Telle est l’œuvre des Dames Trinitaires à Misserghin.

REGLEMENTATION EPISCOPALE CONCERNANT CERTAINS DROITS DE LA PAROISSE CONTESTES PAR LES COMMUNAUTES

Jusqu’au mois de mars 1874, certains actes de droit paroissial et de droit curial tels que baptêmes, sépultures et mariages étaient faits dans les communautés religieuses. L’ordinaire donnait des autorisations spéciales, sur demande formulée, pour chaque cas particulier.

Ces communautés n’ayant jamais été déclarées par Rome, indépendantes de la paroisse, Monsieur Tromy revendiqua ses droits de curé.

Monseigneur l’Evêque d’Oran, à la date ci-dessus indiquée, après une visite canonique dans chaque établissement religieux, déclara qu’il était de son devoir de reconnaître la légitimité des revendications du curé de Misserghin et ordonna que désormais baptêmes, mariages, enterrements se feraient à la paroisse conformément au droit canon.

Pour sanctionner cette mesure, Monseigneur envoya aussitôt à l’église paroissiale un orphelin adulte âgé de 19 ans, pour le baptême duquel le Révérend Père Abram avait demandé une autorisation spéciale. Monsieur Tromy baptisa cet enfant.

Malgré toutes les instances qui lui furent faites, l’Evêque maintint sa décision. Mais les communautés ne se soumirent que péniblement à ce nouveau règlement. Le Révérend Père Abram se montra le plus rebelle. Dans deux circonstances il chercha à se soustraire à la décision épiscopale mais chaque fois Monsieur le curé Tromy en référa à l’Evêque qui confirma purement et simplement les décisions par lui portées. (Nous possédons à l’occasion de ces incidents des lettres très intéressantes échangées entre le Père Abram et Monsieur Tromy mais nous croyons bien faire en les tenant secrètes.)

Après le départ de Monsieur Tromy, les communautés reprirent les droits auxquels elles prétendaient. Longtemps après, Monsieur Guinefoleau fit de nouvelles démarches auprès de l’autorité mais le résultat ne fut pas heureux pour lui puisque la situation resta inchangée.

Nous n’ignorons pas que les articles 103, 104, 105 et 107 des statuts synodaux reconnaissent aux aumôniers les droits contestés par Monsieur Tromy mais nous déclarons que c’est un abus et que le droit canon s’y trouve entièrement faussé. Ces articles doivent donc être corrigés. Nous appuyons nos dires sur un décret de la Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers du 18 mars 1898 qui dit « que les Evêques ne doivent pas priver un curé de l’exercice de ses droits paroissiaux (notamment : 1° Celui d’administrer le baptême, le viatique et l’extrême-onction aux personnes habitant sur la paroisse dudit curé alors même qu’elles sont dans un hospice, un collège, un orphelinat ou une maison de religieuses. 2° Celui de présider à la cérémonie de leurs funérailles.) L’Evêque, ajoute le même décret, peut confier à un autre prêtre qu’un curé la charge de directeur ou de confesseur. »

C’est à la suite d’une plainte d’un curé d’Albi contre son Evêque, Monseigneur Fonteneau, que ce décret a été rendu. L’Evêque avait nommé un aumônier dans une maison d’orphelines en lui donnant pouvoir de confesser, administrer et enterrer les personnes de l’orphelinat sans l’autorisation et même malgré les réclamations du curé. Celui-ci porta plainte, l’affaire fut jugée à Rome et Rome lui donna gain de cause.

Roma Locuta est Causa ……. Après la loi de séparation, peut-être le curé de Misserghin aurait-il besoin d’entrer en possession de tous ses droits ? Qu’en pense-t-on ?

COUP D’ŒIL D’ENSEMBLE SUR LA BEAUTE ET LA PROSPERITE MATERIELLES

D’après le dernier recensement, la population totale de Misserghin est de 4 359 habitants dont 2 462 européens et 1 897 indigènes.

Les Européens se divisent comme il suit : 632 Français et 1 830 étrangers.

Les Français habitant le centre sont au nombre de 334, ceux habitant les fermes au nombre de 98.

Les étrangers habitant le centre arrivent au chiffre de 1 419. Ceux habitant les fermes au chiffre de 418. La plupart sont d’origine espagnole.

Misserghin fut érigé en commune de plein exercice par un arrêté du Gouverneur Général en date du 1er juin 1837. L’autorité municipale fut constituée le 13 du mois de juillet suivant.

Misserghin s’offre aujourd’hui aux regards émerveillés au milieu d’un immense bouquet d’arbres avec ses maisons bien rangées, ses rues larges et longues bordées de trottoirs, avec la route nationale qui le traverse et ses canaux qui sillonnent ses nombreuses cultures.

Là-bas, dans le lointain, au Sud, c’est la chaîne du Tell montrant sa croupe formidable et le pic de Tafaraoui d’où descendent de sombres ravins à crevasses profondes. Au pied, le Lac Salé, miroitant de soleil, qu’aucune brise ne ride et qui semble endormi.

Sur le rivage du lac, les toits rouges qui signalent de nombreux fermes entourées d’arbres d’une verdure fraîche et jeune.

Au Nord, c’est la montagne mais sans aspect aride et dénué. Elle est boisée dans ses moindres parties, les essences qui y dominent sont le pin, le tuya, l’olivier sauvage et les lentisques.

La montagne abrite le village, c’est pourquoi si les chaleurs d’été y sont parfois pénibles, l’hiver y est pour ainsi dire inconnu car la moyenne thermométrique pendant la froide saison est d’environ 13 degrés aux dessus de zéro.

Il n’est pas surprenant que dans des conditions climatériques aussi exceptionnelles, on puisse cultiver l’oranger, le mandarinier, en un mot tous les arbres fruitiers des pays chauds.

La principale richesse provient de cette culture. La vigne y pousse à merveille, on la dit phylloxérée et on la reconstitue avec le plan américain mais elle donne encore abondamment des vins excellents qui peuvent être comparés aux meilleurs crus de l’Hérault, du Gard et de l’Aude. Citons les meilleurs, ce sont ceux des propriétés Aubain, Auzimour, Cordonnier, Lesammeur, M…… et par-dessus tous, le cru de la maison du Bon Pasteur auquel le très honoré Chanoine Couturier donne une réputation très justifiée de finesse et de bon goût.

Dès le mois de décembre, des chargements importants de primeurs sont expédiés sur Oran. La pomme de terre nouvelle, les haricots verts, les petits pois, les choux-fleurs, les artichauts abondent de décembre à mars. Jour et nuit à cette époque de l’année, sur la route nationale, c’est une suite presque ininterrompue de charrettes ou de camions se dirigeant vers la grande ville, chargés de légumes ou de fruits.

Le visage des paysans qui arrivent d’Oran, leurs affaires faites, porte ordinairement la satisfaction de la réussite. Le bruit de leurs attelages mêlé de joyeuses voix d’honnêtes travailleurs arrive souvent jusqu’à moi. Il me réjouit. Ne suis-je pas à Misserghin le père de famille ? Chaque fois, j’ai la conviction que ces braves ouvriers avec leur ceinture rouge qui ceint leurs reins fatigués, en bras de chemise, contents d’eux-mêmes, sont très estimables.

Le Ravin est un lieu d’excursion très apprécié des Oranais en même temps qu’un lieu de pèlerinage. En toute saison, le séjour y est agréable, la bise de mer y fait sentir son action bienfaisante. Dès le mois de janvier on y rencontre déjà la marguerite. Vienne une température plus douce, on y voit alors apparaître la rose.

De mars à la fin mai, l’aspect est idéal. Sous le ciel d’azur rarement trouble, les arbres se couvrent de fleurs sur huit kilomètres de long et déversent dans l’atmosphère leurs doux parfums auxquels s’ajoute celui des plantes odoriférantes qui poussent sur la colline.

A quatre kilomètres, on trouve la grotte de Lourdes construite par le Révérend Père Abram pour perpétuer à Misserghin le souvenir de la proclamation du dogme de L’Immaculée Conception. Elle est surmontée du buste de Pie IX. Un autel y est dressé dans le fond et l’apparition miraculeuse y est figurée par les statues de la Vierge et de Bernadette. On y vient d’Oran et des villages alentour. Souvent la messe y est célébrée. Continuellement la grotte resplendit de lumières et ses parois sont couvertes d’ex-voto.

Le Père M……, en vendant sa propriété des Moulins, eût été bien inspiré de se réserver la grotte. Il l’a malheureusement oublié. C’était pourtant une précaution à prendre pour la garantir contre une profanation possible.
La grotte de Misserghin
Vign_la_grotte2_misserghin
L'autel dans la Grotte
Vign_la_grotte_misserghin
Le Cimetière
 
Vign_lourmel_cimetiere_0_google_earth

Le cimetière de Lourmel
Tristesse et désolation

J'ai éprouvé beaucoup de peine mais aussi un sentiment de révolte à découvrir en 1991ce triste spectacle: sépultures ouvertes pour ne pas dire saccagées, croix détruites, plaques cassées... dans un cimetière à l'état d'abandon. Mais j'ai vu pire que celui de Lourmel... Pourquoi en dire plus !

Quand on sait que l'Etat français verse chaque année une somme d'argent conséquente pour l'entretien des cimetières ! Seuls ceux des grandes villes sont vraiment entretenus, moins ceux des villages.. celui de Lourmel est un exemple.

Pour l'anecdote...le gardien du cimetière cultivait en ce lieu ses tomates...
Le cimetière en 1991
Le cimetière en 2004 (Photos Annie Rocamora et Jean-Pierre Lopez)
Des images qui parlent d'elles-mêmes !

J'ajouterais quand même - pour avoir vu le Cimetière en 1991 - que les dégradations empirent. A bien observer, il ne semble pas qu'elles tiennent au simple fait de l'érosion du temps....  
Le cimetière en 2011
Vign_cimetiere_lourmel
Respect à nos ancêtres qui reposent dans ce pays d'Algérie qu'ils ont aimé comme ils ont aimé les Algériens qui vivaient à leur côté. Il est leur faire injure que de dégrader leur dernière demeure et leur bien passif état corporel. Merci

                                                                                                 DE PROFUNDIS !
 
L'horreur (Photos de Ange Magan)
 
©bernard robert 2016 - Site enregistré à la CNIL
Créer un site avec WebSelf