LOURMEL

Village de l'Algérie française
 
Les Chefs du Corps expéditionnaire français de 1830
Vign_bourmont
Le Maréchal de Bourmont (Louis-Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont) qui débarqua avec les troupes françaises à Sidi Ferruch le 14 juin 1830 et conduisit la prise d'Alger le 5 Juillet 1830
Vign_duperre
L'Amiral Guy-Victor Duperré commandant la flotte française qui contribua à la prise d'Alger 
 
Les Chefs Emblématiques
Vign_434_001
Le Maréchal Bugeaud
Vign_abdelkader3
L'Emir Abdelkader
Vign_hubert_lyautey
Le Maréchal Liautey
 
Les Aghas (notables)
Vign_agha
Vign_318468
Vign_26-08-2012_14_03_04
 
Les Mauresques
Vign_mauresques3
Vign_16-09-2012_16_30_37
Vign_16-09-2012_16_30_41
Vign_26-08-2012_11_57_41
Vign_477_001
Vign_989_001
Vign_886_001
Vign_938_001
Vign_350_001
Vign_710_001
Vign_457_001
Vign_847_001
Vign_b4eomtgwkkgrhqjiieydrjegoubmqfszcpg_12
Vign_307_001
Vign_357_001
Vign_26-08-2012_11_57_36
Vign_057_001
Vign_465_001
Vign_26-08-2012_13_39_22
Vign_212_001
Vign_441_001
Vign_604_001
Vign_812_001
Vign_096_001
Vign_861_001
Vign_26-08-2012_13_54_50
Vign_26-08-2012_13_42_44
Vign_26-08-2012_13_54_48
Vign_26-08-2012_13_54_37
Vign_26-08-2012_13_54_45
Vign_054_001
Vign_26-08-2012_11_57_45
Vign_26-08-2012_11_57_43
Vign_26-08-2012_14_03_01
Vign_26-08-2012_14_02_58
Vign_26-08-2012_14_04_35
Vign_679_001
Les hommes Arabes
Vign_017_001
Vign_827_001
Vign_385_001
Vign_324_001
Vign_615_001
Vign_834_001
Vign_069_001
Vign_913_001
Vign_846_001
 
Militaire Français
Zouave (Henri Nougier)
Vign_henri_nougier_0011
Son histoire
Un peu d'histoire

Création du village

C'est au lieu dit Bou-Rechach, que Si Ahmed Ould Kadi, Agha de Frenda abandonne à l'Etat français 3560 hectares de terre.

La source d'El Amria donnera une raison majeure d'établir en ce lieu un centre de colonisation qui prendra d'abord le nom de Bourchach pour devenir le village de Lourmel.

Chronologie des évènements :

Le 12 janvier 1853, un courrier de l'autorité militaire de la Province d'Oran portant en marge création d'un centre routier indique :

"D'après la proposition que j'ai soumise à Monsieur le Général relative aux différents points du territoire militaire qui doivent plus tard recevoir, un Centre de Population, un village doit être créé à Bou Rechach. Les eaux abondants dans la source d'Alméria seront amenées au village et comme en ce moment le Génie est en mesure d'étudier cette conduite d'eau et d'en commencer l'exécution, il est indispensable que la position précise de ce village puisse en être déterminée"

Cette proposition sera avalisée courant 1853 et il sera donc créé en cette partie de l'Algérie un centre de colonisation.


Le 22 Mai 1854, ce centre deviendra "village européen de Bou Rchach" sur l'emplacement proposé par le Général Commandant la Division.

A cette date, l'extrait du Registre de Délibération du Conseil du Gouvernement, instance du Gouvernement Général de l'Algérie mentionne (sic)

"Réduire à 30 le nombre des familles à installer

Donner à chaque lot urbain 7 à 8 ares

Réserver pour l'Eglise la partie haute de la place.

Etablir la fontaine et abreuvoir dans la partie basse.

Les lavoirs sur le boulevard en arrière de la fontaine.

Porter à 25 m la largeur de la grande rue en prévision d'une rangée d'arbres de chaque côté de la chaussée.

Supprimer la rue Baroudi et du puits.

Remplacer le mur de soutènement de la place par un talus à la pente de 1m de hauteur sur deux de base.

Faire la marche de l'escalier en pavés.

Réserver en dehors de la ville un terrain de deux hectares environ de superficie pour le bivouac des troupes.

Indiquer l'emplacement du Cimetière.

Relativement à l'allotissement des terres admettant qu'il a 700 hectares de terres labourables attribuer à chaque famille 11 à 12 hectares de terres labourables sur lesquels autant que possible deux hectares environ devront être situé sur le bord de l'oued Baroudi ou sur un canal de dérivation."

Le 13 mars 1855, 3384 hectares seront affectés à la création du territoire de Bourchache comme stipulé "au Nord Ouest du Grand Lac et du territoire de Bou Tlélis".

En 1856, par décret de l'Empereur Napoléon III*, le village européen prendra officiellement le nom de Lourmel.



" Napoléon par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français

A tous présents et à venir, saluts

Vu les ordonnances du 21 Juillet 1845, 5 Juin et 1er Septembre 1847 Vu les délibérations du Conseil du Gouvernement en date du 22 Mai et 11 Septembre 1854 Sur le rapport de notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de la Guerre

Avons décrété et décrétons ce qui suit

Article 1er

Il est créé dans la Subdivision d'Oran sur la route d'Oran à Tlemcen, au lieu dit Bourchach un centre de population de 70 feux qui prendra le nom de Lourmel.

Article 2

Un territoire agricole de trois mille six cents quatre vingt quatre hectares est affecté à ce centre de population, conformément au plan ci-annexé.

Article 3

Notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de la Guerre est chargé de l'exécution du présent décret.

Fait au Palais des Tuileries le 15 Janvier 1856

Signé Napoléon

* document recopié au Centre des Archives d'Outre-mer à Aix en Provence (13). www.archivesnationales.culture.gouv.fr



Le 1er Septembre 1856, 75 arrêtés de Concessions sont proposés sur le territoire de Bou Rchach par la Commission consultative.

Le 11 décembre 1856, un projet de construction d'une conduite destinée à amener dans le village les eaux d'Aïn Amria est avancé.

En 1880, on dénombre 225 habitations.

L'église sera construite en 1892 pour la somme de 34 116,41 francs.





Plans de Bou-Rchach (futur Lourmel)
Quelques chiffres
Population

A l'origine Lourmel comptait 70 feux (Européens et Indigènes confondus).

En 1926, on dénombrait 1956 Européens et 5253 Indigènes soit 7209 habitants.

Superficie

A l'origine 3684 hectares.

En 1926, 23321 hectares.
Aperçu historique du village de Lourmel par Pierre Chollet

" Avant 1830 aucune trace d'autochtones n'a été révélée sur le territoire de Lourmel et des environs. Les Douaïres, tribu nomade qui vivait sur la Murdjadjo, cordon montagneux le long de la côte, venaient au cours du printemps et de l'été faire paître leurs troupeaux sur les crêtes nord du Pays. La peur de la malaria interdisait à tout humain de descendre dans la plaine.

Après 1832, une étape "Bou Rchache" avait été aménagée par l'armée sur la route d'Oran à Tlemcen, le long de la grande Sebkha. Des puits avaient été creusés et une grande tente arabe dressée, pour abriter les voyageurs qui traversaient ces solitudes.

Monseigneur Dupuch évêque d'Alger, en tournée pastorale à cheval, s'y était arrêté en juin 1839, surpris par la présence d'une famille de Perpignan, installée sous des planches mal jointes, il alla leur rendre visite.  Il bénit la famille et baptisa le plus jeune des enfants, une petite fille de trois mois. A son retour quinze jours plus tard, toute la famille avait été égorgée.

Le 15 janvier 1856, un décret ministériel décida de la création d'un village de 70 feux, sous le nom du général de Lourmel qui venait d'être tué à Sébastopol . Ce centre, construit  plus au nord de Bou Rchache, assez éloigné de la zone pestilentielle, serait alimenté par la conduite amenant les eaux de la source d'El Amria distante de deux kilomètres.

C'est le Capitaine Germain qui traça le village avec son adjoint le lieutenant Lacombe. Aussi peut-on admirer la symétrie du tracé et la bonne disposition des lots à bâtir. Ce Capitaine assumera les fonctions de maire et de juge de paix jusqu'en 1861.

Le premier maire nommé Laurent Combes, qui venait de prendre sa retraite comme chef de brigade de Gendarmerie.

Son successeur Jean Rouzaud fut le premier maire élu par la population. La commune, jusque là rattachée à celle de Bou Tlelis, fut déclarée de plein exercice en 1871.

La construction de l'église de Lourmel par les Ponts et Chaussées a commencé après Février 1892 et s'est achevée en 1893. Elle est remise officiellement le 29 septembre au maire et au curé Aillaud, comme bâtiment communal.

La même année, la ligne de chemin de fer Oran- Aïn Temouchent passa tout près de centre. Jusque là les liaisons se faisaient en diligence : le véhicule attelé de six chevaux partait pour Oran vers quatre heures du matin pour ne rentrer que le soir très tard.

Les premiers colons venaient du Tarn et de l'Aude : le tout premier fut Louis Viala, libéré de l'armée par décret Bugeau. Après 1871, ce fut l'arrivée de nombreux Alsaciens Lorrains refusant l'occupation allemande. Puis arrivèrent quelques familles flamandes.

De 1870 à 1872, arrivent des espagnols qui animent la région :
- par l'installation de pêcheurs à Bou Zadjar. Des transporteurs dits "arrieros" descendent en carriole dès 3 heures du matin pour être à l'arrivée des pêcheurs qui ont travaillé toute la nuit. Les transporteurs apportent le poisson à Lourme,l où il est vendu dès 8 heures sur la place publique.
- par l'installation à Madague de maraîchers dits "tomatiros", qui ravitaillent le village en légume frais.
- par de petits industriels qui fabriquent le crin végétal, produit du peignage des feuilles de palmier nain. Ils traitent également l'alfa pour la fabrication d'espadrilles et de paniers.
- par l'installation d'artisans : maçons, peintres et menuisiers.

Presque tous se font naturaliser français.

Des juifs de Tlemcen et du Maroc ouvrent deux boucheries, deux boulangeries et plusieurs épiceries. En 1870 le décret Crémieux leur donne la nationalité française.

Arrivé avec les Alsaciens-Lorrains en 1871, le banquier Henri Schmidt  crée, sous la tutelle des frères Ambert, le Comptoir d'Escompte, qui sera la seule banque de la région durant plusieurs années.

Le service sanitaire est assuré par le docteur Peretti, puis le docteur Cahuzac, le pharmacien Borne et la sage femme Amoretti.

Une cantinière arrivée en Algérie avec l'armée, appelée "Mère Courbière", ouvre le premier café au coin de la place publique ( il s’appellera plus tard café Daigremont). Elle construit une écurie pour abriter les chevaux des voyageurs.

En 1920, monsieur Guimard, avec des viticulteurs, crée la cave coopérative de 120.000 hectolitres. Léon Glédel , directeur et comptable, est chargé de la vente des vins et de la répartition des bénéfices.

L'instruction publique crée des écoles enfantines Garçon et Fille et une école communale.

En 1962, à l'indépendance, le village comprenait 5.000 habitants (2000 Français et 3000 Algériens), et la commune 15.000 habitants, repartis en quatre centres de regroupement  : Magra, Rouiba, M'Saïd et Bou Zadjar (plage), [....]

A l'indépendance, le village a pris le nom de "El Amria" nom de la source alimentant le village et qui était distante de 2 kilomètres.

[....]                                                                                                                                                                                                      

                                                                                                                                                                                                        Pierre Chollet
            
     
Vign_245_001
Le nom de Lourmel
Vign_general_de_lourmel
Frédéric Henri Lenormand de Lourmel est né en 1811 à Pontivy (Morbihan). Entré en 1828 à Saint-Cyr, il sert en Afrique à partir de 1841et obtient le grade de colonel en 1849.  Nommé Capitaine il est chargé d'organiser le poste de Sebdou au sud de Tlemcen. Plusieurs fois cité dans les rapports de ses supérieurs, il s'illustre à la bataille de Zaatcha (Algérie) et lors de la campagne de Kabylie, en 1850. En 1825, il est nommé aide de camp du prince président Napoléon III et général de brigade. En 1854, il rejoint l'armée d'orient. Poursuivant les Russes à la bataille d'Inkerman (Crimée), il est atteint d'une balle mortelle.

On doit à Lourmel un travail sur la Mise en valeur des landes de Bretagne par le défrichement et l'ensemencement des bois (Paris, 1853).

La bataille d'Inkerman

A l'aube du 5 novembre 1854, profitant du brouillard, une puissante armée russe - 40 000 hommes - attaquait la position anglaise - défendue par 8 000 hommes, en partie surpris dans leur sommeil. Si les Russes parviennent à occuper la hauteur ciblée, les Anglais ne tardent pas à se ressaisir et opposer une résistance opiniâtre, pendant près de deux heures.
Vers dix heures, un premier corps français, de 3 000 hommes (des Zouaves, des chasseurs d'Orléans, des tirailleurs algériens, des chasseurs à cheval d'Afrique, du 7e léger, des 6e et 50 e de ligne) vint à leur rescousse, attaquant les Russes de flanc. La hauteur est reconquise plusieurs fois par chaque camp.
Enfin, passé midi, la brigade Monet arrive à son tour et achève la déroute russe.
Au même moment, vers 10 heures une troupe de 8 000 Russes tenta d'attaquer les premières lignes françaises mais fut repoussée par les défenseurs français (des 39e et 19e de ligne, la légion étrangère et 20e léger).
Les Russes perdirent quelques 15 000 hommes morts au blessés, contre 2 600 Anglais et 900 Français.
Bien que les Français aient été victorieux, Frédéric Henri Lenormand de Lourmel fût tué à la bataille d'Inkermann

Pour rendre hommage à ce valeureux Général de France, Napoléon III baptisa cette ville nouvelle d'Algérie du nom de Lourmel.

Une statue de bronze du général en tenue de campagne créée par le sculpteur parisien Ernest Diosi, était érigée sur la place, jouxtant le marché, jusqu'à l'Indépendance. Elle a été rapatriée par bateau par l'armée française en 1962 à l'initiative de l'amiral Louis Le Tarnec, Pontivyen lui-même. Elle avait été réclamée par Pontivy (ex Napoléonville) dans le Morbihan, village natal du Général puis affecté à la dite municipalité le 2 janvier 1963 où elle prône depuis le 3 juillet de cette même année. Elle remplace une autre effigie du général, également en bronze (oeuvre du Comte de Nogent) érigée en 1861, en tenue d'apparat avec bicorne. Celle-ci avait été déboulonnée en 1941 par l'occupant allemand pour être fondue et transformée en canon.

Une cérémonie officielle a consacré la présence de cette statue dans le village de Lourmel au temps de l'Algérie française. Le 18 septembre 1998, une plaque commémorative a été scellée en présence de Mireille Blanchoin et Paul Chollet, membres de l'amicale "La Lourmélienne" dont le siège social se trouve à Béziers dans l'Hérault.

Une rue et une station de métro de Paris porte aussi le nom de Lourmel et, moins connu, une variété de poire.


Mort du Général De Lourmel
Vign_440_001
 
Vign_15-06-2012_18_41_13

L'un des créateurs de Lourmel ayant exercé les fonctions d'Officier d'Etat Civil.
Henri Victor Sandoz
Vign_hv_sandoz3
                        Henri Victor SANDOZ
                                        Par Anne-Marie Guillot de l’Association Sine Dolo
                                        http://sinedolo.com
                                        guillot.anne-marie@wanadoo.fr


Né le 18 décembre 1812 à Ajaccio (Corse), il est le 7è enfant d’une fratrie de huit dont cinq seulement atteignent l’âge adulte. Il est le fils de Henry SANDOZ et de Marie-Rose NOURRISSON.

Un environnement familial républicain et bonapartiste

Henry Sandoz, père de Henri Victor, est un militaire engagé
(Source : Guillot (N) et Cler (Fabien) , Henry Sandoz et Marie-Rose Nourrisson, in Sine Dolo I, pages 8 à 62)

La famille Sandoz est, au XVIIIè siècle, une famille protestante installée en Suisse. Sa devise est Sine Dolo : sans dol, sans tromperie.
Henry Sandoz, père d’Henri Victor est né en 1772 à St Blaise, alors principauté de Neuchâtel. Il s’engage au moment où l’Europe entière coalisée contre la Convention, décide à Anvers, le 9/04/1793, de se partager les « dépouilles » de la France.
Il s’illustre alors, en levant et entretenant à ses frais une compagnie de 76 hommes du 1er mai au 11 juin 1793, dans la lignée de la levée des 300 000 hommes décidée le 24/02/1793 et la levée de masse du 23/08/1793. Il est ensuite incorporé au 5è bataillon du Mont-Blanc.
Ce coup d’éclat est porté à la connaissance de la Convention par une lettre de Songeon, colonel en second du bataillon : « Un riche propriétaire, nommé Sandoz, natif du Locle et de la Chaux de Fonds, dans le comté de Neuchâtel en Suisse, brûlant de se signaler dans la plus belle des révolutions, forme une compagnie de 76 sans-culottes, les entretient à ses dépens pendant deux mois, s’arrache des bras de sa jeune épouse, à laquelle il était uni depuis quinze jours (N.D.L.R. c’est faux, le mariage est postérieur ! ) et vient avec sa compagnie demander du service au 5è bataillon du Mont-Blanc, où il est reçu avec l’enthousiasme qu’excite toujours dans des hommes libres un acte de vertu si prononcée. Ce brave suisse s’est conduit depuis en républicain, c'est-à-dire en héros. »
Henry Sandoz va participer à toutes les campagnes du 5è bataillon dans les Alpes, en Italie, au Val d’Aran et Pyrénées Orientales en qualité de capitaine, commandant la 7è compagnie, la sienne, jusqu’au 21/05/1794. Un an à peine après avoir constitué sa compagnie, Henri Sandoz est affecté à l’Etat-Major de la brigade sur la demande de l’adjudant général Duphot en vertu de la loi du 21/02/1793 qui accorde 2 adjoints à chaque adjudant-général.

Les appréciations de ses supérieurs sont élogieuses :
« s’est trouvé dans toutes les affaires qui ont eu lieu, où il s’est conduit avec bravoure, zèle et patriotisme et il a montré dans toutes les expéditions particulières dont il a eu la charge beaucoup d’intelligence, courage et prudence.. » (Viella, 7 brumaire an III) et : « ami zélé de la République, homme vertueux et brave militaire » (Avignon, 16 floréal an III), ou encore « officier intrépide et intelligent et franc républicain » Figeres, floréal an III.
On note aussi : « a déployé tous les talents et l’intrépidité qui caractérisent un vrai républicain, nous certifions en outre que ce n’est qu’après avoir éprouvé sa bravoure et son zèle pour la chose publique que nous lui avons confié la Cie des chasseurs qu’il a constamment menée à la victoire ayant gagné l’estime et la confiance de tous les braves chasseurs qu’il avait horreur de commander, par l’exemple qu’il leur a donné de son courage et de sa bonne conduite ».Un congé lui est accordé le 12 floréal an III (1/05/1795).

Retour à la vie civile
(Source : Guillot (Norbert) et Cler (Fabien), Henry Sandoz et Marie-Rose Nourrisson, in Sine Dolo N°1, pages 8 à 62 et Fabien Cler, Henry Sandoz, l’armateur, in Sine Dolo N°2, pages 7 à 48)

On le retrouve dans la vie civile d’abord horloger à Lyon puis armateur à Ajaccio et négociant, se livrant à des opérations d’import-export entre le continent, la Corse et la Sardaigne : échange entre les graines achetées sur le continent et les peaux de Corse. Il s’illustre aussi dans la guerre de course avec une felouque de seize tonneaux, La Joséphine, avec l’acquisition de prises de mer vendues aux enchères sur le port d’Ajaccio. Sa flotte est constituée de plusieurs bateaux : les gondoles L’Hirondelle, La Petite Eugénie, La Rose, le chébec Le Saint Henry et les deux bateau-bœufs La Louise et Le Petit Victor.
Il est également franc-maçon et son nom figure parmi les fondateurs de la Loge maçonnique La Paix à Ajaccio en 1802.
Il décède à Ajaccio, le 10 mai 1825 en laissant une veuve et cinq enfants (trois sont décédés en bas âge).


Marie Rose Nourrisson, mère de Henri Victor Sandoz, est la descendante d’une grande famille d’horlogers lyonnais.
On doit, en effet, en grande partie à son arrière arrière grand père, Guillaume Ier Nourrisson, la célèbre horloge astronomique de Lyon qui se trouve dans la primatiale St Jean.
Marie-Rose est née le 23 juin 1774 à Lyon et décède à Ajaccio le 9 janvier 1828
Deuxième épouse de Henry Sandoz, au décès de celui-ci, elle reprend son activité commerciale. Elle est la soeur de Jean-Baptiste Antoine Nourrisson (1768-1855), chevalier de l'Empire et député bonapartiste de Haute-Saône.

C’est donc dans ce contexte familial d’un père à la fois militaire républicain aux notes élogieuses et commerçant entreprenant et d’une mère de la bonne bourgeoisie lyonnaise que grandit Henri Victor Sandoz.
La mère de Henry-Victor Sandoz
Vign_marie_rose_nourrisson
Marie-Rose Nourrisson
(Lyon 23/06/1774-Ajaccio 9/01/1828)
Les armoiries de la famille Sandoz
Vign_armoiries_sandoz
Les états de service de Henri Victor Sandoz
 Etat des services

Il va tout d’abord participer au Siège d’Anvers, dont le but est de chasser le roi de Hollande qui refuse de rendre la citadelle. Il en résulte une intervention de l'Armée du Nord et du maréchal Gérard. Cette campagne lui permet de gravir ses premiers grades de soldat à sergent fourrier.

 La carrière de l’officier d’active :

Henri Victor Sandoz se trouve en Algérie au cours de deux périodes :
- de 1840 à 1848 dans la région de Sétif : sous lieutenant en 1840 puis lieutenant début 1842, il participe aux batailles de El-Driss, Charbet-Carfa et El Souk.
Il est capitaine à son retour en France
- de 1857 à 1863 dans la région oranaise

Entre ces 2 périodes, il est à Lyon, commandant du pénitencier militaire.

Vign_29-12-2012_16_21_11
Henri Victor Sandoz, Officier d'Etat-Civil de Lourmel
La période oranaise de Henri Victor Sandoz est celle qui nous intéresse plus particulièrement, dans le cadre de ce site sur Lourmel. On le trouve à la même période, officier d’Etat Civil à Lourmel et, simultanément, directeur de l’atelier N°3 à Oran.

Henri Victor Sandoz à Lourmel : Officier de l’Etat Civil de 1862 à 1863
(Source : Norbert Guillot pour Sine Dolo)

Henri Victor remplit les fonctions d’officier de l’Etat civil à Lourmel. Sa signature figure sur un certain nombre d’actes de naissance ou de mariage.
Vign_29-12-2012_16_35_17
Henri Victor Sandoz détaché aux Travaux Publics

Henri Victor Sandoz, directeur de l’Atelier n°3 à Oran

(Source : Norbert Guillot pour Sine Dolo)

Ces ateliers sont composés de militaires condamnés par les conseils de guerre pour des crimes ou des délits prévus par le code de justice militaire (titre 2 livre 4) ainsi que de ceux qui ont obtenu la commutation d'une peine plus grave en celle de correctionnelle des travaux publics.
Ces condamnés portent un vêtement d'étoffe brune. On les occupe à des travaux militaires ou civils. En Algérie, les condamnés étaient employés indifféremment à des travaux militaires ou civils mais le plus souvent, et dans l'intérêt de la colonisation, à la construction des villages, aux travaux des ports, routes, fortifications, assèchements. Ils perçoivent une rémunération à la tâche ou à la journée selon les services qui les utilisent.
Lorsqu’ils sont mis à la disposition des entreprises, et notamment dans les pénitenciers, celles-ci doivent leur procurer les outils nécessaires, l’administration se bornant à s’assurer de leur l'entretien. Les condamnés sont soumis aux règlements des administrations ou entreprises qui les emploient. Le commandant de chaque atelier se bornant à veiller que ces règlements ne soient pas préjudiciables à leur santé.
De juillet 57 à août 63, Henri Victor Sandoz est commandant de l’atelier n°3, détaché aux Travaux Publics. On peut logiquement déduire que s’il commande un atelier militaire et exerce parallèlement les fonctions d’officier d’Etat Civil à Lourmel c’est que l’atelier y travaille. Son prédécesseur Germain Charles, officier d’Etat Civil à Lourmel a été également commandant d’un atelier militaire.
Vign_29-12-2012_17_02_25
 
Vign_29-12-2012_17_07_29
Dans tous les cas, la journée de travail des condamnés varie selon les saisons de dix à onze heures, avec un temps de repos d’une heure à une heure et demie tout au plus. Les jours fériés sont réservés aux inspections, services religieux et cours d’enseignement mutuel. L'enseignement correspond au premier degré avec essentiellement des apprentissages de lecture, écriture et arithmétique. Les moniteurs, choisis parmi les détenus les plus éclairés, sont dirigés par le greffier.
La journée est rythmée au son du tambour. Des batteries distinctes annoncent les heures de réveil, d'appel, de travail, d'inspection, d'office religieux, de repos, etc.
Dans les pénitenciers militaires, les appels ont lieu chaque jour : le matin, dans les corridors, chaque détenu se tenant debout devant la porte de sa cellule et le soir, par cellule. Les appels se font par division, c'est-à-dire par catégorie de professions. Les détenus prennent leurs repas dans des réfectoires où les rations individuelles leur sont distribuées à table. A défaut de réfectoire, les repas sont servis dans les cellules affectées à leur détention. Pendant le repos, les détenus se tiennent, selon le temps et la saison, dans les préaux ou promenoirs couverts. Rien de tel évidemment dans les ateliers de travaux publics qui campent sur le terrain. (Une étude détaillée de la vie des Ateliers, a été réalisée par Norbert Guillot pour Sine Dolo)

 
Rapports et appréciations du général Daumas sur Henri Victor Sandoz

Le général de division Eugène Daumas (1), s’était lui aussi trouvé dans la région d’Oran, (quelques années avant Henri Victor Sandoz), envoyé en Algérie sous les ordres du maréchal Clauzel, et fit les campagnes de Mascara et de Tlemcen.
Au delà des compliments d’usage, du général Daumas , une vieille connaissance sans doute, on relèvera en particulier : « santé robuste (2) … beaucoup de tact… une douceur qui n'exclut pas la fermeté… honorable, poli, doux, même un peu timide ». Cette dernière formule est à souligner. Elle figure également dans le dossier de notation de son fils Gaston Sandoz. Les appréciations strictement techniques dénotent un caractère très méticuleux :
« interroge d'une manière précise, serrée, claire, qui dénote la connaissance qu'il a du cœur humain et une longue expérience des mœurs militaires ». Cette impression est corroborée par son écriture particulièrement pointilliste.

Fin 1863, il est rattaché au 10ème régiment d’infanterie mais sert en réalité à Bordeaux comme rapporteur au Conseil de Guerre (encore la justice militaire) avec le grade de chef de bataillon, c’est à dire de commandant.

Il sera resté dix ans capitaine, ce qui est beaucoup. En dehors de ce passage pour ordre au 10ème régiment, qu’il semble d’ailleurs avoir rejoint à Amiens peu de temps avant sa retraite, il aura fait toute sa carrière au 19ème léger qui devient le 94ème régiment en 1853.


(1) Engagé en 1822, sous-lieutenant en 1827, Melchior Joseph Eugène Daumas est ensuite envoyé à l'École de cavalerie de Saumur. Il a probablement croisé en Algérie la route de son cadet Sandoz. Il fit en 1835, les campagnes de Mascara et Tlemcen , sous les ordres du maréchal Clauzel et entre-temps apprit l'arabe. De 1837 à 1839, il est nommé consul à Mascara, auprès de l’émir Abd El-Kader. Le général de La Moricière lui confia ensuite la direction des affaires arabes dans la province d'Oran qu’il commandait. Peu après, le maréchal Bugeaud le chargea des affaires indigènes de toute l'Algérie. Il réorganisa l'administration des bureaux arabes. Après la prise d’Abd El-Kader (22 décembre 1847), il fut envoyé au fort Lamalgue, auprès de l’Émir. En 1849, les Beni-Sélem, fraction des Beni-Soliman, de la province d'Alger, ayant refusé de payer les contributions imposées par le colonisateur et chassé leur caïd, le colonel Daumas dirigea contre eux une expédition. Il fut nommé en avril 1850 directeur des affaires de l’Algérie au ministère de la Guerre, puis général de division le 14 janvier 1853. Enfin il fut élevé à la distinction de sénateur le 12 août 1857 et au rang de Grand-croix de la Légion d'honneur le 28 décembre suivant.
(2) Il est vrai aussi qu’il n’avait que 54 ans.




Vign_29-12-2012_17_39_35
 
Dégagé des cadres ou démissionnaire ?

Par un décret impérial du 13 mars 1864, Henri Victor Sandoz est « admis à faire valoir ses droits à la retraite ». La formule consacrée est ambiguë. Elle ne dit rien sur ses intentions réelles. A-t-il pris l’initiative de retourner à la vie civile ou fut-il, tout au contraire, victime d’une mesure classique de « dégagement des cadres », pour permettre à des officiers plus jeunes de faire carrière ? Sa nomination au grade de commandant, obtenue six mois auparavant, le 13 août 1863, accrédite cette dernière hypothèse. Cette promotion subite a sans doute été subordonnée au dépôt préalable de sa demande de mise à la retraite et le semestre réalisé ensuite avec l’épaulette de commandant n’a pour seul objet que d’obtenir la validation de son grade pour le calcul de sa pension. Une fois retraité, sa nomination ultérieure comme rapporteur au Conseil de Guerre de Bordeaux laisse d’ailleurs supposer qu’il n’était pas impatient de déposer le harnais militaire.
Agé alors de 51 ans, il n’a pas encore atteint la limite d’âge de son grade fixée réglementairement à 56 ans. Au demeurant, cet âge limite n’a qu’un caractère indicatif ; de nombreux officiers sont rendus à la vie civile longtemps avant de l’avoir atteint en raison de contingences liées à des réorganisations de l’armée. Une opération de ce type apparaît dans le dossier militaire d’Henri Victor Sandoz lorsque, en 1853, les régiments d’infanterie légère sont supprimés. Le 19ème léger auquel il appartient devient le 94ème de ligne et sa compagnie, la sixième du 3ème bataillon, est licenciée. Placée en non activité et susceptible par conséquent de se voir radié des cadres, il parvient à éviter cette mesure grâce à son détachement dans le pénitencier militaire de Lyon. En pratique, très peu d’officiers de la promotion 1840 poursuivent leur carrière au delà de la cinquantaine. On peut même remarquer que 10% des officiers ayant été nommés sous-lieutenants en 1840 ont été dégagés des cadres avant l’âge de trente ans et 25 % avant la quarantaine. Au delà de 54 ans, les officiers encore en service ont dépassé le grade de commandant.
Sa position sociale l’incite vraisemblablement à rester le plus longtemps possible sous les drapeaux. L’âge moyen de départ des officiers issus de l’aristocratie ne dépasse guère les trente ans, et trente trois ans pour les fils de grands propriétaires, négociants, banquiers, hauts fonctionnaires, tandis que les officiers des classes moyennes et populaires, n’étant pas assurés, de retour à la vie civile, de conserver le même niveau de revenus et de respectabilité ont tendance à rester en activité le plus longtemps possible.
La promotion 1840 d’Henri Victor Sandoz ne fait pas exception à la règle. Seule une minorité ayant atteint les grades de lieutenant-colonel ou de colonel accusent plus de 35 ans de service à leur départ à la retraite, si on ne tient compte que des officiers issus du rang cette minorité est encore plus faible. Ceux-ci, avant de passer sous-lieutenants ont déjà accumulé près d’une dizaine d’années de services comme sous-officiers et se trouvent dès lors défavorisés au regard des limites d’âge des grades supérieurs par rapport aux lauréats des écoles militaires.
Il reste cependant que cette promotion de 1840, de recrutement plus populaire que les promotions antérieures, comporte le plus grand nombre de retraités tandis que les promotions postérieures, davantage engagées dans les guerres de l’Empire, accusent les pertes les plus lourdes au combat par suite de décès ou de retraites pour infirmité.
Sa durée de carrière ne se singularise donc pas de celle de ses camarades d’une promotion semble-t-il plus populaire que celles qui l’ont précédées. Le petit nombre de démissions de cette promotion est à cet égard significatif car celles-ci, entraînant la perte des droits à pension sont pratiquées le plus souvent par les officiers favorisés par la fortune.
Il est certain qu’un fois admis à la retraite, l’officier voit ses revenus diminuer du tiers ou de la moitié en fonction de son nombre d’années d’ancienneté. Les pensions, fixées par une loi du 11 avril 1831, ont été réévaluées pour la première fois le 25 juin 1861 et varient entre un minimum pour trente années de services et un maximum à partir de cinquante années. Ces chiffres sont calculés en comptant triple tout séjour effectué hors d’Europe en temps de guerre et double le temps passé sur un pied de guerre ou en occupation à l’étranger. Le décompte exact de la pension d’Henri Victor ne figure pas dans son dossier mais les éléments pris en compte sont inscrits sur ses états de service

En 1866, il déclare lors d’une inspection du 20 juillet 1866 percevoir une pension de 2540 francs complétée de 250 francs, montant de son traitement de chevalier de la Légion d’honneur, soit au total 2790 francs. A peu de choses près, le montant de la pension déclarée correspond au montant maximum autorisé (2590 francs). Les repères manquent pour évaluer le pouvoir d’achat correspondant. Il se situe nettement au dessus de celui d’un ouvrier qualifié dont les revenus sont comparables à ceux d’un capitaine en retraite.
La perte de revenus subie lors de la retraite est partiellement compensée par l’allégement des dépenses liées au frais de représentation et aux déplacements incessants. Sans compter que l’ordinaire peut être amélioré par le cumul de la retraite avec un emploi public, tels que percepteurs, emplois dans les chemins de fer etc. Ce cumul a été autorisé par une loi du 8 juillet 1852. Henri Victor Sandoz en profite et obtient un emploi dans un parquet militaire à Bordeaux où il exerça les fonctions de rapporteur 2 ans, 6 mois, 20 jours.
La moitié de la pension est réversible à l’épouse survivante ce qui est peu pour survenir à ses besoins, mais fort heureusement les enfants d’Henri Victor sont déjà adultes à son décès.
Après son séjour à Bordeaux comme rapporteur au Conseil de Guerre, il se retire définitivement à St-Amour (Jura) vers 1867-1868. mais il reprend du service lors de la guerre de 1870.

La guerre de 1870

Henri Victor Sandoz prend la tête des officiers et sous-officiers mobilisés et formés en bataillon du canton de Saint-Amour (Jura). Des lettres dans son dossier de la Légion d’honneur (3) décrivent ainsi son activité « Deux fois l’exercice par jour malgré la rigueur de la saison, il était toujours le premier sur le champ de manœuvre et en sortait le dernier. Pendant un si court espace, il est parvenu à nous donner de bonnes notions sur la marche, le maniement d’armes, les charges et une idée complète sur l’école des tirailleurs. A la réunion des gardes mobilisés du canton au chef-lieu du département, la bonne tenue et l’instruction militaire des mobilisés du canton de Saint-Amour ont été remarqués (4).»
Le 25 mai 1879, Daujat, maire de Saint-Amour envoie une lettre au Préfet, contre-signée par une vingtaine d’anciens mobilisés du canton, dont cinq capitaines et un lieutenant, pour proposer sa promotion au grade d’officier de la légion d’honneur. Le Grand chancelier a aussitôt interrogé le Ministre de la Guerre sur les états de services d’Henri Victor Sandoz et celui-ci se borne à lui répondre le 1er juillet suivant qu’il a été chef de bataillon au 10ème régiment d’infanterie de ligne où il a été très favorablement noté mais non proposé pour cette récompense. L’affaire en reste là. Après 7 mois de présence seulement au 10ème d’infanterie, on peut comprendre que le colonel n’a pas manifesté un enthousiasme propre à soutenir une promotion dans l’ordre de la Légion d’honneur au profit d’un officier qu’au demeurant il n’a pas connu. A ce stade, on peut aussi se demander si le Ministre n’a pas craint devoir imputer cette promotion sur son propre contingent et, par conséquent, aux dépends de ses propres choix. En principe, les promotions comme les nominations des retraités s’opèrent sur le contingent du Grand chancelier et non sur celui d’un ministère.
Le 30 janvier 1880, Henri Victor Sandoz prend lui même l’initiative de solliciter sa promotion au grade d’officier auprès du grand chancelier, ce qui est contraire à une tradition bien établie : dans l’ordre de la Légion d’honneur on est proposé mais on ne sollicite pas. Il lui écrit en substance, après avoir retracé sa carrière : « je suis sans appui, sans protecteur, je ne puis compter que sur votre justice » et termine en signant : « un vieux soldat qui n’a d’espoir qu’en vous et qui se dit le plus respectueux de vos subordonnés ».
Le maire de Saint-Amour écrit de nouveau au Préfet du Jura qui a changé entre-temps. On trouve également dans le dossier des interventions d’un député du Gard, Favand Auguste Edouard (5) , qui écrit au Grand Chancelier à deux reprises les 19 mai 1880 et 12 février 1881, sans plus de succès, en raison peut-être de l’orientation très radicale de ce député.
Dans le dossier figure également une note accompagnée d’une carte de visite, procédé des plus cavaliers, de l’un de ses cousins maternels, colonel d’artillerie en retraite, en résidence à Sceaux, 4, rue Houdan. Il s’agit de Charles-Firmin Gaston Nourrisson (6). On peut supposer que c’est ce dernier qui sollicita l’intervention du député en faveur de son cousin ce qui explique la note accompagnée de sa carte de visite. Le député envoya le tout au Grand Chancelier Faidherbe.
Henri Victor est fait chevalier de la Légion d’Honneur le 24 décembre 1853.
En fin de carrière, il est déclaré « sans fortune et sans dette. Jouit d’une pension de retraite de 2 544 francs et de 250 francs comme Légionnaire.

(3) Dossier 2453
(4) Lettre du maire de Saint-Amour au Préfet. Les interventions ultérieures de diverses personnalités en sa faveur s’appuyèrent souvent sur l’exposé de ce magistrat municipal
(5) député de 1878 à 1881, né à Alais (Gard) le 20 juillet 1826, mort à Paris le 8 mai 1881 ; Appartint à l'armée. Retraité avec le grade de major d'infanterie, il manifesta des opinions nettement démocratiques, et, le 8 février 1871, fut porté candidat à l'Assemblée nationale par les républicains du Gard. Il réunit alors une forte minorité de 42,097 voix sur 95,153 votants et 137,326 inscrits, et fit une nouvelle tentative aux élections législatives du 20 février 1876, dans la 2ème circonscription d'Alais ; mais le candidat légitimiste, M. de Valfons, fut élu par 9,448 voix contre 5,008. M. Favand n'entra à la Chambre que le 3 mars 1878, comme l'élu de la 1ère circonscription d'Alais, avec 6,876 voix sur 7,878 votants et 18,198 inscrits, en remplacement de M. Ducamp, décédé. Il s'inscrivit à l'extrême gauche, et vota avec les radicaux, notamment pour l'application des lois aux congrégations non autorisées, pour la liberté de réunion et d'association, pour l'amnistie plénière, etc. Il mourut avant la fin de la législature, et fut remplacé par M. Desmons. Extraits de A.Robert et G.Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889.
(6) Gaston Nourrisson (1813-1903), est le cousin maternel de Henri-Victor Sandoz, fils de Jean-Baptiste Antoine Nourrisson (1768-1855) et Marie-Jeanne Roche (1783-1841)




 
Vign_marie_point_jeune
Les mariages d’Henri Victor Sandoz

La première période sa vie de jeune marié est marquée par des drames et décès
Son premier mariage avec Louise Marguerite Favre (Lyon 28 juin 1821 - Lyon 30 novembre 1850) le 26 juin 1850 ne durera que cinq mois, en raison du décès de sa jeune épouse.
Henri Victor se remarie ensuite, le 18 décembre 1851, à Lyon Croix Rousse, avec Pierrette Ferdinande Othilie Anthelmine Clermont (Lyon 6 avril 1824 - Lyon 12 juin 1853).
Un enfant naît de cette union le 2 décembre 1852 à Lyon 2 : Napoléon Marie Joseph Henri SANDOZ. On notera, bien sûr, le prénom de l’enfant, en hommage sûrement à Napoléon III. Mais il décède un mois plus tard, le 10 janvier 1853.
Son épouse ne survit pas longtemps et décède à son tour le 12 juin 1853 à Lyon, 4. Henri Victor Sandoz se trouve alors auprès de son épouse, en poste au pénitencier de Lyon.



Son troisième mariage est plus heureux.
Tout d’abord parce qu’il épouse une jeune fille de 26 ans sa cadette, fille d’un de ses amis (photo ci-contre). Il s’agit de Marie Point (Lyon 7 décembre1838 – 1926 St Amour, Jura). Elle lui donne trois enfants.

- La première, Victoria Mathilde, naît à L’Aubespin (Jura) le 19 mars 1858 et la malédiction semble le poursuivre car cette enfant meurt trois ans plus tard, le 25 février 1861 à Lyon, 2.
Henri Victor est alors en poste dans la région oranaise.

- Une deuxième fille naît à Oran, le 9 octobre 1860, où Marie a rejoint son époux. L’enfant est baptisé à l’église St Louis d’Oran le 10 novembre de la même année.
Elle épousera Jean Emile Bernard-Montfalcon, percepteur des contributions directes et petit-fils du célèbre bibliothécaire de la ville de Lyon, Jean-Baptiste Monfalcon. Le couple n’a pas d’enfant.

- Enfin, un garçon naît le 7 octobre 1863 à L’Aubespin (Jura). Il embrasse lui aussi la carrière militaire et épouse Charlotte Jeanne Françoise Merlino, riche héritière. On compte aujourd’hui, une nombreuse descendance de ce couple (dont les auteurs de cet article).


Henri Victor Sandoz, sur la fin de sa vie

Henri Victor, après une retraite bien méritée, se retire à St Amour (Jura). Sa femme possède quelques terres en fermage et une propriété au lieu-dit Lamoray.
La mémoire familiale se souvient d’un couple uni et de l’amour très fort qu’éprouve cette jeune épouse pour ce militaire qui a l’âge de son père.
C’est dans cette ville que décède Henri Victor, le 10 novembre 1883.

Sa veuve lui survit jusqu’au 2août 1926, elle a alors 88 ans. De nature sévère et catholique pratiquante, elle gère sa propriété de main de maître et ne tolère de la part de ses enfants et petits-enfants aucune incartade aux bonnes manières.

Ils reposent, tous deux dans un caveau du cimetière de St Amour.


Marie Point ép Sandoz (âge avancé)
Vign_marie_point_epouse_sandoz
Marie Point (Lyon 1838 - St Amour 1926)
Henri Victor Sandoz (âge avancé)
Vign_hv_sandoz_civil_plus_age
Henri Victor Sandoz (Ajaccio 1812 - St Amour 1883)
Fille de Henri et de Marie
Vign_marguerite_fille_de_hv_sandoz_ep_monfalcon
Marguerite Sandoz épouse de Jean Emile Bernard-Montfalcon
Fils de Henri et de Marie
Vign_gaston_sandoz_fils_de_hv_sandoz
Henri Mathieu Auguste Gaston Sandoz époux de Charlotte Jeanne Françoise Merlino
L'Immigration en Oranie
Les immigrants lourméliens

Les colons qui s'installent dans la région Oranaise sont pour la grande majorité des français (issus plus particulièrement des régions d'Alsace, du Tarn, de l'Ardèche, des Pyrénées Orientales et de la Corse) mais aussi des espagnols, des italiens et des maltais. En 1847, on recense déjà 47 000 français et 62 000 espagnols, italiens et maltais.

A partir de 1853 on note des départs importants d'émigrants du Tarn. "Le Tarn est un département qui a fourni le plus grand nombre d'émigrants" (cf un dossier très intéressant sur l'émigration tarnaise en Algérie sous le Second Empire http://membres.lycos.fr/corbiera/emigra.htm). Les Puech, Maillé, Truel, Saysset, Gisclard, Barrau, Filaquier, Buscail, Carayon... furent ces émigrants tarnais de la première heure.

De même la Rhénanie (actuelle Alsace), que la Prusse va annexer après la défaite de Napoléon Ier en 1815, va voir une partie de sa population émigrer vers l'Algérie. En 1846, cinq bateaux avec près d'un millier de personnes à bord quitteront Dunkerque pour Oran. Les conditions de transport particulièrement difficiles provoqueront de nombreux décès. Ces émigrants seront ensuite acheminés au dépôt de colons d'Oran pour se répartirent après 1846 à l'ouest d'Oran, en particulier à Misserghin, Er-Rahel, Bou Tlélis et Lourmel. Les Yung, Durr, Liermann, Doërmann, Laugel, Volfersperrier, Volfersberger, Boeglen, Müller, Nehrbass...furent ces émigrants rhénans de la première heure.

Lieu d'origine de la famille Cambillau

www.jtosti.com/villages/matemale.htm



Conseils aux émigrants en Algérie

Pour se faire une idée de ce qu'a été l'émigration en Algérie, voici les conseils donnés aux émigrants et publiés en 1844 dans la revue Le Magasin Pittoresque. On notera la planification et l'organisation de cette installation.

"""Les familles qui désirent s'établirent en Algérie, comme colons, concessionnaires dans les centres de population et villages agricoles que le gouvernement y fonde, doivent s'adresser au Ministre de la Guerre par l'entremise des préfets.

A la demande doivent être annexés des certificats authentiques constatant la moralité des pétitionnaires, leur profession, leur âge, le nombre et l'âge des enfants, la quotité des ressources pécuniaires dont ils pourraient disposer à leur arriver en Algérie.

Cette quotité des ressources n'est pas limitée : elle doit être proportionnée à la composition de la famille et suffire aux dépenses de premier établissement et d'entretien, en attendant la première récolte. Pour une famille peu nombreuse, il faut au moins 1200 à 1500 francs au moment de la prise de possession.

Si les demandes sont jugées admissibles, le directeur de l'intérieur à Alger, à qui elles sont transmises, comprend les pétitionnaires parmi les concessionnaires d'un village et il leur réserve des lots.

Il est alors délivré au concessionnaire, par le département de la guerre, un permis de passage gratuit de Marseille ou de Toulon à Alger pour lui, sa famille et les personnes qu'il veut associer à son entreprise.

A son arrivée dans la colonie, le concessionnaire est mis immédiatement en possession, par les soins du directeur de l'intérieur, d'un lot à bâtir dans le village qui lui est assigné, et d'un lot à cultiver qui est de 4 à 12 hectares, selon les ressources du colon et le nombre des membres de sa famille.

Le concessionnaire trouve un abri provisoire sous les baraques que l'administration fait élever, en attendant que les nouveaux habitants puissent se construire des maisons.

Il est de plus aidé dans l'établissement définitif de son habitation, quand il est reconnu qu'il ne dispose pas des ressources pécuniaires suffisantes, par des secours en matériaux à bâtir pouvant s'élever de 3 à 6000 francs.

Pour la culture des terres, il peut lui être prêté temporairement des bêtes de labour. Des semences et des instruments aratoires peuvent aussi être mis à sa disposition, tantôt à titre de don gratuit, tantôt à charge de remboursement. Il participe, enfin, à des distributions de plants et de graines provenant des pépinières de la colonie.

Aussitôt qu'il s'est établi sur son lot, il lui est délivré par la direction de l'intérieur, un titre provisoire de concession.

Quand le colon a satisfait aux conditions imposées pour la construction des bâtiments et la culture, ce titre provisoire est changé en titre définitif, qui le constitue propriétaire incommutable.

Les concessions rurales comprises dans le périmètre des villages en cours d'établissement , sont faites à titre gratuit. Elles donnent lieu à une redevance légère après cinq années écoulées.

Jusqu'à présent, les terres de toute nature appartenant aux Européens ou exploitées par eux en Algérie ont été exemptes de tout impôt foncier.

Les villages sont placés dans des localités salubres et pourvues d'eau. Ils sont entourés d'enceintes défensives, protégés par des brigades de Gendarmerie et les camps. Les habitants sont armés et organisés en milices."""


Les toutes premières concessions à Lourmel

Un document des archives d'outre-mer daté du 9 février 1857 énumère les trente premiers colons titulaires d'une concession à Lourmel s'étant acquittés de la somme de 7 francs pour couvrir les frais de "transcription"

1 FOURNIL Jean

2 SANGLARD Antoine

3 FISCHER Jean Georges

4 FISCHER Jacques Frédéric

5 VINCENT Joseph Thomas

6 BOYER Joseph

7 COMMERE Pierre

8 Vve WAGNER

9 WILLEMS Jacob

10 GIVER Jean

11 BAUDET Juste Fidèle

12 ANTOINE Jean-Louis Amédée

13 SCHUNERMANN Georges

14 SCHALER Philippe

15 SPOUTZ Evrare

16 MULLER Antoine

17 HASENFRATZ Louis

18 GUMMY François

19 NEIDINGER Nicolas

20 Vve HAAS

21 SCHVAL Adam

22 AMBERT Jean

23 BIAU François

24 MARSILLAC Edouard Gabriel

25 VICAT Jean Antoine

26 GENOT Vincent

27 BIDORFF Joseph

28 NEHARBASS Jean

29 LEBLOND Charles

30 LANGNENSTEIN Jean

Mention

31 GROTHUS Isidore Louis à Tafaraoui

Un document daté du 28 Mars 1857 fait mention de 13 nouveaux colons :

1 HALLIGNER Edouard

2 ALBERT Pierre

3 THIEBAUT Charles

4 CUSSON et BOURGAREL

5 ESCHMANN Pierre

6 BOISSENIN Théodule

7 BOISSENIN Claude

8 GUIARD Auguste

9 BESSIERE Alexandre

10 DHERRAIN Charles

11 BIRAUD Jean

12 JUNIOT Jean

13 MARGERIE Martin

Un document daté du 14 mai 1858 de même nature désigne 8 nouveaux titulaires de concession:

1 BLANC Jean-Michel Saturnin

2 LONGUEVERGNE Antoine

3 Vve SIMON Antoine

4 THIEBAUT Charles

5 BIRAUD Jean

6 COMBES Laurent

7 JUNG Pierre

8 ALBERT Pierre

Le 1 octobre 1859, 75 concessionnaires sont recensés.


Vign_titre_de_concession
L'Immigration en Algérie

Pascal Diener
, Professeur Émérite, ancien Professeur à la Faculté de droit de Bordeaux, originaire de Misserghin et Lourmel, m'a autorisé à publier des extraits de son "Abrégé sur l'histoire des Diener" et je l'en remercie. Un document passionnant sur l'histoire de la Rhénanie (territoire ballotté au fil du temps entre la France et la Prusse), les raisons qui ont conduit nombre de ses habitants à quitter cette région et leur installation difficile en Algérie.

Mon choix s'est porté sur le chapitre II que Pascal DIENER a intitulé :

Immigration vers Algérie

Départ

Les agents recruteurs (200 à 300) agissant pour le compte de compagnies d'immigration parcourent le pays, pour recruter des immigrants par villages entiers. Pour chaque recrue ils perçoivent une prime de 10F.

Le transport des immigrants est organisé de la manière suivante. Le coton, matière essentiellement encombrante est transportée des États-Unis en Europe par d'immenses clippers américains de 2000 à 3000 tonneaux, obligés le plus souvent de repartir à vide.

Aussi le prix du fret du coton est-il calculé de manière à payer les deux voyages et rendre le retour possible.

Les passagers peuvent donc être embarqués à bas prix puisqu'il s'agit d'un bénéfice net.

Les abus sont notoires, l'intérêt des compagnies étant d'entasser les immigrants.

Des journaux spéciaux ont été crées dans l'intérêt exclusif de l'immigration en Amérique. Des maisons de banque, des notaires du pays, font aux familles, contre commission, l'avance de la valeur de leurs biens meubles et immeubles.

Il faut ici faire observer que la Prusse encourage cette émigration des habitants d'une province qu'elle ne parvient pas à assimiler. Les Rhénans sont remplacés par des prussiens véritables, originaires de l'Est de l'Allemagne.

Les Diener, les Zimmer, mais aussi les Wilhems, Dürr, Yung, Schaller...feront partie d'une vague d'immigrants Rhénans à destination des États-Unis.

Victimes d'escrocs, ils échoueront dans leur tentative d'immigration américaine et se retrouveront en Algérie avec quelques milliers de leurs compatriotes.

Arrivée à Oran

A leur arrivée dans la province d'Oran, les nouveaux colons sont "accueillis" au "Dépôt des Colons d'Oran" créé en 1845, dirigé depuis le 5 Juin 1846 par :

* Schrammeck, Jean Ferdinand, français né le 8 juillet 1800 à Oer (Meurthe) Agent comptable, salaire : 1500F par an
* Jaubert Louis, 28 ans, né à St Napoule (Aude), surveillant, 720F par an
* Fering Pierre, 30 ans, né à Welfrede (Moselle), cuisinier, 360F par an

Selon les documents et le plan d'époque étudiés aux Archives d'Outre-Mer à Aix en Provence, ce dépôt ressemble à tous les camps de réfugiés que l'on connait actuellement de part le monde.

Il se présente comme une sorte de quadrilatère formé par quinze baraquements en bois :

* dix sont destinés à contenir 25 colons chacun, les hommes étant séparés des femmes et des enfants
* trois sont réservés aux instruments aratoires
* un sert de dépôt des objets personnels des colons
* un est réservé à la cuisine et à l'approvisionnement

Au "Dépôt des Colons d'Oran", la subsistance est assurée par l'administration

En 1847, les colons, hommes, femmes et enfants de plus de quinze ans doivent recevoir chaque jour une ration complète composée ainsi :

"dès à présent je puis vous faire connaître que les ouvriers colons hommes et femmes et enfants de 15 ans au dessus doivent recevoir chaque jour une ration complète composée comme suit :

* 7 hg 1/2 de main de munition
* 2 hg 1/2 de viande
* 1/4 l. de vin
* 2 dg de riz ou autres légumes
* 1/60° Kg de sel

Les enfants au dessous de 15 ans jusqu' à 5 ans doivent jouir d'une ration.

Outre la ration de pain munition il est nécessaire d'acheter du pain de 2ème qualité pour la soupe"

Le caractère odieux des instructions administratives reflétées par ce rapport officiel n'échappera à personne. On peut se demander ce qu'il advenait des enfants de moins de cinq ans : administrativement parlant, ils n'avaient pas besoin d'être nourris.

En outre, les colons doivent signer un document dans lequel ils certifient que les vivres qu'ils reçoivent sont de bonne qualité et que la viande était très saine.

Le comptable faisait donc signer des certificats aux colons

"Les soussignés certifient que les vivres qu'ils reçoivent du dépôt des colons sont de bonne qualité, que la viande qui a été délivrée le 20 courant était très saine"

Nos Rhénans connaissant mal la langue française, on peut juger de la valeur des attestations qu'ils étaient contraints de signer.

Installation à Misserghin

Les Diener, les Zimmer, avec les Konrad, Erpelding, Schaller,Bernard, Willems, Yung et bien d'autres familles rhénanes, furent parmi les tous premiers colons fondateurs du village de Misserghin, premier centre de colonisation, situé à 15 km à l'Ouest d'Oran.

Il suffit pour en apporter la preuve de dénombrer et d'étudier dossiers individuels et états récapitulatifs des concessions attribués à partir de 1846 (in Archives d'Outre-Mer, Aix en Provence) et de dépouiller systématiquement les registres de l'Etat-Civil de Misserghin, ouverts à compter de l'année 1848.

Au tout début les Français de souche sont rares à l'exception, notamment, du Commandant Jules Cordonnier, promoteur de l'ouverture de ce centre de colonisation : une tentative de soldats-laboureurs avait échoué, comme toutes les autres, une dizaine d'années plus tôt.

Plus tard, les Diener seront apparentés aux Cordonnier par les Wilhems.

Les Espagnols ne sont représentés que par la famille Montesinos.

Les Arabes ne sont pas encore fixés à la terre; les tribus Smelas et Douairs nomadisent toujours, à l'exception de Si Dahou Ben Ali dont le fils aîné se fit tuer en combattant dans les régiments de Spahis de Misserghin, lors d'un accrochage avec les cavaliers de l'Emir Abd-El-Kader.

Toutefois, l'immigration Rhénane vers l'Algérie tarie, les premières familles décimées, la situation change : moins de dix ans plus tard la population de Misserghin (1454 habitants) est ainsi composée : 586 Français, 334 Espagnols, 187 Allemands, 23 Italiens, 4 Belges. Les Arabes apparaissent progressivement dans les registres aux environs de 1860, lors de leur sédentarisation.

Ce bref aperçu de l'histoire des Rhénans, colons en Algérie, accentue le sentiment d'absurdité dont on est saisi en découvrant, dans les documents d'archives, le traitement indigne dont ils furent victimes. Marqués comme "Prussiens" par des ignorants de la géographie et de l'histoire, ils se heurteront en Algérie, durant de nombreuses années, à une bureaucratie mesquine et xénophobe.

A leur arrivée on ne leur attribue que de minuscules concessions de 4 à 5 hectares de terres, pourtant vierges, qui se révèleront rapidement très insuffisantes pour faire subsister des familles aussi nombreuses.

Puis, après qu'ils auront rempli leurs obligations de concessionnaires, -c'est-à-dire défriché les terres attribuées, bâti une maison, - ils multiplieront sans succès les demandes d'extension de leurs concessions d'origine ou d'attribution de concessions nouvelles.

Les premiers états administratifs sur lesquels leurs demandes furent enregistrées à l'époque sont édifiants : pendant de nombreuses années l'administration leur oppose un refus systématique au seul motif qu'ils sont étrangers et allemands.

Exemple type de mention relevée dans ces archives :

"Rejet : demande inadmissible, étranger : Prussien".

Autre signe de discrimination figurant dans les actes de l'Etat-Civil : les actes de naissance des enfants mentionnent en marge, sous l'indication du nom et du prénom, "Etranger", "parents prussiens".

Aucune de ces mesures à forte connotation raciste et xénophobe ne fut appliquée aux nouveaux immigrants espagnols qui arrivaient en masse, sans qu'on exigeât d'eux le moindre passeport.

En vérité, tous les petits colons, Français de souche y compris, ont souffert de l'exiguïté des concessions : c'est là une des aberrations de la colonisation française en Algérie.

En effet, les partisans d'une colonisation populaire, fondée sur un accroissement du nombre de colons, qui souhaitaient, notamment à cette époque, détourner vers l'Algérie une partie de l'immigration massives des paysans et artisans allemands vers les États-Unis, n'ont jamais eu l'oreille du pouvoir politique.

Triomphaient les tenants d'une colonisation capitaliste fondée sur l'attribution d'immenses domaines à des sociétés créées par des hommes d'affaires ou de jeunes aristocrates désirant se tailler de nouveaux fiefs (la colonisation dite "en gants jaunes"). Certains eurent quelques mérites mais la majorité ne cultivait pas réellement les domaines concédés.

A Misserghin, comme ailleurs en Algérie, de véritables escrocs et spéculateurs de tout poil ont également entravé la colonisation de peuplement.

C'est ainsi qu'un notaire d'Oran, Laujoulet, aidé par son neveu avait acheté dès 1836, 18 hectares aux héritiers du turc Osman Bey, puis, en 1838, 174 hectares (à 2 francs l'hectare) à la veuve du Caïd Mursuli.

Il étend ses propriétés, à tel point qu'en 1850 il possède, seul ou en association, 1378 hectares.

L'administration se heurtera à cet homme d'affaires dès 1846. Certes, on considère officiellement que "l'affaire Laujoulet" se termine vers 1852. En réalité, son neveu Théodore Laujoulet, -malgré un séjour effectué à la prison d'Oran -, se maintient sur la quasi totalité des terres accaparées jusqu'en 1858.

Dans le même temps, les premiers véritables colons n'ont reçu qu'un lot à bâtir et un lot de terre de 2 hectares 1/2 à 5 hectares, et tentent de survivre.

Les difficultés que les Rhénans rencontrèrent en Algérie, face à l'administration française, -sans parler de toutes les promesses faites et jamais tenues, -ne furent pas sans conséquences.

Cela explique pourquoi la plupart des familles occultèrent leurs origines allemandes. Rares sont celles où se maintint une tradition orale vivante et, par crainte, des documents familiaux d'une valeur historique inestimable furent volontairement détruits

En sorte que, cent ans plus tard, une sorte de croyance s'était implantée : pour les autres communautés européennes d'Algérie, toutes les familles portant des noms à consonance germanique ne pouvaient descendre que des Alsaciens qui avaient immigré en Algérie pour échapper à la domination allemande après la défaite de 1870.

Il est vrai que les Alsaciens de 1870 eurent tendance à s'allier aux familles Rhénanes dont ils étaient proches par la culture et la langue. Toutefois, les statistiques officielles de l'époque permettent de mieux apprécier l'importance réelle de cette immigration alsacienne.

Après la défaite de 1870, le gouvernement offre gratuitement cent mille hectares (100 000 ha) de terres libres d'Algérie aux alsaciens et lorrains. Mais, en réalité, seule une faible minorité quitte les deux provinces en 1871 : 50 000 personnes au total, dont un faible pourcentage à destination de l'Algérie.

Selon les documents officiels publiés par le Gouvernement Général de l'Algérie, en 1899 seules 906 familles Alsaciennes-Lorraines s'étaient fixées en Algérie, dont 236 pour toute l'Oranie, 107 ayant conservé leurs concessions. Cette communauté, composée de citadins et d'ouvriers des fabriques, venus souvent en célibataires, ignorant tout des travaux de la terre, ne dépassait pas 2000 individus.

De toute façon, on sait de manière certaine que la colonisation par les Alsaciens-Lorrains fut un échec.

Les Rhénans sont morts, par milliers, dans les premières années de la colonisation de l'Algérie. Selon un rapport de l'Inspection de Colonisation, sur l'état sanitaire de Misserghin, en date du 31 décembre 1847 :

"il y a eu un assez grand nombre de décès l'été dernier, mais il n'y a que les personnes dépourvues de ressources qui ont été atteintes. Les familles Allemandes ont été celles que la mortalité a le plus frappé".

Hommes, femmes enfants seront décimés en défrichant marécages et terres incultes recouvertes de palmiers nains et de lentisques, victimes de toutes les fièvres, -choléra, paludisme-, de malnutrition, du manque de soins, sans même avoir un toit pour s'abriter, contrairement aux promesses prodiguées par les Français. Mais, durs au travail, croyant en Dieu, ils luttèrent pour survivre et s'assurer une descendance.



Ce récit de Pascal Diener montre combien fut difficile l'installation en Algérie de ces populations de tous horizons et, plus particulièrement, celle des Rhénans. Après Misserghin, les familles Diener, Dürr, Yung... acquerront des concessions aux alentours et notamment à Lourmel.

A lire : www.editionatlantis.de/upload/Diener%20Destin.pdf

Vign_sidi_bel_abbes
Le Débarquement Américain
Plus récemment, l'histoire de la Seconde Guerre mondiale rend célèbre Lourmel.

Le 8 novembre 1942, un bataillon militaire américain, chargé de prendre possession d'Oran, s'illustre par le premier assaut de parachutistes largués sur zone.

C'est la commune de Lourmel qui est choisie par l'armée américaine en raison de la topographie des lieux notamment une immense zone plane qui deviendra le terrain d'aviation et la proximité de la mer méditerranée. Car dans le même temps des troupes débarquent sur les plages environnantes notamment celle de Bouzadjar, avec un nombre impressionnant de blindés.

Lourmel est cité dans plusieurs récits américains retraçant cet épisode du débarquement des troupes américano-anglaises en Algérie en 1942.


Le Champ de Tir d'Artillerie de Lourmel ou Polygone
 
Vign_dsc00088
Le Polygone de Lourmel tient son nom de la forme géométrique de ce terrain qui, comme définie, est une suite cyclique de segments consécutifs délimitant une portion de plan.

Le 17 mars 1883, un arrêté du Gouverneur Général de l'Algérie prononce l'expropriation pour cause d'utilité publique avec prise de possession d'urgence de terrains sis dans le territoire de la tribu des Ghamras section de la commune de Lourmel d'une superficie de 596 hectares 20 ares 60 centiares.

Ces expropriations connaîtront quelques vicissitudes qui compliqueront l'acquisition de ces terrains par l'Etat et feront perdre ce caractère d'urgence requis en préalable. Il y aura notamment une surestimation dénoncée de la valeur des terrains et  la notification par exploit du 19 mai 1986 auprès de l'Administration du sieur Charles Faucheux, propriétaire demeurant à Lourmel, qui revendiquera être devenu acquéreur "au moment même ou postérieurement à l'expropriation", auprès de 15 indigènes vendeurs, de terrains expropriés aux termes d'actes passés en février, mars, avril et mai 1883 tendant à remettre en question le quantum des indemnités déjà liquidées et arrêtées. Le Tribunal statuant établira que le dit Charles Faucheux avait agi dans un but spéculatif au fait que les prix de vente des parcelles par lui acquises étaient inférieurs de 21% au chiffre de l'indemnité offerte par l'Administration.         

Après publications prescrites par l'ordonnance du 1er octobre 1844 et le décret du 8 septembre 1859, l'arrêté d'expropriation fut transcrit au bureau des hypothèques d'Oran le 6 avril 1883 (volume 660 - numéro 305). Il fut ensuite procédé à l'accomplissement des formalités prescrites par le Décret du 11 juin 1858 aux fins de prise de possession d'urgence. Les experts, nommés par le Président du Tribunal de première instance d'Oran,après transport sur les lieux, ayant dressé leur rapport , après le dépôt duquel , le Président du dit Tribunal fixa à la somme de 109.197 francs 79 centimes le montant en principal de la somme à verser provisoirement avec deux années d'intérêts au taux légal de 6% l'an à la Caisse des Dépôts et Consignations pour garantir le paiement ultérieur et définitif des indemnités.   

Le versement de cette somme principale avec deux années d'intérêt eut lieu le 10 mars 1884, en exécution d'un arrêté du Colonel Directeur de l'Artillerie en date du 6 du même mois, notification faite aux propriétaires ou "présumés tels expropriés" avec invitation de laisser les terrains à la disposition de l'Etat à partir du 1er août 1884. Mais comme les évaluations des experts paraissaient exagérées, l'Administration a fait procéder à une expertise révisionnelle dont le résultat a été d'assigner aux terrains une valeur de 48127 francs seulement. Après que cette évaluation ait été acceptée par le Ministre de la Guerre, notification a été faite aux propriétaires expropriés des offres d'indemnités.         
Partie Nord du Polygone
Vign_dsc00113
Partie Sud du Polygone
Vign_dsc00112
Les artilleurs au Polygone
Lourmel en 1958
Lourmel adhère au Comité de Salut Public

Faisant suite au message de fidèle attachement et de confiance inébranlable adressé jeudi soir par la population de notre Centre au Général Salan, et, dans le but de se solidariser avec le mouvement patriotique qui a pris naissance en Algérie, un Comité de Salut Public a été constitué à Lourmel.

Ce matin, vers onze heures, pendant que les hauts-parleurs diffusaient de vibrantes marches militaires, les Lourméliens, Européens et Musulmans étroitement mélés se massaient devant la nouvelle Mairie.

Devant plus de trois mille personnes, parmi lesquelles, environ deux cents Femmes musulmanes et une cinquantaine de jeunes Musulmans brandissant un drapeau français, en présence du Capitaine Mezetta, Commandant provisoirement le 1/3° R.I.A et le Quartier de Lourmel, du Capitaine Desroches du 1/3° R.I.A. et de nombreuses Personnalités locales, M. André Cambillau, vice-président de la Délégation Spéciale portait à la connaissance de la Population, la liste des membres du Comité de Salut Public formé dimanche soir :

Président : Chef d'Escadron Pierre Chollet
Vice-Président : Dahmane Mohamed Ould Kaddour
Membres M.M : Wagner Ulysse
                  Le Président de la Délégation Spéciale
                  Martinez Joseph
                  Lopez Antoine
                  Bouchikhi Slimane
                  Rouba Médiouni
                  Taoui Ali
                  Rouba Djelloul o/Bahri

vivement applaudis par la Population.

Prenant la parole, le Chef d'Escadron CHOLLET, exposait le but et la mission du Comité.

"""" Européens et Musulmans mes Frères,
Nous sommes le trait d'union entre vous et l'armée.
Nous ne reconnaissons aujourd'hui qu'un seul Chef, c'est le Général Salan, et son représentant à Lourmel le Commandant de Quartier.
Venez nous voir sans appréhension, nous vous conseillerons et vous aiderons dans toute la mesure du possible.
Nous sommes décidés à construire avec Vous cette Algérie nouvelle, dans l'Union, la Justice et la Fraternité. Nous n'avons qu'une seule Patrie? C'est la France, qu'un seul Chef  le Général Salan et je vous demande crier avec moi
"Vive l'Armée, Vive Salan, Vive Massu, Vive l'Algérie  Française,  Vive la France""""".

Ces slogans étaient  repris en coeur par toute l'assistance.

A son tour, le Vice-Président Dhamane Mohamed, s'adressait, en langue arabe à ses camarades musulmans :

"""" Comme vous venez de l'apprendre, un Comité vient d'être formé, appelé "Comité de Salut Public". Nous devons lui faire entière confiance et lui faire part de tous nos besoins. Ce comité sert de liaison entre la Population civile et l'Armée qui détient pleins pouvoirs.
Il vous servira, il servira la cause Française et il est là pour que l'Algérie demeure Française.
Vive l'Algérie Française, Vive la France""""""                                                                                                                                                                  

Acclamations de toute la Population.

Le Capitaine Mezetta prononçait alors une brillante allocution :

""""" Mes Amis

L'armée qui vient de se voir confier les pouvoirs civils et militaires, conserve malgré tout sa mission principale, celle de poursuivre l'extermination du fellagha. Mais dans beaucoup de régions d'Algérie il y a des ralliements en masse ce qui prouve que beaucoup ont compris que le chemin de la justice et de la paix n'était pas celui des lâches. Qu'ils sachent que nous sommes prêts à leur pardonner leur erreur. Mais qu'ils sachent aussi que s'ils ne reviennent pas l'Armée avec l'appui de toute la population est décidée à leur faire la chasse et à les exterminer.
Pour la réalisation d'une Algérie nouvelle le commandement militaire a besoin d'être éclairé sur la situation de la population et c'est dans ce but que le Comité de Salut Public est créé. Il sera le trait d'union entre le commandement militaire et vous.
Celui de Lourmel représente représente vraiment l'union. Aider le dans sa tâche et je suis certain qu'il réussira et dans un avenir prochain nous aurons tous ensemble ramené la paix, l'union et la prospérité dans cette partie de Province Française.
Vive l'Algérie Française, Vive la France"""""

De vifs applaudissements accueillaient ses paroles et les slogans étaient repris par tous.

Le Capitaine Mezetta s'avançant alors vers le micro, invite la Population à se rendre en ordre et en silence au Monument aux Morts. Après que la foule se rangea, deux gerbes furent déposées au pied de la stèle par le Chef d'Escadron et le Capitaine Mezetta. Toute l'assistance entonna l'hymne national et la manifestation se termina aux cris unanimes de "Vive Soustelle - Vive De Gaulle - Vive Salan - Vive l'Algérie Française - Vive la France.      

                                                                                                      Document Françoise et Anne-Marie Chollet
Prérogatives du Comité de Salut Public
Vign_15-06-2013_15_11_54
Vign_15-06-2013_15_11_58
Vign_15-06-2013_15_20_50
Lourmel en 1959

Vign_15-06-2013_17_57_08
Article Echo d'Oran sur intervention des députés d'Oran pour la "francisation"
Vign_15-06-2013_17_57_05
Une note de service pour commération de l'Armistice de 1945 à Lourmel
Vign_15-06-2013_17_57_11
Vign_15-06-2013_17_57_14
Faits divers
L'assassinat de "Pépico" Martinez
Vign_lourmel28
L'assassinat du garde-champêtre de Lourmel
Vign_l_assassinat_du_garde_champ_tre_de_lourmel

SEBIE Abdelkader Ould Cheikh dit Negus, garde champêtre de Lourmel, fût abattu par arme à feu le 10/10/1956 en soirée alors qu'il regagnait son domicile à bicyclette puis égorgé et enfin la joue et l'oreille scalpées.

Dans la nuit du 11 au 12 il fût ensuite déterré, fixé à un poteau par des fils de fer, la tête recouverte d'un couscoussier, le bras attaché simulant le salut militaire. Il était épinglé à son slip un billet portant le sceau FLN action signée "Héroïques".

Hommage devait être rendu à cet homme lâchement assassiné dont la dépouille aura ensuite subi les pires atrocités car estimé trop intégré donc trop proche des pieds-noirs d'Algérie au moment où débutaient les premières insurrections arabes.   
 
©bernard robert 2016 - Site enregistré à la CNIL
Créer un site avec WebSelf