LOURMEL

Village de l'Algérie française
Muezzin
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Poème d'un lourmélien
Lourmel, village cher à mon cœur
Qu’es-tu devenu ?
J'avais 22 printemps et j'étais plein d'ardeur
Lorsque je t'ai connu.
Depuis plus de trois ans, nous étions en guerre
Mais, dans ce havre de paix.
Bien loin de mon père et de ma mère
Je retrouvais le bonheur et la sérénité.
J'avais quitté la France occupée
Pour l'Afrique et la liberté retrouvée.
Lourmel, c'était tes rues droites et bien tracées
La grande et belle place très ombragée,
Avec tes palmiers et tes arbres taillés au carré.
Des centaines d'oiseaux s'abritaient-là.
Trois cigognes nichaient sur l'église Saint-Nicolas,
D'autres survolaient les toits.
Dans l'air frais du matin
Flottait un doux parfum
Indéfinissable, que l’on respirait avec un certain plaisir
Lorsque je passais dans tes rues ensoleillées,
J'entendais des femmes qui chantaient en travaillant
Je voyais les colons qui partaient aux champs
Et les enfants, en bandes joyeuses qui allaient à l’école
En se poursuivant et en poussant des cris stridents.
Le soir, sur le grand boulevard, les gens se promenaient
Au grand ravissement des soldats français,
Qui croisaient des essaims de jolies filles,
Plus belles les unes que les autres.
Lourmel, c'était le paradis où se côtoyaient
Chrétiens, Israélites et musulmans
Qui vivaient tous en parfaite harmonie
Dans la campagne, les vignes et les oliviers
S'étendaient à perte de vue.
Dans le lointain, le massif du Tessala
Brillait de mille éclats
Souvent, je m'arrêtais à l'église St Nicolas
Pour méditer, prier et me recueillir,
Pensant à ma patrie écrasée qui semblait défaillir
Dans le ciel, survolant le village,
Les américains arrivaient avec leurs "Dakota"
Et atterrissaient le long de la Grande Sebka
Faisant une courte escale en Oranie,
Avant de rejoindre la Tunisie.
J'étais heureux que le destin m'ait permis,
De connaître ce beau village d'Algérie
Où il faisait si bon vivre en ces temps maudits
Lorsque j'ai revu et quitté cette cité pour toujours,
Jamais mon cœur n'a été aussi lourd.
Notre magnifique drapeau tricolore
Qui flottait pour quelques jours encore
Sur le balcon de la mairie,
Et la croix plantée sur le clocher de l'église,
Semblaient me dire: "Va-t-en, c'est fini."
Lourmel, depuis ce terrible été soixante deux,
N'a plus d'âme, plus de sang.
I1 s'est vidé avec ses derniers habitants
Partis vers d’autres cieux plus cléments
Avec le désespoir et la haine dans le cœur
Maudissant pour toujours le fossoyeur,
Responsable de tant d'horreur, et de malheurs
Adieu, cher village de Lourmel
Que j'ai tant aimé et admiré,
Jamais, je ne t'oublierai.
Le vent de l'Histoire a soufflé si fort
Que l'église a disparu, remplacée,
Hélas, par une mosquée !
Jamais plus, je n'entendrai ta cloche sonner
Et ma peine est immense en cette journée.
Adieu Lourmel, village cher à mon cœur
Et de mes plus tendres amours.
Adieu pour toujours !... Je pleure...!

Roger CHOQUET (Mars 1943-juillet 1962)



Le village de Lourmel aujourd'hui : El Amria
L'accueil
Accueil des habitants d'El Amria (Lourmel)

J'ai souhaité mettre en exergue le chaleureux accueil que nous avons reçu, mon épouse, mes enfants et moi-même, chaque fois que nous nous sommes rendus à El Amria (Lourmel). Les photos qui illustrent cette rubrique sont là pour en attester.

Les familles Tidjini et Maroc, qui vivent depuis l'Indépendance dans les habitations de Paul Cambillau et Albert Garivier, ont manifesté une attention toute particulière à notre égard. Je puis dire, comme si nous faisions partie de la famille. Nous avons été accueillis chez eux à plusieurs reprises avec des égards sans aucune mesure. Chaque fois Kheïra et sa soeur se sont mises en quatre pour nous préparer de savoureux plats de la cuisine algérienne.

J'avoue que je reste très marqué par la gentillesse et les qualités de coeur de Kheïra.

L'accueil de la famille Baroudi a été tout aussi surprenant et remarquable. Un beau matin du mois d'Août 1991, accompagné de toute ma famille, je frappais à la porte de cette maison de plain-pied que mes parents habitaient quand ils vivaient à Lourmel où j'ai grandi jusqu'à l'âge de cinq ans avec mon frère Philippe, treize mois plus jeune que moi et ma soeur Danielle qui n'avait qu'un an quand nous avons vu s'éloigner l'Algérie. Une jeune femme nous a ouvert la porte. Après lui avoir expliqué que j'étais né dans cette maison et que j'avais passé ma plus tendre enfance en ce lieu, son mari nous a fait entrer. En quelques minutes, les matelas en mousse sur lesquels dormaient les enfants ont été débarassés et nous avons été invités à pénétrer dans une pièce qui était à l'époque la salle à manger de mes parents. Puis, nous avons visité toutes les pièces de l'habitation et l'extérieur où il m'arrivait de jouer avec le fils du Docteur Groscolas qui n'est autre que le célébre chanteur Pierre Groscolas auteur de "Lady lay " "Elise" "Fille du Vent.

Vers midi, au moment où nous allions prendre congé d'eux, ce couple nous a demandé d'accepter le repas, qu'il avait préparé à notre insu et, spécialement pour nous car ils se trouvaient en plein Ramadan. Nous avons décliné leur invitation, gênés malgré tout de voir ces braves gens nous regarder manger, à cette heure, privés qu'ils étaient par la religion. Cette attention de leur part nous a particulièrement touchés.

Cette visite m'aura permis de visualiser et de filmer tout ce qui faisait partie de mon univers jusqu'à l'âge de cinq ans. J'ai eu une pensée plus émue en découvrant la chambre dans laquelle ma mère m'a mise au monde - sur une table de cuisine - avec l'aide du Docteur Bouchut et de ma tante Céline Blanc, sage-femme à Lourmel.


Familles Tidjini - Maroc
Famille Baroudi
 
Autres rencontres

Un européen ne passe jamais inaperçu dans un village algérien, plus encore quand la plaque d'immatriculation verte de son véhicule dévoile un fonctionnaire d'ambassade.

Cette curiosité m'aura permis de rencontrer bon nombre de vieux lourméliens algériens qui se sont montrés particulièrement élogieux à l'écart de ma famille. J'ai entendu plusieurs personnes me lancer "il faut que tes parents reviennent, vous êtes les bienvenus"ou encore "tes parents étaient de braves gens et ils nous respectaient, dis leur de revenir"...Il était flagrant que ces hommes avaient besoin de me manifester leur attachement et leur reconnaissance. J'étais quelque peu fier d'entendre de tels propos et je n'ai pu douter un seul instant de la sincérité de ces personnes par l'attention toute particulière qu'ils me manifestaient. C'est avec eux que je suis allé au cimetière, c'est grâce à eux que j'ai pu visiter les maisons de ma famille. Je ne peux cacher qu'à chaque fois que j'ai quitté Lourmel, j'étais vraiment flatté par cette empreinte positive laissée par mes parents et grands parents dans ce village qui ne les a pas oubliés.

A aucun moment je n'ai ressenti de haine, d'animosité ou de rejet chez ces anciens; bien au contraire leurs témoignages avaient pour raison de me prouver leur attachement, leur forte sympathie, leur reconnaissance, voire certainement l'expression d'un besoin. Malgré ces encouragements "à revenir", je sais pertinemment que Lourmel a été et ne sera plus, sauf dans nos mémoires et dans notre coeur où il aura toujours sa place.

Que l'issue est triste.... Quel gachis !
 
Accueil à la Mairie

En 1989, en me rendant la première fois à la Mairie de Lourmel (baptisée, depuis l'Indépendance, Assemblée Populaire Communale d'El Amria), l'accueil avait été chaleureux. J'avais été reçu avec la plus grande sympathie par le secrétaire général de Mairie Mostafa Yazid. J'étais resté surpris de voir s'illuminer le visage de cet homme proche de la soixantaine quand je lui avais appris que j'étais le petit fils d'Albert Maillé -"Ould Jaquou" comme il l'appelait - et, de mesurer la peine qu'il avait manifesté quand je lui avais appris son décès.

Ce fut pour moi un signe révélateur de ces liens forts qui existaient et qui unissaient Pieds noirs et Algériens. Mes autres contacts ou accueils m'auront permis de conforter cette réalité. Pour moi, c'est un joli pied de nez à tous ceux qui se permettent, depuis la fin de la Guerre, de critiquer les Pieds Noirs sans savoir véritablement de quoi ils parlent.

Mes propos lui apprirent que j'étais moi-même né dans le village, que j'avais besoin de fixer à jamais mes yeux sur l'œuvre de mes ancêtres, que j'éprouvais le désir profond de connaître dans le détail ma famille en complétant les recherches généalogiques de mon père. Après nous être entretenus une bonne heure, cet algérien m'invita à prendre place dans un bureau et mit immédiatement à ma disposition tous les registres d'État Civil qu'une employée se chargea de me faire passer.

La deuxième fois, nous étions en 1991, le Front Islamique du Salut (FIS) venait d'emporter haut la main les élections municipales. Ce même secrétaire de Mairie Mostafa Yazid m'avait de nouveau reçu avec le sourire mais je ressentais dans sa manière de m'accueillir que l'ambiance avait notablement changé. Assurément ennuyé de ne pouvoir prendre les mêmes initiatives que la première fois, il m'avait annoncé qu'il y avait un nouveau Président d'A.P.C et qu'il devait lui demander l'autorisation. Quelques minutes plus tard, j'entrais dans la salle du conseil, au premier étage. Le regard suspicieux, d'une trentaine d'hommes portant pratiquement tous barbe et djellabah blanche, se posa sur moi. L'un d'eux, âgé d'une trentaine d'années - que j'avais nécessairement pris pour le Président - m'apostropha en me demandant l'objet de ma venue. Je lui expliquais que j'étais passionné de généalogie et que je souhaitais poursuivre mes recherches, comme je l'avais fait un an plus tôt en ce même lieu. Son refus fusa comme l'éclair, pour se montrer d'emblée sans appel et, il ajouta qu'il me fallait l'autorisation du Ministère de l'Intérieur, du Ministère de l'Education Nationale, du Ministère de la Culture...Je me demandais pourquoi tant d'autorisations et je ne voyais vraiment pas ce que venaient faire certains Ministères dans la recherche généalogique. Sans trop chercher à comprendre j'avais salué l'assistance et j'avais quitté la salle sans tarder. Mon accompagnant, gêné, n'arrêtait pas de se confondre en excuses. Je l'avais vite rassuré en lui disant que je comprenais et que même si les règles avaient changé, je ne lui en tenais aucune rigueur, précisant que j'allais demander ces autorisations.

Dès mon retour à Alger, je sollicitais ces autorisations auprès de Monsieur Jean Audibert, Ambassadeur de France que je rencontrais quotidiennement pour débattre de la Sécurité de nos installations et de ces quelques hectares de terre sous pavillon français. Deux mois plus tard, Monsieur Jean Audibert me faisait savoir que j'avais l'aval des autorités algériennes pour effectuer mes recherches sans difficultés.

Sans tarder je me rendais de nouveau à Lourmel, je rencontrais une nouvelle fois le secrétaire de Mairie Mostafa Yazid qui m'accueillait comme à l'habitude avec un large sourire en m'indiquant que l'autorisation lui était parvenue. Sans tarder il m'installa comme la première fois dans un bureau.

Alors que je prenais des notes manuscrites depuis une bonne heure, en compulsant les registres, je vis passer dans le couloir le Président d'APC barbu et toujours de blanc vêtu. Il me reconnut. Quand il entra dans le bureau alors que je me levais promptement pour le saluer, en esquissant un sourire, il m'apostropha sèchement en me disant "vous arrêtez immédiatement", puis il quitta la pièce sans autre mot. J'étais sous le choc, je ne comprenais pas pourquoi il s'adressait à moi de cette manière. Quelques minutes plus tard, je le vis revenir avec le secrétaire d'APC qui confirmait que l'autorisation était parvenue. J'affirmais également cette décision que je tenais de l'Ambassadeur. Le Président me quitta de nouveau et revint quelques instants plus tard avec une physionomie plus avenante, confirmant la réception de cette autorisation.

Pour s'excuser et m'offrir une autre image de lui, il m'invita à boire un café dans un bar situé à proximité immédiate de l'APC, en compagnie de son adjoint lui aussi barbu et tout de blanc vêtu. Un dialogue sympathique et fort enrichissant s'instaura. Il me fit notamment part de ses projets d'informatisation des services municipaux.

Je revins une demi-heure plus tard prendre place devant les registres d'Etat Civil de Lourmel, content d'apprendre que j'étais de nouveau accepté à la Mairie de ce village qui m'avait vu naître.

La sympathie s'établit quand la méfiance s'éloigne.

Le regard que porte sur nous la nouvelle génération n'est plus le même et cela se comprend parfaitement.
Les Bergers
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En 1987 l'accueil de la famille Baby - Maillée (Photos de sa fille Agnès Tanière)
Accueil des ami(e)s d'Annie Rocamora et d'Antoine Lopez (Photos Annie-Antoine)
 
En visite au marché de Boutlelis (le village voisin)
Le village de Lourmel en 1990 - 1991 : El Amria
Photos Bernard Robert
 
 
Le village de Lourmel en 2004 : El Amria
Photos Robert Bernat
 
Le village  de Lourmel en 2004 - 2005 : El Amria
Photos Annie Rocamora et Jean-Pierre Lopez

 
 
Le village de Lourmel en 2006 : El Amria
Photos Serge Grousseau

 
Le village de Lourmel en 2011 : El Amria
Photos Ange Magan

 
Le village de Lourmel en avril 2012 : El Amria
Photos Mokadem Baroudi  et Lakhdar Reffas
 
Les extérieurs de Lourmel / El Amria
Photos Mokadem Baroudi et Lakhdar Reffas
 
Le village de Lourmel/El Amria en Septembre 2012
Photos de Maghnia
 
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La gare en 2014 - Photos de Salim Benmoussa
Lourmel 2017 - Photos de Robert Romera Romera
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